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Clogs (concert donné dans le cadre du Festival Musiques Volantes)

Guinguette Pirate (Paris)
mercredi 24 novembre 2004

Clogs, un drôle de quartet au carrefour des musiques classique, de chambre et contemporaine. Une vraie bande de musiciens de contrebande, comptant dans ses rangs Padma Newsome (viola/violon), Bryce Dessner (guitare), Rachael Elliott (basson), et Thomas Kozumplik (percussions). Formé dans les années 90 à L’Ecole de Musique de Yale, le groupe mit au point un singulier processus de composition musicale qui s’apparente à celui d’un quartet de jazz. Ces dernières années, Bryce Dessner et Padma Newsome ont consacré plus de temps à The National, au disque et aux concerts de la tournée Sad Songs for Dirty Lovers (Brassland, 2003).

Le troisième album de Clogs, Stick Music (Brassland, 2004), est leur disque le plus abouti. Leur premier opus, Thom's Night Out (Brassland, 2001) était une sorte de repère balisé dans le giron des musiques improvisées à la Kronos Quartet ou Godspeed You! Black Emperor. Leur second effort, Lullaby for Sue (Brassland, 2003) était plus rythmé, électrique et éclectique.
Stick Music est un concept-album créé par Newsome et Dessner. Il s’agit d’une exploration boisée où l’on adore se perdre, expérimentant toutes les utilisations musicales possibles des instruments à cordes. Amoureusement pincées, frôlées, heurtées, c’est comme si on n’en avait jamais autant pris soin. Un climat intime, mélodieux et sublime. On passe ainsi d’une légère pluie fine à un étrange tourbillon sonore vertigineux.
Stick Music est un disque courageux qui plaira autant aux éclairés avant-gardistes qu’aux mélomanes des classiques de jazz instrumental à la Coltrane, aux amateurs de musiques répétitives (Bryce Dessner a collaboré avec Philip Glass, Steve Reich et Bang On A Can) ou aux fans de Brian Eno (première période, post-Roxy Music). Donc infiniment plus riche que la "musique de chambre improvisée" à laquelle certains se contentent de les réduire.

Retour sur l’excellent concert parisien du groupe, qui fit la clôture du Festival Musiques volantes à la Guinguette Pirate, avec l’expérimental guitariste bruitiste noise Marc Sens et l’electronica soyeuse mais très assoupissante d’Un Caddie Renversé Dans l’Herbe. Une soirée judicieusement baptisée Quand l’instrumentation classique rencontre l’improvisation.
Au passage, signalons qu’un groupe aventureux comme Clogs n’interprète que des nouveaux morceaux. Avec une prise de risque aussi grande que la générosité dont il fait preuve.

Bryce Dessner est concentré, à la guitare, Padma Newsome, plus détendu, au violon, Rachael Elliott, sobre, discrète, mais très évocatrice au basson et Thomas Kozumplic impassible et raide aux percussions et à la batterie, qui apporte une riche partition dynamique à cet ensemble (é)mouvant.
2 : 3 : 5 était servie en entrée, musique de film champêtre pour séquence en forêt. Une première plage joyeusement (l’envolée) plaintive (les cordes). Le basson y disputait habilement le premier rôle à une guitare pas si éloignée de son jeu à la National. Voisins, acoustique, lui succédait, composé dans la charmante bourgade française de Voisins le Bretonneux par Padma. Si ça vous dit quelque chose, Badawi, groupe de rock new-yorkais à la rythmique africaine type Leftfied, première chose que ce morceau m’évoquait. Vraie chaleur tropicale, chevauchée solitaire dans le désert (des Tartares ?). Canon ensuite, plus électrique, avec Padma au violon tel le flûtiste meneur de la fable, mélancolique montée ascensionnelle. Cricket, était étonnamment définie, en français s’il vous plaît, par Padma, Chanson du grillon comme il s’imaginait. Tout un programme. So is Padma Bryce said, laconique. Padma se répétait, en anglais, cette fois. Etonnante faculté du groupe à jouer ensemble, à plaisanter, à exister ensemble. La bonne humeur communicative de Clogs pouvait être ressentie par chacune des âmes en présence. Une plage drivée par la guitare électrique de Bryce, qui passait sans transition du post-rock au rock, d’une rythmique africaine au jazz contemporain. Tides, mélopée orientale, mélodie médiévale occidentale et son new-yorkais. Fiddlegris, sérénade au bord de l’eau, jouée à l’ukulélé Hawaïen par Bryce. Le violon imprimait le rythme, la batterie suivait au pas de course et l’ukulélé reprenait. Schubert se situait sur le versant électricité. Puis voici le premier extrait connu, présent sur le premier album, le somptueux Thom’s night out, Padma cajolait ses cordes et en jouait (enjoué ?) en les tapotant. Je n’avais jamais vu ça ni entendu un tel résultat. On était tous soufflés par cette dextérité venue d’un autre monde. Les chœurs s’envolaient pour conclure en beauté le passage. Un délicat morceau du XVIème siècle suivait avec Padma en ménestrel. Puis un audacieux mélange de percussions africaines, de guitare troublante et de violon consolateur, aux changements de rythmes et de ton (accélérations, ralentissement) reflétant les émotions fluctuantes que cette musique provoque en nous. Une nouvelle chanson australienne de Padma, chantée à la Robert Wyatt s’il était rauque, concluait.
Minimaliste, émouvant, intemporel et résolument moderne, LE Concert 2004 (avec celui du nouveau Migala silencieux) ?

A lire également : le compte-rendu de cette même soirée par Pierre Andrieu.


www.clogsmusic.com
www.brassland.org
www.talitres.com

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 10/12/2004

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