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Arcade Fire

Parc de Saint-Cloud (Paris)
jeudi 25 août 2005

Des extraterrestres dotés de pouvoirs spéciaux inconnus dans nos basses contrées…


Arcade Fire en plein jour sur une grande scène dans le cadre d’un festival organisé dans le parc de Saint-Cloud par le président du conseil régional d’Ile de France, qu’est ce que ça vaut ? Et bien comme dans une petite salle, un lieu de capacité moyenne, un stade de football américain, une foire aux vins, c’est indubitablement géant, génial… et ça rend complètement gaga. Il y a des signes qui ne trompent pas : même les vols d’hirondelles se mettent à faire des arabesques surprenants dans un ciel dégagé comme par miracle (alors que quelques minutes avant, l’horizon était bouché par de méchants nuages de pluie). Voilà, c’est tout, pas la peine d’en rajouter, la chronique est terminée.


Arcade Fire, ça rend complètement fou !

Oh et puis non, il y a quantité de choses à dire sur le Concert d’Arcade Fire donné sur la grande scène du Domaine National de Saint Cloud, vers 18 h 30, juste avant les entrées en scène de deux « grosses machines » américaines : les surpuissants Queens of The Stone Age de Josh Homme et les redoutables Pixies de Frank Black Francis… Mais revenons aux Canadiens auteurs avec Funeral de l’album de l’année, de la décennie, que dis-je, du siècle. Mais je m’emporte… Même en sachant raison garder, calme conserver et bienséance observer, il faut avouer que ce disque tout simplement miraculeux peut s’écouter partout, tout le temps, dans toutes les positions (même les plus acrobatiques) et dans n’importe quel état d’esprit. Car il rend heureux et provoque d’incontrôlables bouffés de joie. Certains, rendus follement amoureux de la Terre entière par les mélodies élégiaques estampillées Arcade Fire, ont même eu envie de courir nus comme des vers à la rencontre deJean-Paul Huchon, pour l’embrasser sur la bouche (et avec la langue), lui offrir des roses et former sur le champs un orchestre de reprise des chansons d’Arcade Fire… D’autres ont eu envie de fonder une famille nombreuse (et très heureuse) avec la chanteuse/organiste/accordéoniste/batteuse Régine Chassagne ou la violoniste ultra sexy des hurluberlus en provenance de Montréal. On signale également des jeunes gens désireux d’apprendre les rudiments de la motocyclette et de la boxe française en compagnie du vrombissant bassiste, guitariste énervé, choriste habité, percussionniste sur casque de moto et catcheur à lunettes. Pour résumer : Arcade Fire, ça rend complètement fou.


D’implacables ondes de bonheur…

L’auditeur/spectateur moyen aimerait pourvoir bénéficier de quatre yeux et six oreilles pour arriver à tout voir et à tout entendre de ce qui se passe sur scène quand les huit ou neuf musiciens sont à l'oeuvre. Car on ne sait plus ou donner de la tête : les morceaux (des larges extraits de Funeral, plus des inédits qui ne déparent pas sur la set list) sont magiques et interprétés avec une conviction proche de l’hystérie (tout le monde chante en chœur, même ceux qui n’ont pas de micro), le groupe pratique au grand jour l’échangisme d’instruments sur scène, et quelques zozos se chargent de faire le spectacle en détruisant le matériel, en tapant sur un casque de moto porté (ou non), voire en se battant comme des chiffonniers sur la droite de la scène. Un bien bel exemple pour la jeunesse de France ! Mais le résultat est là ; la puissance des compositions de ce combo béni par les dieux de la musique est décuplée sur les planches. Et le public - qui semble aux anges - se prend en pleine poire un tourbillon de sensations contradictoires : la présence inquiétante de Win Butler, son chant intriguant et sur le fil du rasoir (qui évoque parfois le grand David Bowie, l'immense Daniel Johnston, mais également les vocalistes de Mercury Rev et The Flaming lips), la voix enfantine de Régine Chassagne (tantôt joyeuse ou poignante) et ses multiples interventions réussies, les hallucinantes montées de cordes qui donnent souvent une ampleur irréelle à la musique (un peu comme chez Godspeed You Black Emperor !), les changements de rythme inimaginables (le tube Wake up qui se finit en un hommage à peine masqué à l’iguanesque Lust for life), la variété des inspirations (pop, rock, punk, folk, rock bruitiste dissonant, musique symphonique, post rock, expérimental), les progressions harmoniques sidérantes, les lignes de basse directes (à la Kim Deal), la réjouissante communion musicale qui règne sur scène puis se propage dans le public sous forme d’implacables ondes de bonheur… C’est bien simple : on voudrait qu’ils jouent pour nous pendant la nuit entière.


Merci à eux d’avoir atterri à Paris pour nous faire décoller vers le paradis.

On pourrait continuer encore longtemps comme ça et procéder à une énumération sans fin des émotions provoquées par Arcade Fire. Mais il faut conclure, non sans avoir signaler qu’entre ses tubes mémorables joués avec une passion quasi inégalable - Wake up, Rebellion (lies), Neighborhood 1 (Tunnels), Neighborhood 3 (Laika), Neighborhood 4 (Power out), In the backseat etc. -, le groupe a commencé un morceau inédit avec une intro rappelant étrangement le fameux Where is my mind ? des Pixies… Sans doute une manière élégante de rendre un vibrant hommage à un de leurs groupes préférés (avec les Talking Heads) ? Si c’est le cas, c’est encore une qualité à mettre au crédit de ces extraterrestres doués de pouvoirs spéciaux inconnus dans nos basses contrées. Merci à eux d’avoir atterri à Paris pour nous faire décoller vers le paradis en ce jeudi 25 août de l'an 2005.


A lire également, la chronique du deuxième album d'Arcade Fire, Neon Bible.

Photo David Atlas (USA, mai 2005)


www.arcadefire.com
arcadefire.net
www.mergerecords.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 09/09/2005

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