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La Nuit de l'Alligator : The Baptist Generals + Scott H. Biram + Power Solo + White Hassle + Kenny Brown + The Legendary Tiger Man

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
mercredi 22 février 2006

Tout s’annonçait sous les meilleurs auspices pour la première édition de la Nuit de L’Alligator à la Coopérative de Mai : une programmation de qualité, une grande salle décorée façon club de blues intimiste (avec des éclairages tamisés) et un public ayant répondu présent pour des artistes peu connus… Dans ces conditions idéales, c’est donc avec joie qu’on participe à l’Happy Hour en reparlant du superbe – mais un peu court – show case donné par Power Solo dans l’après midi chez le disquaire Spliff (8 rue de la Treille, Clermont-Ferrand) : trois musiciens contents de jouer pour une assistance ravie, de bons morceaux punk n’ rockab blues interprétés avec les amplis au plus bas et sans micro, des blagues et autres discours drolatiques en français, et enfin quelques pitreries : une duck walk à la Chuck Berry suivie d'un petit tour dans la rue, guitare en bandoulière…





The Baptist Generals : mes respects messieurs !

Ce sont les Texans de Baptist Generals qui ont la lourde charge de débuter la soirée avec un folk blues hillbilly de très bonne tenue… Sous leurs faux airs de bouseux (la palme revenant au bassiste qui, avec son look de barbu mal dégrossi, pourrait postuler pour intégrer ZZ Top ou faire se retourner dans sa tombe Dimebag Darrell des inécoutables Pantera), ces gars-là composent et jouent à la perfection ce qu’ils ont à jouer ; on pense à une sorte de Grandaddy sans claviers analogiques et sans guitares distordues. La voix poignante du chanteur fait en effet souvent resurgir les vocaux du combo récemment séparé (quelle tristesse !), et comme celle de Jason Lyttle, elle évoque le style caractéristique de l’immense Neil Young. Chez les Baptist Generals, les guitares sont toutes en bois, l’atmosphère n’est pas à la rigolade, mais l’univers mélancolique et rustique créé se révèle irrésistible pour qui aime le blues, le vrai, celui débarrassé des solo de guitare démonstratifs. C’est donc à regret qu’on voit le combo quitter la scène après avoir demandé comment s’appelle « The big Church on the hill » qui domine Clermont-Ferrand. C’est la cathédrale de notre bonne ville et elle est aussi sombre que la musique des Baptist Generals. Espérons que ces pèlerins aimant propager la bonne parole hillbilly reviendront rapidement prêcher dans les environs !






Scott H. Biram : Motherfuckin’ good this blues shit !

L’ébouriffant one man band Scott H. Biram ne fera aucune allusion au fleuron de l’architecture religieuse clermontoise... Car ce petit polisson bien caché sous sa casquette, son micro qui sature dangereusement, son pied de grosse caisse et sa guitare qui couine est plutôt du genre à jurer comme un démon. Et des grossièretés qu’on n’ose à peine vous répéter... Allez si, on ne va pas faire comme ces puritains d’Américains qui s’offusquent à la moindre incartade verbale ; en cette sinistre période de politiquement correct galopant, c’est quand même bien agréable, une petite bordée de « motherfucker, asshole, bitch, fuck, bastard, shit etc etc ». La raison de ce courroux aussi soudain qu’impressionnant et drôle ? L’ampli et/ou la guitare du monsieur assis tombent en rade dès le début du concert. Mais notre homme ne se démonte pas, ne perd pas sa bonne humeur, et après quelques noms d’oiseaux adressés à son matériel récalcitrant, il improvise avec son harmonica et sa voix sacrément éraillée. C’est puissant, remuant et furieusement rock ‘n roll. Car le truc de Scott H. Biram, c’est de tout faire saturer comme sur un vieux 78 tours : sa voix, sa guitare, son harmonica. Absolument tout ! C’est du blues à la Bob Log III, c’est sale, pas du tout consensuel, et ça fait fuir les fans d’Eric Clapton et autre boulets artistiques ayant confondu la musique avec un concours de branlette sur manche de guitare. Scott H. Biram emmerde cordialement ces gens-là avec sa musique, et on ne peut que le saluer chaleureusement quand il prend la poudre d’escampette, non sans avoir repris un titre du légendaire Son House (un bluesman figurant également au répertoire des White Stripes). Il faut s’empresser de jeter une oreille attentive au dernier opus de Scott H. Biram, l’excellent et bien nommé The dirty old one man band






Power Solo : on demande public svp pour assister à un bon concert…

Maintenant, c’est sûr, il semble qu’une partie du public soit constituée de gens d’un âge respectable désirant communier avec des guitar heroes chantant Sweet Home Albama et autres titres de rednecks white trash vantant le vote de droite, voire d’extrême droite (beurk). Forcément, ils n’ont pas ce pour quoi ils ont payé, et cela entraîne une ambiance dramatiquement morne. Il fallait se renseigner avant de venir les gars, il y a des concerts organisés pour vous dans les maisons de retraite ou les festivals de bikers (c’est pareil) ! Du coup, Power Solo doit jouer devant une assistance absente et, en partie à cause de cela, donne un concert beaucoup moins enthousiasmant que ne pouvaient le laisser espérer sa prestation devant un public complètement dingue à Rennes en 2004 et son show case ultra décontracté quelques heures plus tôt. Toutefois, si le groupe est un peu figé et moins rock ‘n roll qu’espéré, il n’en conserve pas moins toutes ses qualités quand il s’agit d’enchaîner un titre de punk blues à un rockabilly mâtiné de country ou d’aborder un morceau folk au fort parfum d’Americana. La musique de Power Solo est en effet une sorte de mélange entre Jon Spencer Blues Explosion, Heavy Trash (le guitariste chanteur Kim Kix joue de la contrebasse sur scène avec eux), Johnny Cash, Calexico et… Jacques Dutronc. Les deux frères au physique cartoonesque et leur acolyte lunaire à la batterie jouent en effet un titre chanté en français et intitulé Dans les rues de Paris, qu’ils présentent comme un morceau de l’inoubliable interprète de Il est cinq heures, Paris s’éveille. Après la fin du concert, certains reprochaient un manque de personnalité à Power Solo ; ils sont sous influences, c’est sûr, mais comme la plupart des groupes. Pour se faire une vraie idée du potentiel scénique des Danois, il faut les voir dans un petit club ou dans une salle en ébullition, pas dans un congrès de représentants du troisième âge déguisés en rockers.





White Hassle : frais, minimaliste, puissant et classieux.

Les excellents White Hassle ont eu également à pâtir du manque de percutant du public, qui attendait de pied ferme Kenny Brown semble-t-il. Malgré un set irréprochable de bout en bout, les trois New Yorkais n’ont pas réussi à faire bouger qui que ce soit. Il faut dire que le groupe n’est pas très souriant et expansif, mais comment l’être devant une salle aussi endormie ? Qu’importe, ceux qui voulaient vraiment écouter ont pu remarquer que le guitariste/chanteur/harmoniciste/songwriter Marcellus Hall et ses deux camarades de jeu, Dave Varenka à la batterie et un guitariste concentré produisaient un audacieux et original mix entre la folk music de Dylan, le punk ‘n blues de Jon Spencer Blues Explosion, la pop de Jonathan Richman et des Beatles, le rock new yorkais du Velvet Underground et les country rock songs des Rolling Stones. Le résultat est réussi, il suffit de tendre l’oreille pour s’en convaincre. On peut également écouter les excellents disques de White Hassle, en attendant de les revoir dans un cadre plus approprié.





Kenny Brown : réservé à une assistance avertie des dangers du solo de guitare de 10 minutes.

Dès le premier morceau de celui que tout le monde attend, on constate avec effarement que cet homme, respectable au demeurant (il a joué sur nombre de classiques du regretté R.L. Burnside), est celui qui fait tache dans la soirée avec son blues à papa truffé de solos de guitare démonstratifs au possible et ennuyeux à s’endormir sur place. Une nouvelle preuve est faite qu’un bon guitariste sachant se mettre au service des compositions des autres, ne fait pas forcément un artiste solo marquant… En regardant autour de soi, on constate que les tristes sires qui étaient éteints pendant les prestations des groupes précédents ont repris du poil de la bête, tapent du pied avec leurs santiags et remuent un peu leurs popotins et leurs ignobles vestes à franges. C’est vraiment désespérant d’assister à pareil spectacle, c’est moi qui vous le dit. Comment peut-on prendre son pied en regardant un trio sans aucun charisme enchaîner les morceaux interminables avec un manque de conviction flagrant ? Le principe des titres de Kenny Brown est simple : une section rythmique en pilotage automatique attend que ça se passe pendant que le soliste chanteur fait couiner sa six cordes entre deux aboiements dans le micro. C’est tout simplement insupportable et s’il ne restait pas The Legendary Tiger Man à l’affiche, on irait volontiers se jeter dans les bras de Morphée…





The Legendary Tiger Man : un one man band capable d’emmener n’importe qui au paradis du blues sexy et primitif.

Après une interminable attente, Paulo Furtado alias The Legendary Tiger Man, monte enfin sur scène vers 1H30 du matin, devant une salle désormais presque vide, c’est très énervant ! Car le frontman des excellents Wraygunn, aperçus dans le club de la Coopé en novembre, mérite mieux qu’un accueil endormi et tout juste poli pour les morceaux de blues hysterico punk de son projet solo. Malgré son physique chétif (un peu à la Beck, mais avec une cravate et un costard noir), sa position assise et son unique présence sur scène, « le légendaire homme tigre » réconcilie avec le blues, en deux temps trois mouvements. Avec un micro distordu, une guitare hurlante, un bottleneck, un kazoo et une batterie actionnée au pied, cet homme-là est paré pour emmener n’importe qui au paradis du blues sexy et primitif. Malgré le peu de réponse du public, The Legendary Tiger Man s’en donne à cœur joie et tente – avec un début de succès – de bousculer les gens complètement groggy qui sont en face de lui. Ce musicien dégage une telle puissance qu’il aurait pu s’appeler Power Solo ou être surnommé monsieur 100 000 volts, si ce n’était déjà pris. Sa prestation avec Wraygunn nous avait réchauffé les sens et l’on avait le plus grand respect pour ses disques en solo – quelqu’un qui intitule un album Fuck Christmas, I got the bues ne peut pas être foncièrement mauvais ; c’est donc avec le plus grand plaisir qu’on reverra Mr. Furtado, quelle que soit l’appellation sous laquelle il se « cache ».


On repart en se disant que La Nuit de l’Alligator est une excellente initiative, qu’il faudra absolument reconduire l’an prochain… En faisant deux plateaux de trois groupes dans le club, plus adapté. Et en programmant uniquement des groupes de blues folk pop punk, après avoir bien expliqué en quoi cela consiste dans le programme… Cela évitera les problèmes rencontrés par l’édition numéro 1, espérons-le !


Sites Internet : www.lesnuitsdelalligator.com, www.baptistgenerals.com, www.scottbiram.com, www.powersolo.dk, www.whitehassle.com, www.kennybrown.net/, www.legendarytigerman.com, www.lacoope.com.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 06/03/2006

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