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Buck 65

+ General Electrics
La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
jeudi 26 février 2004

Buck 65et General Electrics ont permis au nombreux public rassemblé dans le club de la Coopé de passer un excellent moment hip-hop/funk. Malgré le froid sibérien et la neige de cette fin de mois de février, la promo conséquente effectuée autour de Buck 65 et l’excellent bouche à oreille autour des shows du Canadien ont permis de faire sortir les gens de chez eux pour une musique pas forcément facile d’accès au premier abord.

En première partie, General Electrics a donc pu présenter son premier album dans de très bonnes conditions. Dès l’arrivée flamboyante du groupe (sur un instrumental hyper funky et groovy) on pense aux prestations colorées et déchainées du groupe de Beck sur la tournée Midnite Vultures. La palme de l'excentricité revenant sans conteste au bassiste/claviers avec sa coiffure afro extravagante et ses multiples poses, un peu trop sérieuses malgré tout… Concentrés, les quatre musiciens ont néanmoins l’air de prendre un pied incroyable à jouer un funk teinté d’electro et de hip-hop. Les claviers du cerveau du groupe, Hervé Salters, donnent une couleur à l’ensemble des morceaux en adoptant des sonorités roots d’orgue Hammond ou en partant dans des délires électro. Curieusement, les nombreux solos effectués n’entraînent pas des replis stratégiques vers le bar, ils provoquent même sourires enjoués et danses sexy. On peut seulement reprocher à General Electrics des parties vocales pas toujours très marquantes… Après 45 minutes de set (qui ont paru durer la moitié), tout le monde semblait ravi par ce réjouissant warm-up.

Une écoute approfondie des albums Talkin’ honky blues et Square ne peut laisser supposer le feu d’artifice que constitue une prestation scénique de Buck 65. On pense assister à un concert de hip hop classique et à la place on découvre le One Man Show d’un acteur né réussissant à faire passer son auditoire par des sentiments contrastés. Comme son compatriote Hawksley Workman, ce tchatcheur fou semble être né pour monter sur les planches. Dès le premier titre, Buck 65 réussit à créer une connivence avec le public en mimant ses paroles. Souvent sombres et habités par une voix de bluesman revenu de tout à la Tom Waits, les textes impressionnent par leurs capacités évocatrices et leur impact presque dignes d’un Johnny Cash. La sobriété manifeste des musiques - des beats hip-hop et quelques samples bien sentis - n'est pas gênante, bien au contraire ; on vit littéralement les histoires racontées par ce maître de cérémonie un peu particulier. Buck 65 mélange en effet habillement le hip hop et les guitares country folk (le tubesque Wicked and Weird), bâtit une fascinant morceau avec des cordes et des guitares Western (Roses and blue jays), compose un rap ultra puissant se terminant en déluge métallique (463) ou se permet de sampler le génial riff d’intro de No one knows des Queens of The Stone Age pour en faire une chanson bien à lui. Plus tard, on assiste à des moments plus expérimentaux mais tout aussi impressionnants ; l’inspiration de ce personnage ne semblant jamais devoir se tarir. Les titres se terminent souvent en séances de tortures des platines, les scratches virtuoses et destroy manquant même de faire rendre l’âme à la sono par deux fois ! Entre ses excellentes compositions - ou parfois en plein milieu -, Buck 65 fait preuve d’un humour aussi ravageur que surprenant. Il commence par imiter Mick Jagger de manière hilarante et impromptue, puis il envoie un sample du Poinçonneur des lilas de Serge Gainsbourg et fait mine de chanter par-dessus, enfin il ridiculise le Que je t’aime du regrettable Johnny Hallyday. En le voyant mimer ses textes et partir dans de mini sketches improvisés, on se dit que l’on a en face de soi une sorte de Charlie Chaplin du hip-hop. Extrêmement brillant !


www.buck65.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 01/03/2004

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