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The Arcade Fire - Enregistrement de l'émission L'album de la semaine (Canal+)

Studio 104 (La Plaine St Denis)
vendredi 13 mai 2005

C’est dans un studio de la Plaine Saint-Denis que les Canadiens d’Arcade Fire enregistrent pour Canal + l’émission L’Album de la semaine. Une centaine de gros veinards – on est un vendredi 13 – sert de public. Pour le montage, la production nous demande de faire une ovation dans le vide, sans le groupe. On se prête gentiment au jeu, puis on observe depuis notre estrade le groupe s’installer. Avec leurs costumes de paroissiens élimés, ils semblent sortir tout droit d’un épisode de Six Feet Under. Wake Up ouvre l’enregistrement ; le chanteur Wim Butler s’y reprend à deux fois avant de se lancer. Le stress est palpable. Mais, les premières notes suffisent pour oublier qu’on assiste à une émission de télé et pour plonger dans l’univers hors normes d’Arcade Fire.

Sur Neighborhood 2, les Canadiens larguent définitivement les chaînes qui peuvent encore les lier à ce qui ressemble à un groupe de rock. Depuis quand n’a-t-on pas vu un groupe aussi possédé par sa musique ? Les chansons d’Arcade Fire sont des déflagrations sonores, qui font perdre tout repère musical. Oubliez toutes références, elle seront hasardeuses voire foireuses. Très vite, certains membres de cet orchestre baroque sombrent dans une folie totale. Richard Perry (grand rouquin binoclard, sorte de sosie de Bill Gates) et Timothy Kingsburry sont pris de convulsions démoniaques et tapent comme des sourds sur tous ce qui tombe à leur portée : des enceintes, des cymbales et un casque rouge de motard. Puis il réduisent en miette un tambourin qui n’avait rien demandé. Zapping en vue. Sous des faux-airs de Témoins de Jéhovah, ces types ne seraient-il pas la réincarnation des Who ? Les caméramans n’en ratent pas une miette et filment au plus près nos deux Keith Moon québécois. Moins frappa-dingue, le reste du groupe – huit en tout avec deux violonistes et le frère de Wim Butler à la basse – est tout autant habité. Comme la chaîne cryptée fait bien les choses, le son est parfait et permet au groupe de repousser ses chansons dans ses derniers retranchements.

Les francophones Une année sans lumière et Haïti suivent. « Mes cousins jamais nés hantent les nuits de Duvalier », chantent la délicieuse Régine Chassagne, fille d’un opposant politique au dictateur haïtien exilé à Montreal . Habillée comme une petite sauvageonne, elle a gardé un visage et des attitudes de petite fille mutine. Une fois à la batterie, on dirait qu’elle découvre un cadeau de Noël trop grand pour elle. Sur Neighborhood 1, Timothy Kingsburry nous quitte pour de bon et gît au sol, exténué, plusieurs minutes durant avec une caméra à quelques centimètres de son visage. La production nous fait lever et applaudir encore plus fort – comme si c’était humainement possible –, le groupe, lui, a depuis longtemps oublié le contexte du concert et se lance dans un grandiloquent Crown of Love. La voix de Wim Butler se tord et amène les compositions du groupe toujours plus haut. « Strange » remarque-t-il avant Neighbrhood 3. Mais peut-il en être autrement ? Filmés ou pas, les concerts d’ Arcade Fire restent effarants. Rebellion achève l’enregistrement, Wim Butler quitte la scène et vient communier au plus près d’un public en transe avancée.

En tout, les Canadiens auront interprété huit des dix chansons de leur album Funeral. Cinq seront diffusés chaque jour de la semaine à 18h30, les trois autres sur Canal + Décalé. Un peu de patience donc pour voir ce petit miracle, Canal + n’a pas encore diffusé toute les sessions...


A lire également, le compte rendu du génial concert donné par Arcade Fire au festival Rock en Seine, fin août 2005, ainsi que les critiques des albums Funeral et Neon Bible.


www.arcadefire.com
www.mergerecords.com
www.radical-production.fr


auteur : Alexandre Pedro - pedro.alexandre@wanadoo.fr
chronique publiée le 16/05/2005

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