19/10/2019  |  5245 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 16/10/2019 à 17:52:45
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique concert
Under Byen

+ Minor Majority
Café de la Danse (Paris)
lundi 1er novembre 2004

Minor Majority joua une heure. Ces cinq braves gaillards venus du nord étaient déjà passés par Paris, à Mains d’œuvres, mais presque tout le monde les avait ratés. Ils fêtaient la distribution française de leur troisième effort Up for You and I. Ils entamèrent leur show par ce morceau, folk intimiste avant d’élargir leur horizon sentimental et paysagiste. Cinq grands mecs, quatre en chemises de surfeurs blanches avec motifs, deux chauves, le batteur et le bassiste, deux blonds à mèches mi-longues et le chanteur, perché sur son tabouret. Sa voix aussi était haut perchée, mais dans des nuages embrumés. Un barbu de trente ans auréolé de lumière, entre Tom McRae et Matt Berninger (The National) acoustique, qui chantait les yeux grands ouverts. Sa belle voix de velours mi-grave résonnait et hantait les lieux quand le silence se faisait. She Gaves Me Away ou Electrolove nous livrèrent ses tourments intimes, accompagnés en chœur par ses Garçons de la Plage du soir, les suivantes What I Deserve et Start A Fire gâchèrent un peu le plaisir à trop tirer sur les cordes de Dire Straits époque Sultans of Swing, la ficelle pouvant céder et nous exaspérer. Deux morceaux suivirent, Premature Way et Smile at Everyone, plus rock dans leur tournure, batteur inspiré, et saut du tabouret spectaculaire pour le chanteur à chaque fin de morceau.

Sur Under Byen, et pour notre plus grande joie, il y a beaucoup de bien à en dire. Avant d’attaquer le concert, rappelons la sortie de 2e album Det Er Mit Der Holder Traeerne Sammen ce qui signifie « C’est moi qui tiens les arbres groupés », bon courage ma petite. Le groupe danois compte aujourd’hui sept membres, une des sœurs jumelles, Katrine Stochholm manquant à l’appel. Lenin démarrait, présence fantomatique, juste sur une scie et un piano, les autres embarquant progressivement. Henriette occupait bientôt une grande partie de l’espace, minauderie, gesticulations sensualistes, et chant sur la corde raide. Un groupe petit-maître dans la rupture de ton bousculant les habitudes, Lenin débutant dissonant puis mélodique enchaînant rythmique pour finir acoustique. Les deux batteries se font subtilement écho, comme dans une bonne ritournelle pop, les cordes (violons et violoncelle) dramatisent, la basse et le piano donnent une ampleur free-jazz, et le tout rehausse l’attrait pour la voix si singulière de la damoiselle Henriette Sennenvaldt, robe 50’s taille guêpe. Une voix toujours à la limite de la rupture sur Palads ou le mal nommé extra-ordinaire Plantage, entamé Blue Velvet, puis chaos sonore né du néant, création pour nos oreilles d’un univers imaginaire complexe (fermez les yeux pendant le prochain concert d’Under Byen, et vous verrez ce que je vous dit), entre Homogenic (merde, je m’étais promis de ne pas citer Björk, de moins en moins bonne, tant pis) et Mùm (méritent-ils la comparaison ?). Henriette en fait beaucoup, susurrante ou hurlante, accrochée à son pied de micro, comme un poivrot à son bock, mais plus sexe qu’un pochetron, ça va sans dire, féline et féminine cette grande petite blonde. La musique d’Under Byen est riche, on y entend des percus afro, des rythmes latinos, du rock mélancolique, de la musique contemporaine, de la musique classique. Pas un fourre-tout mais une re-création comme en art contemporain. Les plus durs Lebesag ou Byen Driver étant plus des tourbillons apocalyptiques, des chants de fin des mondes audacieux (et joyeux). Plus qu’un « frisson danois » (Libé), de la pop pour nos esprits dérangés.


www.underbyen.dk
www.viciouscircle.fr/minormajority.html
www.cafedeladanse.com

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 02/11/2004

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire