29/03/2020  |  5333 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 28/03/2020 à 15:36:48
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Arctic Monkeys

+ Mystery Jets
Le Trabendo (Paris)
vendredi 24 février 2006

« Plus vite, plus haut, plus fort ». La fameuse devise olympique, qui l’applique mieux, finalement, en ce début d’année, que les Arctic Monkeys, malgré leurs physiques peu athlétiques et leurs régimes alimentaires que l'on devine « alternatifs » (plus, sans doute, à base de fish and chips/bière, que de riz complet/eau vitaminée) ?
Ventes en pagaille, charts en fusion, salles remplies en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire le titre de leur premier album (plutôt long, certes, mais quand même !), récompenses diverses, couverture médiatique inouïe, buzz Internet infernal, les 4 gamins de Sheffield enfoncent tous les records.
Pour le public, l’important c’est de participer… en rencontrant ses héros, quoiqu'il en coûte, dans la moiteur des salles de concerts . Le marché noir atteint ainsi des hauteurs démesurées pour les précieux sésames, que ce soit sur eBay… ou le soir même de leurs apparitions. Résultat, devant le Trabendo, pour leur premier concert parisien en tête d’affiche (après une courte apparition au dernier festival des Inrocks), des tickets se monnayaient à plus de 100 euros ! Proprement incroyable, quand on sait que le groupe n’a même pas suffisamment de titres pour tenir une heure sur scène, comme les auditeurs de C’est Lenoir ont pu le constater lors d’une Black Session tronquée de quelques minutes.

Le Trabendo, complet depuis des semaines (comme l’est déjà leur prochain Bataclan, quelques jours à peine après la mise en vente des places !), patiente tant bien que mal devant les Mystery Jets, qui peinent quelque peu à convaincre, malgré leurs échanges en VF entre les morceaux (l’un des musiciens a étudié au Lycée français de Londres). Leur set expédié en 40’, et après un changement de plateau plutôt longuet, l’apparition d’Alex Turner et ses camarades se fait sans esbroufe. Le groupe s’empare laborieusement des instruments… et attaque avec The view from the afternoon, qui ouvre également l’album. On est frappé tout d’abord par la jeunesse des membres du groupe, et leur attitude un peu gauche : on croirait voir de jeunes aspirants rockstar, à l’œuvre dans un tremplin quelconque. Et pourtant, les intros de morceaux reprises en chœur, l’enthousiasme de la fosse ne trompent pas longtemps : les Monkeys sont d’ores et déjà des « icônes », qui justifient correctement leur statut. Et leur leader particulièrement : quand ses camarades sont plutôt effacés (le bassiste replet, le guitariste appliqué, le batteur rigolard qui semble régulièrement interroger du regard un roadie protecteur), Turner incarne une sorte de Damon Albarn popu, avec la même gouaille (et un accent à couper au couteau !)... mais un physique plus ingrat. Les paroles des chansons, qui sont l’une des forces du groupe et auxquelles s’identifient des dizaines de milliers d’adolescents de l’autre côté de la Manche (Arctic Monkeys, c’est un peu The band next door), passent bien sûr au second plan dans notre pays, mais les mélodies convainquent à elles seules : qu’ils soient à tonalité pop, rock, ska ou punk, les titres font mouche. I bet you look good on the dancefloor, l’énorme single du disque, est assez vite expédié dans la setlist, et, au même titre que When the sun goes down ou A certain romance, figure parmi les plus beaux moments de communion entre le groupe et son public. Les téléphones portables sont régulièrement mis à contribution par la belle brochette de « mèchus » dans la salle : les potes restés sur le carreau et pendus à leur mobaïle dehors doivent certainement en hurler de désespoir.
Lundi, les Monkeys, timides au possible dans le grand studio de la Maison de Radio France, tournaient à l’eau minérale : cette fois-ci, c’est alcool pour tout le monde, et notamment du cidre (« with natural trouble ») pour Turner. L’effet est remarquable : les musiciens se lâchent un peu plus, et certaines versions y gagnent énormément. Le concert ne déçoit pas un instant ; seule sa trop courte durée (55’ sans rappel, avec un seul inédit, Leaving before the lights come on) donne un léger goût d'inachevé lorsqu’il s’agit de quitter une salle devenue tropicale : les murs suintent véritablement, en raison de la condensation produite par une fosse en éruption, qui aura slammé quasiment tout du long.

Alex Turner le répète souvent : « Don’t believe the hype ». Pourtant, une fois n’est pas coutume, son groupe semble bel et bien la mériter. Ne lui reste plus désormais qu’à tenir la distance, comme le font brillamment leurs camarades écossais de l’écurie Domino, les sémillants Franz Ferdinand.


www.arcticmonkeys.com
www.mysteryjets.com
www.radical-production.fr

auteur : Jérôme Crépieux - jerome_(at)_foutraque.com
chronique publiée le 25/02/2006

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