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Julie Doiron + Old Time Relijun + Kelly Di Martino

Mains d'Oeuvres (Saint-Ouen)
vendredi 29 octobre 2004

Presque un havre de paix. Pour les non-parisiens, sachez que la salle de bar des Mains d’Oeuvres s’apparente à un vaste chalet de montagne avec loft cosy, la salle de concerts ressemblant plutôt au laboratoire nocturne du petit cousin apprenti DJ qui veut qu’on lui foute la paix. Et donc, comme à la montagne, entre deux randonnées, on tape la causette avec la chanteuse du soir comme si de rien n’était. En ce frileux début de week-end, Julie Doiron fût accueillante, chaleureuse et maternelle, comme si elle nous recevait chez elle dans sa grande maison canadienne.

Kelly Di Martino et ses boys, entr’aperçus la veille en première partie d’Overhead au Café de la Danse, fût notre petite sucrerie d’ouverture. Fondante et gouleyante comme un bon vin les deux premiers morceaux, entre folk douillet et jazz apaisant, puis un passage à vide étrange avant de se reprendre métamorphosée, telle une Jennifer Charles remplaçant un Matt Berninger crevé au sein de The National. Le charme de Kelly, élégante en robe noire de soirée avec transparences, collier translucide effleurant sa légère poitrine et collier vert au ras du cou, coiffure noire sophistiquée et mèches fines devant les yeux, ne nous laissa pas indifférent. Petite Shivaree en devenir (on espère moins mainstream).

Peu de temps après, nous retrouvâmes avec plaisir Julie Doiron, André et Néman d’Herman Düne. La belle a en effet enregistré huit des douze plages de son Goodnight Nobody de saison avec les troubadours globe-trotters ici même il y a près d’un an, et on ne compte plus leurs collaborations communes. Dispositif minimaliste pour folk blues hospitalier à écouter près du feu : Julie, simple, jean t-shirt bleu pastel, André à sa droite, guitare californienne en bandoulière, guérillero country débarquant de sa cahute secrète, Néman au fond, t-shirt pâle, veste foncée et casquette assortie, toujours aussi à l’aise à la batterie. Un des seuls batteurs que je connaisse qui puisse jouer en toucher subtil des changements de rythme déconcertants ou des enchaînements remarquables. Ils démarrent acoustique, puis bricolent un peu avec les moyens lo-fi du bord, puis Snowfall in November, en avance de quelques jours nous serre la poitrine, premier morceau où Julie et André chantent en c(h)oeur. C’est magnifique de voir chanter une femme avec le sourire, se marrer pendant les morceaux, vraiment ravie d’être ici ce soir. Néman alterne cymbales, triangle ou maracas, André muscle son jeu et le folk devient rock américain. Julie se pique de chanter en français, André agite ses bracelets devant son micro en accompagnement de fortune. Sorry Part III nous étreint et le rock spleenétique d’Explain nous emballe avant les remerciements finaux et ce touchant « Merci tout le monde, et surtout André et Néman, mais aussi à David (Ivar HD) qui n’est pas là, il est venu une semaine chez moi en septembre et c’était super, je m’appelle Julie Doiron et je suis Canadienne » (elle se marre). Dans un monde idéal, Julie Doiron, Chan Marshall et Shannon Wright seraient trois sœurs, les plus jolies et folles que le folk nous offre depuis cinq ou dix ans. Et ce ne serait pas les sur-médiatisées Carla Bruni ou Feist (qui chante comme Julie Doiron, et non pas l’inverse) qui vendraient beaucoup leurs disques moyens.

Old Time Relijun, ce fut une autre affaire, plus ferrugineuse et musclée. « Merdre à Bush » en français en mot d’ordre, ces ricains d’Olympia, Washington D.C., firent à nouveau forte impression. Un trio imprévisible, Aaron Hartman le (contre)bassiste, Jamie Peterson la charmante petite batteuse et le phénomène performer Arrington de Dyoniso. J’aurais besoin de plusieurs pages pour vous décrire l’animal, je vais me contenter de quelques lignes. Imaginez un croisement entre Abraham Lincoln (pour l’étonnante barbe et le visage doux) et Jon Spencer très jeune (pour la débauche d’énergie). Un blues rock moite et dangereux, qui vient des tripes, des forgerons de l’Olympe qui auraient choisi l’option Enfer damné et pavé de très mauvaises intentions. Habité et fiévreux, c’est rien de le dire, ceux qui auront vu au hasard Eighties Match Box B-Line Disaster ou Guitar Wolf suivent mon regard halluciné et admiratif. Le son ne cesse de gronder, d’enfler, de protester bruyamment contre la terre entière, cette malade incurable. Ils me font l’effet de pasteurs déviants qui auraient troqué leur foi contre ce bon vieux punk. Et cet étrange éphèbe qui fait tomber la veste, puis la chemise puis son fûte, dansant tout le reste du concert en caleçon Calvin Klein mauve moulant, les filles du premier rang en sont encore toutes frémissantes. D’un coup, Jamie se lève derrière ses fûts et entame une courte danse frénétique, irrésistible. Et le bassiste de tourner sa tête dans tous les sens (fais gaffe, elle va se décoller mec) tellement « I love my bass », l’animal hululant ou hurlant de plus belle, passant aisément du plus grave au plus aiguë et faisant n’importe quoi avec talent (la position non sexuelle du cygne, bomber le torse et se le frapper pour moduler son timbre…) couvé du regard par la batteuse, haut blanc et petits seins tressautants. Avant le final, un surprenant morceau au saxo nous acheva.
Goodnight everybody.


www.juliedoiron.com
www.krecs.com/OldTimeRelijun/
www.mainsdoeuvres.org

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 02/11/2004

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