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La Phaze

+ DJ Zebra
La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
jeudi 27 octobre 2005

Total respect, camarade !

« A chaque concert, La Phaze se déleste un peu plus des contraintes, ouvrant à la terre entière le fameux pungle style, mixage détonant de jungle, drum&bass, free jazz et énergie punk carnassière. Hybride végétal d’électro à haute teneur acoustique, de dance à vraies guitares, le trio nantais n’hésite plus entre rock et dub, et défend cette singularité rarissime aux côtés des hérauts contemporains. Rencontré au pied des bastions irréductibles du Larzac, Manu Chao a plié vite fait ses bagages pour le Brésil en emportant La Phaze sur une dizaine de concerts. Vers la Ville Rose, autre terre colérique, Hakim et Mouss n’ont pas hésité à rejoindre le trio en studio, ponctuant d’un vrai coup de gueule à la Zebda le très attendu Fin de Cycle, nouvel album. Engagé dans l’ultime combat, celui des vérités et de l’humanisme triomphant, citoyen d’une planète altière, La Phaze noie sa plume dans la musique politique, sans leurre ni faux-semblants, dernière arme connue avant l’étouffement des consciences. Sur la partition, le propos s’intensifie et s’électrifie, acide et brutal. Pour que cathodique, médiatique et économique ne riment plus avec méthodique. » Voilà la biographie du groupe nantais La Phaze (tellement juste qu’elle est reprise telle quelle dans le programme de la Coopérative de Mai), on peut la trouver également sur le site Internet www.laphaze.com. Vraiment alléchant et surtout, total respect pour l’invention d’un style musical (carrément !), ainsi que pour les collaborations « prestigieuses » avec Mouss et Hakim (auteurs avec Zebda de Tomber la chemise, une chanson qui, à défaut de changer le monde, a quand même révolutionné les troisièmes mi-temps entre rugbymen électeurs de Jacques Chirac… ) et surtout Manu Chao (alias M. J’empoche le pognon en France et je vais faire le tour du monde avec mon beau chapeau péruvien)… Je dirais même plus, ça donne grave envie d’aller teufer avec La Phaze, tout en réfléchissant à l’avenir du monde capitaliste et à une possible insurrection contre ce dernier, attention ! Direction le club de la Coopé donc, le jeudi 27 octobre 2005.

Ça déchire tout (enfin, surtout les oreilles)

Après une intro reggae/dub assurée par DJ Zebra, La Phaze arrive sur scène et c’est le kif total. Ça déchire tout ! Comme brillamment décrite dans la bio, on découvre une musique originale, des textes puissamment revendicatifs qui n’oublient pas d’être finement écrits et une énergie qui tue sa race. Quelques esprits chagrins (et sans doute mal informés) déclaraient avant le concert, qu’à la place de La Phaze, on pourrait recevoir à la Coopé Arcade Fire, Andrew Bird, Sébastien Schuller, The Raveonettes, Antony and the Johnsons, The National, CocoRosie, Devendra Banhart ou encore Elysian Fields… Wah, les gros bâtards de leurs mères ! Ils veulent de la pop, de la folk music, du rock où on comprend même pas les paroles (La Phaze, on arrive parfaitement à voir où ils veulent en venir au moins, ils se mettent au niveau du public, eux), avec des musiques toute molles et, en plus, non inspirées par le rock alternatif avec ouverture d’esprit. Comment tu veux pogoter et slammer sur ces trucs là ? C’est super chiant ! Alors qu’avec les bombes présentes sur le très brillant Fin de cycle, franchement, on peut se défouler, mais en pensant aussi bien aux OGM qu'au développement durable, et sans omettre de pousser des coups de gueule contre le Medef et Nicolas Sarkozy, bien sûr… Et oui, ils sont comme ça La Phaze, aussi audacieux dans leurs revendications (personne n’ose dire du mal de Sarko dans une salle de concert, c’est du jamais entendu ça) que dans leurs morceaux légèrement inspirés par Bérurier Noir, Bob Marley (ou Yannick Noah, c’est pareil putain), la jungle, Nique Ta Mère, le porte feuille de Manu Chao, le Sergent Garcia (qui nous casse les burnes depuis Long time) et les penseurs/activistes/fêtards toulousains de Zebda.

