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Animal Collective

+ Davide Balula
Point Ephémère (Paris)
mercredi 3 novembre 2004

Dehors, noirâtre canal, faune nocturne, cuir tweed champagne et vin blanc mélangés. Point Ephémère, nouvel espace, ensemble contemporain plaisant, la circulation y est fluide et les rencontres troublantes. Schlong’s nous assaillit dès l’entrée, l’animal aux platines, le son trop fort, nous conversâmes avec difficulté, durant ce long « Skate Music Mix » introductif. Palais de Tokyo miniature, plus sombre, murs nus identiques, couleurs gris blancs et métalliques. La scène ressemble à celle du Nouveau Casino, mais le son a une meilleure répartition qu’au Nouca. Enfin un lieu moins loin que les Instants Chavirés de Montreuil pour musiques extrêmes et autres plaisirs infiniment coupables.

Peu avant dix heures, Davide Balula prenait ses aises, pour la première fois en couple. Un mec debout avec sa guitare, acoustique ou électrique, et un mec assis, Stéphane Gary, chargé de l’alimentation sonore. Un exemple de folk anémié, bredouillé avec prudence, comme si on était sur écoute et qu’il fallait se méfier. Des tourterelles prenaient leur envol, ça allait être la soirée des animaux. Pur Glace débutait,1er morceau de la compilation Active Suspension vs Clapping Music, plus mélodique et plus rock, assez pop finalement, mais pop aux grandes idées. La guitare pleurait, les synthés couinaient, la voix marmonnait, le tout décollait, c’était juste beau. On ne pouvait pas en dire autant de la suite trop calme.

Peu avant onze heures, Animal Collective prenait le pouvoir. Quatre « humains » démasqués, furieux et désolés pour la terre entière. Sur scène, il y en a un qui bidouillait à genoux, il y a Avey Tare qui chantait trop haut, mais dont la voix était (trop) trafiquée, le batteur qui était debout, bestial et en transe, et le guitariste dans son délire, qui faisait même le batteur fauché sur le 1er morceau en tapant sur le sol. Les premières nappes climatiques sourdaient et nous plongeaient dans un drôle d’état extatique. Le concert ne décollait qu’au 3e « morceau », la scène vibrait, la bande des 4 gigotaient frénétiquement, les voix trafiquées prenaient le contrôle de nos cerveaux drogués et fatigués. Nous n’opposions aucune résistance à ce hold-up létal, laissions place à nos instincts, à la pulsation chère à Kerouac. Cette petite odyssée nocturne en jungle hostile prenait soudain une tournure diablement primitive, Danse Manatee for matinee, retour à l’âge primitif du folk, fête indienne sacrificielle pour implorer un pardon inutile. On se sentait étrangement (dé)possédé, mais heureux de cet état. Comme pour le live performance de Black Dice à la Fondation Cartier, les corps traversés par des basses surhumaines. Les seules lumières venaient des faisceaux derrière la scène et de la lampe de spéléo vissée sur le crâne de Panda Bear, mais on se sentait bien dans le noir. Dans l’oubli momentané d’un morne présent, les Américains venaient juste de resigner pour quatre ans avec The Devil. Ces indies dérangés nous agressaient pour sauver notre âme et nous nous laissions faire. Mission accomplie, des cris d’indiens s’élevaient dans l’assistance, fantômes présents et ressuscités malgré eux. La connexion morts, vivants et morts- vivants venait d’avoir lieu. Belle Joana, ce trip physique et cet engagement primitif, je te les dédie. Au plaisir.


www.fat-cat.co.uk/
davide.balula.free.fr/
www.pointephemere.org/

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 04/11/2004

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