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The Hives + Blues Explosion + The D4

Zénith (Paris)
vendredi 15 avril 2005

Bien sûr à l’Elysée Montmartre, le son aurait été meilleur... Mais devant la demande de billets affluant de partout, le concert des Hives avec Blues Explosion en première partie (c’est un peu bizarre quand même ça… seules les ventes de disques parlent de nos jours) a rapidement été transféré au Zénith de Paris, une salle connue pour bénéficier de la pire acoustique de tout le territoire français… Certes, de temps en temps, il se produit ici des miracles (Iggy and The Stooges en juillet dernier, Bob Dylan en 2002) mais ce lieu devrait être exclusivement réservé à la variété française de qualité, qui mérite bien une salle aussi bien sonorisée pour accueillir Calogero, Kyo, Jenifer ou Francis Cabrel, le gratin quoi… Mais revenons à nos moutons, le rock ‘n roll joué sauvagement dans un hangar au son indigne :

The D4 : une infâme bouillie sonore

Invités de dernière minute, les pauvres Néo Zélandais de D4, ont essuyé les plâtres avec un courage certain (le guitariste ressemblant – un peu – à Steve Jones des Sex Pistols ne ménage pas sa peine, comme son acolyte chanteur/guitariste grand communicateur) mais en pure perte : batterie trop en avant résonant de manière honteuse, basse couvrant tout, et cela donne une infâme bouillie sonore… Pour ajouter un cran à l’exaspération, leur punk un peu trop influencé par le hard rock manque cruellement d’inspiration et le groupe oublie de jouer ses tubes. Fort heureusement, la fin du concert de D4 est plus enlevée et moins lourde, laissant espérer de meilleures choses dans un contexte plus favorable.

40 minutes de Blues Explosion : trop court mais très bon !

Pour le show des mythiques Blues Explosion, le son est légèrement meilleur (j’ai bien dit : légèrement) mais les morceaux sont tous sans exception excellents ; ce punk ‘n blues ultra roots joué avec une ferveur teintée d’arrogance est tout simplement irrésistible, n’en déplaise aux gamins accourus dans le seul but de communier avec le stars vues sur MTV, les Hives. Ne soyons pas trop grinçants, la jeunesse est quand même mieux ici qu’aux infâmes concerts Europe 2 Campus tour avec Superbus, Prohom, No One Is Innocent et autres vedettes. « Ladies and gentlemen, this is the Bluuuuuuuues Explosion ! », Jon Spencer et sa voix très sexe nous font le coup à chaque fois mais cette phrase mythique produit toujours un énorme effet quand elle retentit dans l’antique micro du leader du trio énervé. Elle arrive malheureusement à la fin du concert, qui survient trop tôt, beaucoup trop tôt… Mais comme avant cela Russels Simmins avait défoncé ses fûts avec une frénésie notable, comme Judah Bauer n’avait pas trahi son statut de guitariste hautain décochant des flèches soniques à la Keith Richards et que le chanteur guitariste sus nommé avait passé son temps à gueuler force « Hou ! », à hululer comme un loup en rut tout en extirpant rythmiques crades et solos virulents de sa six cordes, quand les lumières se rallument, on respecte Blues Explosion comme au premier jour, on souhaite ardemment le revoir dans un club... et on comprend tout à fait Jean-Louis Murat quand il déclare qu’il aimerait bien être Jon Spencer

« Paris et les Hives, c’est l’amour… »

Désormais les Hives sont des stars mondiales, ils remplissent - presque - des Zéniths avec leurs cohortes de fans allant du fan de punk ‘n garage trentenaire, à l’adolescent fan de hits immédiats jusqu’aux vieux briscards/rockers à qui on ne la fait pas, qui l’aurait cru quand ils assuraient - déjà magnifiquement - une première partie des Wampas à la Coopérative de Mai en 2000 ? Cinq ans auparavant, le combo de Howlin’ Pelle Almqvist avait pourtant déjà tout : des morceaux géniaux propres à rendre n’importe qui complètement dingue, une attitude marquante, des costards bien taillés et une énergie à peine croyable… Le nouveau statut des Hives leur permet maintenant de faire attendre leur public presque 50 minutes, sans doute pour faire monter la sauce... et accessoirement pour installer leur matériel d’un blanc immaculé (ça doit coûter bonbon, tout ça… ). Mais, quand les cinq Suédois arrivent enfin sur scène avec en fond leur nom en immenses lettres rouges, on oublie tout et on obéit immédiatement à leurs injonctions : sans réfléchir une seule seconde, on hurle donc sa joie d’être là, on reprend en chœur les paroles, on remue comme un forcené et on éclate de rire à toutes les pitreries et autre fanfaronnades…
C’est bien connu les Hives font la loi, et l’on ne peut leur résister, surtout quand ils sont dans une forme comme celle là. Chaque musicien donne tout et même plus encore... Le survolté batteur, le placide bassiste (moustachu !) et le guitariste enrobé sont diaboliquement efficaces. L’infernal chanteur, quant à lui, pousse régulièrement sa voix dans le rouge (comme l’inénarrable Didier Wampas ), éructe come Lux Interior des Cramps lors de ses discours, cabotine joyeusement, escalade les enceintes et fayote allégrement (« Oui, Oui, Oui ! Paris, mon amour ! »). Pendant ce temps, l’autre showman des Hives, le deuxième guitariste, se livre à un exercice de style de haute volée : enchaîner les riffs à fond, exécuter de minuscules solos aigrelets comme un furieux, vociférer des chœurs avec une voix de dangereux maniaque, haranguer le public à tout bout de champs, tout en n’omettant pas de souffler sur ses doigts comme Björn Borg à Rolland Garros en toisant le public avec un air hâbleur… Sur une scène, ensemble, ces cinq gars-là, c’est véritablement du grand art.

« And now, la pièce de la résistance : Hate to say I told you so ! »

De Main Offender à Die All right en passant par A little more for a little you, Walk idiot walk, Aka IDIOT, B is for Brutus, Antidote, Two-timing touch and broken bones ou encore le hit annoncé comme « la pièce de la résistance » (sic) Hate to say I told you so, les hymnes de punk rock garage se succèdent à un rythme effréné, laissant le public exsangue après deux rappels et une heure dix d’un show impeccable. Vers la fin de son set, le groupe (faisant souvent penser à des Ramones jouant très vite des morceaux punk ‘n pop dans un garage décoré en plateau de Top of the pops, avec Mick Jagger au micro) s’est même autorisé un morceau plus calme (sans que l’hystérie ne retombe un seul instant) : Diabolic sheme, très influencé par l’intemporel I Put a spell on you de Screamin' Jay Hawkins. En plein milieu de ce titre presque vaudou, les Hives se figent un long moment pour recueillir une hallucinante ovation, puis la troupe repart au charbon, le cœur léger. A la fin du set, dans le public, tous les visages arborent des sourires d’enfants émerveillés à qui l’on vient de faire le plus beau des cadeaux : un putain de concert de rock ‘n roll.

(Photos live : Bill Pratt et Abbey Braden)


www.hivesmusic.com
www.blues-explosion.com
www.thed4band.com

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 16/04/2005

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