Sérieux, je kiffe ma race

Et ouais, La Phaze en live, c’est puissant, ça donne la pêche et l’envie de se révolter contre cette société de merde, mais après avoir préalablement acheté le disque quand même (faut pas déconner non plus, hein). Comme ils l’avaient si bien fait sur le plateau du Larzac avec Manu Chao - le chef de tous les rebelles aux poches bien pleines qui n’hésitent pas à monter en première ligne alors que ça nuit à leur carrière -, les trois inventeurs du Pungle Style (sic) n’attendent pas un seul instant pour mettre le feu au club de la coopé, très bien rempli par de jeunes qui kiffent grave le bon son (et ils ont bien raison, quoi). La recette est simple mais putain de novatrice : un guitariste dont l’instrument sonne comme sur les tubes de Billy Idol (Flesh for fantasy sur l’album Rebel yell, c’est de la merde peut-être ?) qui envoie (dans ta face, connard de popeux) des riffs ultra bien trouvés, un chanteur qui rappe ou gueule des textes pleins de sens et un DJ boîte à rythmes qui dégaine des skeuds qui retournent. C’est de la balle ! Ah, si y’avait pas ces gros lourds de vigiles pour empêcher les furieux de slammer continuellement ! On ne peut même plus être tranquille, chui vert ! « C’est ça l’oppression ! » aurait dit un autre révolté notoire, Thomas Boulard de Luke (rires). Où est passé l’esprit punk ? Fort heureusement, certains arrivent à passer entre les mailles du filet répressif, bientôt imités par les trois pois sauteurs de La Phaze et par DJ Zebra lui-même. Voilà des gens qui communiquent leur énergie et qui communient avec leur public sans démagogie, c’est pas comme ces groupes qui restent immobiles et qui tirent la gueule (comme ces nazes de dEUS, Piers Faccini, Troy Von Baltahazar ou 22 Pistepirkko, récemment aperçus dans les environs… ).

C’est trop la fête (du slip), ouais t’as trop raison !

Pas de répit avec La Phaze : les rappels défilent dans une saine ambiance de fiesta (mais revendicative, faut pas se tromper, hein) et tout le monde kiffe la bonne vibe avec son mec ou avec sa meuf… J’suis pas d’humeur à ce qu’on me prenne la tête moi, et La Phaze, ils prennent pas la tête, ils enchaînent les tubes, et ils mettent tout le monde trop d’accord : Nouveau défit, Assaut final, L’embardée fatale, Dangerous dub, ça tue trop sa mère ! Et à la fin, alors qu’on ne s’y attend pas du tout (mais alors pas du tout), ils reprennent de manière vraiment pas convenue deux titres des Clash (vous savez le groupe de Johnny Rotten et Sid Vicious) : Police on my back et I Fought the law. Franchement, c’est trop fort ça ! Et c’est pas fini : après un interlude musical, DJ Zebra revient enflammer les platines. Au début c’est pas super super : il mixe Iggy & The Stooges (Zebra a un t-shirt d’eux, mais on connaît pas ça, c’est le premier groupe de Jon Bon Jovi, non ?), Nirvana et Noir Désir (y’a trop de guitare, Zebra rocke trop… ) avec plein de trucs électro, pop ou R&B, ça donne des bootlegs pas vraiment top. Et puis fort heureusement, le chanteur de La Phaze vient danser et toaster sur certains morceaux et là c’est top classe, on en redemande ! Pris dans l’ambiance de fooooolie, DJ Zebra nous montre sa teub (normal, c’est un peu la fête du slip depuis le début de la soirée) ; ça aussi c’est surprenant et pas attendu, on n’est pas au bout de nos surprises, quelle soirée de feu ! Comme le signale le vocaliste de la tête d’affiche de cette soirée, c’est pas des balles que tire DJ Zebra, c’est des cartouches ! C’est trop vrai. DJ Zebra et La Phaze ont fait bouger la Coopé comme jamais : ça faisait l’effet de grands coups de ceinturons dans nos faces consentantes. C’était trop brutal mais c’était trop bon. Mais on aurait dû s’attendre à une soirée aussi hot car « A chaque concert, La Phaze se déleste un peu plus des contraintes, ouvrant à la terre entière le fameux pungle style, mixage détonant de jungle, drum&bass, free jazz et énergie punk carnassière. » Et oui quoi !




www.laphaze.com
djzebra.free.fr
www.lacoope.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 03/11/2005

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