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Chuck Berry

Zénith d'Auvergne (Cournon)
jeudi 17 mars 2005

The great rock ‘n roll swindle

Même si on savait pertinemment que Chuck Berry était capable du meilleur comme du pire sur scène, le seul fait d'apprendre qu’un des inventeurs du rock ‘n roll allait jouer à Clermont-Ferrand nous avait fait replonger allègrement dans sa magistrale discographie… Et nous avait donné une furieuse envie d’aller le voir en vrai pour la première fois, en espérant un moment magique et pas une escroquerie en bonne et due forme… Las, comme il fallait s’en douter en voyant le prix des places (de 57 à 63 euros), notre homme n’était là que pour réaliser le casse du siècle et repartir plus loin faire la même chose. Récit d’un concert extrêmement médiocre donné par un escroc de 78 ans, dans le plus total mépris de son public :

Beethoven was deaf

Dès le premier morceau, le génial (sur disque) Roll over Beethoven, on se rend compte qu’il y a un problème (voire plusieurs)… Le groupe qui accompagne Chuck est tout juste bon pour faire la tournée des bals ; le batteur cogne comme un sourd, en rythme certes mais sans le plus élémentaire toucher que méritent ces morceaux légendaires, le bassiste est tout juste honnête et l’organiste sonne comme s’il jouait dans une MJC. Chuck Berry, quant à lui, s’il chante correctement (ouf !), est complètement absent de son concert au niveau guitare, un comble pour un guitariste imité et repris par tout le monde (des Beatles aux Rolling Stones en passant par les Beach Boys, Jimi Hendrix ou Iggy and The Stooges)… S’il garde son style inimitable, Mr Berry (alias Mr Rock n’ roll) semble être devenu sourd (comme Beethoven) : il joue faux, et même archi faux ! Pour être clair, on dirait un débutant essayant de jouer comme l’auteur de Johnny B. Goode. A ce moment-là, pour se rassurer, on se dit qu’il faut un peu de temps pour se chauffer à cet âge là. Mais par la suite, les morceaux Sweet little sixteen et Memphis Tennessee sont eux aussi exécutés (c’est le cas de le dire ) de manière tout simplement risible. Voilà la méthode Chuck Berry 2005 : je joue une intro approximative, je cabotine un peu (deux trois grimaces, quelques pitreries aux claviers, une Duck walk de trois secondes chrono), je place deux trois notes complètement à côté, je laisse mon groupe jouer et je fusille la coda pour faire mauvaise figure. Oui, c'est bien ça : il vaut mieux en rire qu’en pleurer.

No fun

Au bout du troisième morceau, Chuck Berry nous annonce - dans sa grande bonté - qu’il va commencer le show (il serait temps !), il monte le volume de sa Gibson (qui sonne divinement quand son maître place bien ses doigts sur les cordes) et se lance dans une série de morceaux, eux aussi consciencieusement massacrés en règle. C’est un véritable crève cœur de voir une légende se ridiculiser de la sorte devant 1200 personnes venues pour l’acclamer. You never can tell, Johhny B. Goode et Little Queenie sont expédiés de manière poussive et honteusement approximative. Malgré la qualité intrinsèque des titres interprétés, impossible de prendre du plaisir en assistant à pareille démonstration de foutage de gueule ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit : deux trois indices laissent penser que Chuck Berry le fait exprès, juste pour voir jusqu’où il peut aller ! Parfois, il joue en effet plutôt bien mais il retombe immédiatement dans ses travers quelques instants plus tard. Sur le dernier morceau – l’enlevé et drôle House lights –, il joue même mieux et fait un solo digne de ce nom mais... de dos face, à son ampli, avec une horde de femmes dansant sur scène pour assurer un semblant de spectacle. Quand il le veut, Chuck Berry sait donc encore jouer… mais il ne veut pas, c’est tout. Sinon comment expliquer le fait d’avoir choisi un groupe aussi limite, de ne pas avoir recruté de guitariste rythmique et de jouer pendant seulement 54 minutes, sans rappel ?

Too much monkey business

Il serait donc très facile de proposer un concert correct et d’être à peu près égal à sa légende. Mais tout est tourné vers un seul but : amasser le maximum d’argent en dépensant le moins possible. Un bon groupe ça coûte cher, un musicien en plus également… Jouer bien, et un peu plus longtemps par contre, ça ne coûte rien… Tout ceci est donc écœurant et exaspérant ! On se dit qu’on n’est pas le seul à penser qu’on s’est fait escroquer, que les gens vont réagir, huer, demander (même gentiment) le remboursement de leurs places, voire tout casser… Mais non, la horde de seniors ayant fait le déplacement repart résignée, certains sont même contents de leur soirée. On doit avoir rêvé, on va se réveiller d’un mauvais cauchemar… mais non, tout cela s’est bien réellement passé en ce 17 mars 2005 au Zénith d’Auvergne ! Pour oublier sa déception, une seule solution : réécouter les chansons intemporelles de Chuck Berry et visionner une fois de plus son dvd live à Toronto en 1969 qui le montre sous son meilleur jour… Neil Young a dit que le rock ‘n roll ne mourrait jamais, c’est en grande partie vrai (le best of de Mr Berry restera au panthéon du rock pour quelques siècles encore) mais ce soir il nous semble bien avoir assisté à la mort scénique d’une légende du rock n’ roll… Et c’est triste, très triste.


www.chuckberry.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 21/03/2005

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