16/12/2018  |  5096 chroniques, 167 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 14/12/2018 à 09:31:48
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique concert
The Dears

Nouveau Casino (Paris)
mardi 10 mai 2005

Alors que la France était encore coupée en deux pour 19 jours (OUI ? POURQUOI PAS ? NON !) les popeux parisiens ont dû, pour leur part, faire aussi un choix ce mardi : Canada ou Québec ? Dexy’s Midnight Runners ou Smiths (ah ! le petit jeu des comparaisons… pas toujours justifiées comme on le verra) ? Boule Noire ou Nouveau Casino ? Hype à dégonfler ou Hype déjà dégonflée (là aussi, cela reste à justifier) ? Bref… Hot Hot Heat ou bien The Dears ? Votre serviteur a voté (avec son portefeuille et ses tympans) : vive le Québec libre !!!

Rendez-vous est donc pris au Nouveau Casino pour confirmer certaines (bonnes) impressions laissées par No Cities Left (morceaux bien écrits, chanteur charismatique, potentiel de puissance sonore du groupe sur scène) et en infirmer d’autres (suiveurs, sous-Smiths, sous-Gene, creux). La confusion sur l’heure du concert aidant (19h30, 20h30 ?) la salle qui s’affiche d’abord clairsemée (ouille) finira de se remplir rapidement, juste à temps pour l’envoi d’une vieille ballade par une chanteuse dont le nom m’échappe en guise d’intro (à la manière de l’Imperfect List utilisée par Morrissey en intro de ses concerts, avantage aux pro-« Les Dears sont des vilains copieurs, na ! »). Et comme pour les concerts du Moz, le silence s’installe, la concentration se précise et les applaudissements commencent à retentir alors que le groupe s’installe et attaque par une chanson de leur premier album (Hollywood Bedtime Stories). Les hostilités sont lancées, le groupe est précis, le lineup efficace (un guitariste aux attitudes orgasmiques, un bassiste appliqué, un batteur puissant, deux pianistes, l’une chantera, l’autre jouera de la flute traversière et bien sûr, impérial, le chanteur Murray A. Lightburn). Pas de temps mort, le groupe enchaîne illico presto sur leur tube hivernal Lost in the Plot (qui paradoxalement sera à mon goût le morceau qui sortira le moins bien de la soirée)… Après quoi, business as usual, la quasi-intégralité de No Cities Left, deux morceaux de Hollywood Bedtime Stories et un nouveau morceau inédit.

La constante dans le concert ? La puissance sonore. Les Dears, comme on pouvait facilement l’imaginer à l’écoute de leur dernier album est un groupe puissant sur scène, la section rythmique est tellurique (une basse profonde, une batterie martiale et puissante), les riffs de guitare sont incisifs et appuient complétement le caractère cinématographique du groupe (chaque coup de scalpel, chaque nappe de bruit blanc est là pour rythmer et renforcer le côté storytelling de Lightburn) et à plusieurs moments l’audience doit se boucher les oreilles pour éviter l’implosion, notamment sur l’intro bruitiste de Pinned Together, Falling Apart, morceau sur lequel Lightburn fera aussi la démonstration de sa puissance vocale, passant d’un croonage mis en valeur par un éclairage froid centré sur lui, accentuant le côté cabaret de leur performance à des hurlements plaintifs (« No, no, no ») qui prennent aux tripes car authentiques, un cabaret post-apocalyptique (pré-apocalyptique ?) donc, un cabaret du troisième millénaire… et c’est là que ceux qui les voient comme des sous-Smiths sont peut-être surpris. Là où Morrissey et Marr pondaient des pépites qui pouvaient être prises individuellement sur scène comme des vignette acerbes et indépendantes, les Dears servent un spectacle complet où Lightburn se raconte, en bloc, mais (d’où la confusion) en utilisant les outils développés avant lui par certaines de ses idoles : les Smiths, le diptyque Gainsbourg/Colombier (voir notamment Never Destroy Us joué en rappel, qui sonne comme du Beck, mais comme du Beck qui copierait Colombier, et agrémenté d’un final hardcore).

Bref, les Dears ont prouvé qu’ils étaient un grand groupe à part entière, d’une efficacité redoutable sur scène, chaleureux et pas vraiment introvertis (comme leurs chansons pourraient le laisser entendre). Le second rappel, un peu inattendu d’ailleurs, les lumières ayant déjà été rallumées, les voit ainsi revenir la bouteille de vin rouge à la main, rappelant ainsi l’attitude passée d’une autre influence plus discrète du groupe, Divine Comedy (écouter The Death of All the Romance pour vérifier), bouteille qu’ils boiront au goulot durant le morceau (mention spéciale au batteur qui se fera alimenter par le guitariste sans lâcher les baguettes, spécial dédicace à un Foutraqueur qui réussit lui aussi cet exploit, Olivier, si tu nous regardes...), Lightburn discutant avec le public en français haché (au grand désespoir du reste du groupe, francophone)…

En espérant donc que Lightburn, comme la plupart de ses inspirateurs, ne décide pas d’entamer une carrière solo, nous privant ainsi de futures prestations probables d’un groupe étonnant.


www.thedears.org
www.v2.fr

auteur : Danger Mo - danger_mo@foutraque.com
chronique publiée le 11/05/2005

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire