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David Thomas & Two Pale Boys

Nouveau Casino (Paris)
jeudi 31 mars 2005

Enfin une mémorable soirée complètement foutraque !

Père Ubu vit toujours, il est aussi barge qu'avant et reste l'un des meilleurs entertainers poético-punk. Maintenant il sévit sous un autre blase, le sien, celui de David Thomas & Two Pale Boys. Ensemble, ces trois acolytes ont déjà commis trois albums peu recommandables donc indispensables, et le petit dernier 18 Monkeys on a Dead Man's Chest fait déjà figure d'album de chevet pour croque-mort endurci.
Sur scène (de théâtre-cabaret), un pachyderme gracieux, David Thomas. Tout de noir vêtu mais accoutré d'un tablier rouge de boucher, il est immédiatement effrayant et émouvant. Sur la gauche, Andy Diagram, le trompettiste de l'étrange qui fera gémir son instrument tout à l'heure. A droite, Keith Moliné, orfèvres en cordes torturées.
Entre folk punk maigre en pop ou variations jazzy complètement expérimentales et barrées, on n'a pas grand chose à quoi se raccrocher. Et parfois c'est pas plus mal de se sentir possédé ou envoûté par un gourou allumé mais pas dangereux. David enchaîne morceaux sur bières, trips expé sur flasques d'alcool fort, pétards au bec. Je vous dis pas le résultat, à mon avis il était déjà pété et bourré avant. Entre psaume, mantra, prière d'autiste, c'est une voix raclée qui sourd de ses entrailles ravagées, un étouffement gargouillé étrange et une félicité désespérée. Les moines défroqués Nick Cave ou Daniel Johnston peuvent aller remettre leur soutane. Pour moi ils sont déjà morts. A un moment, un téléphone pendouille au pied du micro. David s'en empare et fredonne, s'écoute, sourit, fait la gueule, ferme les yeux. Finalement il arrive à dompter l'engin et le morceau devient sublime. C'est quand même une autre histoire que le pesant ange Peter Gabriel avec sa cabine téléphonique, non ?

Et les deux autres, pendant ce temps là ? Ils l'accompagnent, concentrés, Andy apporte une touche jazz mutant, Keith est plus sur un versant traditionnel mais psyché, si ça existe. Et un coup, David triture l'instrument de l'un, un coup, il bouscule l'autre Il s'amuse comme un gamin, demande à Keith de jouer rock et ça lui plaît, l'autre obtempère. A un moment, il lâche même qu'il ne monte sur scène que pour son cachet. Du lard ou du cochon ? Vu le bonhomme, à vous de deviner. Et puis quand il prend son mini-accordéon sur ses genoux, on pleure. Ca doit être ça la grâce pure…

Ces énergumènes se manifesteront à nouveau du côté de Barcelone, au festival Primavera Sound fin mai, pour ceux qui l'ont raté et/ou ceux qui feront le déplacement.


www.ubuprojex.net

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 11/04/2005

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