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Jesse Sykes and The Sweet Hereafter

+ Terry Lee Hale
La Maroquinerie (Paris)
mardi 26 octobre 2004

Une Maroquinerie pleine et assise, ça vous place tout de suite dans un autre bain qu’un concert à fosse. Rétrospectivement ça me rappelle un concert récent de Lambchop dans un Cabaret Sauvage bouillant.
Fargo, qui organse cette soirée avec Impérial, n’est pas à proprement parler un label que je découvre. Vous avez dû écouter Ryan Adams, les folkeux Clem Snide, le rock new-yorkais de White Hassle et j’en passe. Mais c’est tout de même ma première soirée Fargo.

A l’entrée le stand vente de disques et de T-shirts du label fonctionne à plein régime. Version assise, la salle est légèrement métamorphosée avec quelques chaises en bois au centre et sur les abords. Vers 20h et quelques, le public à dominante anglo-saxonne a le plaisir d’accueillir le vétéran Terry Lee Hale. Encore vert, il s’avèrera sympathique mais un peu roublard aussi. Il nous balance (et conclura par) un (in)attendu « Go John Kerry », avant d’attaquer, guitare acoustique en bandoulière. L’ambiance est plutôt détendue, le décor dépouillé, juste une chaise sur sa droite avec une grande bougie blanche allumée. L’énergumène se marre, tout heureux d’étrenner sa nouvelle guitare (copine ?). Faut préciser qu’il est arrivé la veille de Seattle, où il a passé deux mois sans sa femme, suivez mon regard , et qu’il en avait marre le bougre. Donc le voilà en première partie de Jesse Sykes à nous balancer son folk sans âge, celui qui tient chaud au cœur. Blues rock basique, cover d’Hank Williams, country domestiquée pour amis de « Con-car-neau », ou rock hillbilly pour fête de pionniers du Nouveau Monde. Ou rock débraillé du Nouveau Mexique. Mon sudiste à Tijuana.

Les Sweet Hereafter sont cinq avec Jesse : une frêle violoniste, Anne-Marie Ruljancich, un contrebassiste carré, Bill Herzog, un petit batteur, Kevin Warner, et le guitariste Phil Wandscher (ex-Whiskeytown avec Ryan Adams). Jesse Sykes, Joan Baez sans poitrine, nous confie son bonheur d’être ici avec nous ce soir. Pour vous repérer, pensez à du Jacob Golden féminin, ou à la Margo Timmins des Cowboys Junkies des débuts. Your eyes et Your side now nous servent une country hospitalière avec des trésors de délicatesse dans un écrin soyeux. L’éclairage irise la chevelure libre, raide et longue de Jesse, lui donnant une teinte rouge-orangée. Le quatrième morceau du set, The Dreaming Dead, plus Calexico, accélère un peu le tempo, sous influence Cortez the Killer, long passage instru virevoltant. Se rappeler de Zuma en fonds sonore entre les concerts durant toute la soirée. Bien choisi. Avec Troubled Soul, ce sont les grands espaces et la poussière des romans de Cormac McCarthy servis sur un plateau. Folk de cow-girl au bord d’une cascade tumultueuse perchée dans la forêt. Selon les morceaux, la voix de Jesse Sykes oscille entre Patti Smith, Ed Harcourt et Josh Haden. Mais touve toujours sa petite voie, singulière. La fille est belle, un peu (trop) discrète. La présence de sa mère l’intimiderait-elle ? Ou simple humilité d’artiste en retrait ? Après une reprise (pas la même) d’Hank Williams, son Reckless Burning garde toute son insidieuse beauté et les rappels basculent (enfin) le set vers le sublime. Doralee décharnée, fête au banjo, et les suivants bouleversent. Et dans un passage enfiévré ce définitif « And George Bush will be reelected and that’s over ». Un silence, quelques soupirs, The End ?


www.fargorecords.com
www.jessesykes.com
www.terryleehale.com

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 27/10/2004

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