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Dionysos

+ Tara King th.
La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
samedi 26 novembre 2005

Chaude soirée à la Coopérative de Mai, pour l’étape clermontoise du Monsters in love tour de Dionysos : une grande salle qui affiche complet, un public en ébullition, un show total de presque deux heures, sans oublier une première partie superbe, Tara King th..

Tara King th. : un trio français promis à un bel avenir…

Désormais superstars multiplatinées adulées par un public de plus en plus nombreux, les membres de Dionysos se souviennent néanmoins très bien qu’ils ont dû faire leurs premières armes en passant avant des groupes plus connus qu’eux à l’époque. Ils renvoient donc l’ascenseur en proposant à de nombreux artistes en devenir de bénéficier de leur succès. Ce soir, c’est le trip hop classieux de Tara King th. qui a la rude tache d’affronter un public jeune, impatient et peu respectueux. Car si la tête d’affiche de la soirée a de la mémoire, les auditeurs du Mouv’ (un robinet à singles à la botte des maisons de disques, et financé par la redevance en plus !) n’en ont pas forcément ; pour eux les premières parties sont chiantes, ils veulent voir les vedettes... et tout de suite, s’il vous plaît ! Ce sont les mêmes qui dans six mois ou un an, apprécieront le son de Tara King th. ; mais pour le moment, ils s’en tamponnent comme de leur premier SMS envoyé pour « sauver » tel ou tel tocard de la Star Ac… Pour pouvoir apprécier à sa juste valeur la musique du trio en provenance de Romans-sur-Isère, il ne faut donc pas avoir peur de se déplacer dans la salle, afin d’éviter les importuns. Pendant le temps qui leur est imparti, les musiciens (une chanteuse timide mais habitée, qui joue également des claviers, un excellent batteur/bidouilleur et un organiste doué) démontrent l’étendue de leurs talents ; dans un registre très inspiré par les ambiances cotonneuses de Portishead et la voix spectrale de Beth Gibbons. Si l’on pense très fort à Miss Gibbons et à son mythique groupe, les morceaux lancinants, cinématographiques et captivants de Tara King th. saisissent l’auditeur/spectateur dès le début, pour ne plus le lâcher jusqu’à la fin du set. On tient là sans aucun doute un groupe promis à un bel avenir.

La métamorphose de Mister Malzieu en Giant Mathias.

Quelques SMS, joints et photos avec téléphone portable plus tard, le jeune public est ravi de voir arriver les vedettes qu’il vient sans doute de découvrir, et c’est très bien comme ça (on ne va pas jouer aux vieux cons). Pour notre part, on a déjà vu le grand cirque Dionysos sur scène un nombre incalculable de fois dans les lieux les plus divers (petits – Espace Couriat à Riom en 1999, Théâtre de Vichy en 2003 et Sédières en 2004 –, de taille moyenne – la Coopé en 2000 et 2002 – ou immenses : le Printemps de Bourges 2003, les Eurockéennes 2003, les Efferv’Essonne 2002, la Route du Rock 2004) et à chaque fois le show présenté est identique… mais différent. Car si le combo monté sur ressorts joue à fond son punk n’ blues folk avec le sourire aux lèvres dès qu’il foule les planches, si Mathias se jette systématiquement dans la foule, et si tout le monde semble prendre son pied, il y a toujours des surprises : des titres acoustiques, des reprises bien senties, une durée inédite de surf sur la foule, un bon mot de Mathias. Ce soir, à la Coopé, le show est dans la grande tradition du groupe de Valence, mais de nombreux nouveaux morceaux (excellents en live, comme sur disque d’ailleurs) sont interprétés tantôt en version punk supersonique, tantôt en version folk au ukulélé, et ce dans un décor aussi inédit qu’inquiétant de forêt à la Tim Burton. Dans cet écrin éclairé avec talent, la métamorphose de Mister Malzieu en Giant Mathias peut s’opérer sans aucun problème. Notre héros énervé (malgré une grosse angine) est en plus accompagné par une galerie de montres pas exactement maladroits avec leurs multiples instruments de torture : scie musicale, guitares en fil de fer barbelé, basse dangereuse, énorme contrebasse, batterie diabolique, violon coupant, claviers sauvages, ukulélé inoffensif (mais en apparence seulement)…

« My name is John McEnroe, my name is not Yannick Noah : I’m not doing motherfuckin’ reggae ! »

Inaugurée par Giant Jack, sur lequel Mathias fait son Nick Cave et où son groupe se prend pour un Stooges Blues Explosion, la set list permet de faire un tour complet du propriétaire avec de multiples arrêts sur Monsters in love (le très Kills Old child, une « chanson de non amour », Tes lacets sont des fées , Broken bird, La métamorphose de Mister chat, Mon ombre est personne, Le retour de Bloody Betty - qui permet à Mathias de se jeter une première fois dans le public -,Lips story in a chocolate river, un très bon duo à la Nick Cave/Kylie Minogue avec Babeth, Miss Acacia au ukulélé, Neige, L’homme qui pondait des oeux etc.) sans oublier une reprise superbe de Léo Ferré (Thank you satan) et quelques morceaux de Western sous la neige, comme Déguisé en pas moi et McEnroe’s poetry. Sur ce titre carrément sportif, Mathias lance un hilarant : « My name is John Mac Enroe, my name is not Yannick Noah, I’m not doing motherfuckin’ reggae ! ».

J’adoooooooooooooooooooooooooooooooooore regarder jouer Dionysos !

Comme prévu, le méga show se termine sur une version bruitiste et acrobatique de Song for Jedi où Mathias se fait porter jusqu’en haut des gradins, avant de redescendre en nageant sur la foule. Après s’être brièvement pris pour Philippe Katerine Au Louxor (il ne va pas jusqu’à hurler « J’adooooooooore » comme son ironique acolyte, il choisit plutôt de beugler « Je coupe le son … et je remets le son ! » pour encourager son groupe à arrêter puis à reprendre son raffut), il finit par quelques vers du premier hit enregistré pour Sun Records par Elvis Presley, That’s all right mama. Puis le groupe salue, recueille une longue standing ovation et les six musiciens – ravis par l’accueil dans la salle et en coulisses – quittent la scène ; peu après, Mathias revient seul jouer de l'harmonica et chanter a capella (et sans micro) Neige, dont le texte est repris en coeur par toute la salle. Les lumières se rallument définitivement au son du magistral titre d’Arcade Fire, In the backseat ; c’est le point final (pour cette soirée) du sombre et réjouissant conte de fées musical écrit par les six enfants terribles de Dionysos…

A lire également : une interview de Mathias en 2002, ainsi que les comptes rendus des concerts à Evreux, en 2005, Sédières, en 2004, ainsi qu'à Belfort et Bourges, en 2003.


www.dionyweb.com
www.tkth.com

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 06/12/2005

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