29/03/2020  |  5333 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 28/03/2020 à 15:36:48
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Katerine

+ Rubin Steiner Neue Band
La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
samedi 13 mai 2006

Super, génial, trop top, inouï, trop beau, groovy, trop frais, cheesy, classieux, stylé, ok, funky, trop drôle, ça me dit, trop cool, extra sympa, puissant, dément, hi-fi, botox, glamour, sexy, crazy ! Saint-Pourçain V.I.P. !

A l’instar de Philippe Katerine essayant de penser au truc le moins excitant possible (une chaise qui attend dans la salle d’attente du docteur, la nuit quand il n’y a personne dessus, ce genre de truc hyper bandant) pour ne pas jouir trop vite pendant son déjà culte Excuse-moi, on a eu beau essayé de penser à quelque chose de sinistre pendant son concert donné à la Coopérative de Mai, impossible d’arrêter de rire ou de sourire pendant la totalité du show. Car il s’agissait véritablement d’un show mettant à rude épreuve les zygomatiques : ce monsieur au look improbable (pantalon vert foncé, veste en velours noir, chemise rose, cravate rouge et blanche, fleur dans les cheveux, mèche sur crâne dégarni… ) et aux textes savoureusement ignobles a de véritables talents d’acteur, de chauffeur de salle, en plus de ses qualités musicales. Malgré une voix enrouée, (trop fait la fête la veille avec ses intenables musiciens ?), Katerine a proposé un spectacle remarquable qui fera date dans l’année de concerts 2006. Après avoir subi une piqûre par un jeune médecin plutôt sexy (dixit le maître de cérémonie), et respecté à la lettre son traitement consistant à prendre de fréquentes lampées de liquide médicamenteux… ou du meilleur représentant du vignoble local, le Saint-Pourçain - dont le monsieur semble être féru, puisqu’il le citera, normal, il fréquente Les grands restaurants -, c’est parti pour un spectacle super, génial, trop top, inouï, trop beau, groovy, trop frais, cheesy, classieux, stylé, ok, funky, trop drôle, trop cool, extra sympa, puissant, dément, hi-fi, glamour, sexy, crazy, Saint-Pourçain V.I.P. quoi ! Ça le fait, ça le fait, ça le faiiiit !



Pascal Nègre et Johnny, tu connais ?

Dès qu’il monte sur une scène, le Vendéen semble avoir pour but de propulser son public direction Huitième ciel ; il se lance dans des déhanchements dignes d’Elvis The Pelvis (et donc de notre sinistre Johnny national, son bien pâle imitateur), voire dans des pas de danse que n’aurait pas renié Michael Jackson avant ses multiples opérations, c’est un festival ininterrompu de bons mots, de réparties savoureuses (pour avoir un tel sens de la réplique qui tue, ce jeune homme doit être loin d’avoir une Cervelle de singe, c’est une certitude !) et de textes piétinant sauvagement le politiquement correct et le lieux communs habituellement servis dans notre beau pays, n’est ce pas La Phaze, Cali, Luke, Matmatah, Sinsémilia et « consorts » ? Car sous ses airs de dandy branchouille enregistrant son dernier disque Robots après tout avec le très « in » Gonzales, Katerine est un auteur bien plus subversif que tous les chanteurs soi disant engagés, et ce même s’il a pour patron l’infect rapace Pascal Nègre et comme collègue de travail chez Universal, l’idole des beaufs, Mr. Hallyday. Car notre homme gerbe sur tout sans exception, sur Marine Le Pen bien sûr (non mais tu le crois ça ?), mais aussi sur notre écoeurante société dans son ensemble et sur les travers lamentables de chacun. Sans prétendre être le sauveur universel et le porte parole de qui que ce soit, Katerine fait beaucoup, l’air de rien, pour faire bouger les mentalités sclérosées de notre pays, vous avez celui où Michel Sardou et Florent Pagny triomphent… Le début de succès actuel de l’album Robots après tout est d’ailleurs à ce titre assez réconfortant dans un pays vieillissant et frileux, s’apprêtant, selon toute vraisemblance, à appeler au pouvoir des gens qui défendent des idées nauséabondes.



Moi je suis un poète et je vous emmerde ! Mort à la poésie !

Ça ne sent pas la rose dans notre pays en ce moment, on pourrait même dire que ça pue la merde pour être grossier, et emprunter une thématique chère à ce grand chantre de l’humour scatophile qu’est Katerine… Celui qui fait de sa vie un chef d’œuvre que l’on visite pour 100 francs tous les deux ou trois ans apprécie particulièrement de placer des horreurs dans ses textes, jugez plutôt.... A la fin de l’incroyable Barbecue à la l’Elysée, il rentre chez lui faire caca ; dans Je vous emmerde, il déclare être une merde ; puis, il arrive à placer dans une chanson la phrase « caressez vos étrons, ce sont vos enfants » ; alors que dans Les grands restaurants, il lance « Toi, tu n’y vois que du feu, à croire que t’as de la merde dans les yeux… » ; et, enfin, il est l’heureux possesseur, parait-il, d’une collection de ses propres selles. Qu’est ce qu’il a dit ? J’ai rien compris ! Il a dit que… Katerine est une sorte de poète du quotidien et du réel, il fait de sa vie des chansons : il croise la fille de l’infect borgne à la Maison de la Radio, et hop, une chanson lui vient, comme ça. Il travaille dans un abattoir de poulets élevés en plein air en Vendée, et ça donne Poulet numéro 728 120, une chanson d’amour vache qui se termine par : « Poulet numéro 728 120, je t’aime ! » Il prend souvent le train, entretient une passion terrifiante pour les chiffres, semble terrifié par le temps qui passe et la mort qui arrive à grands pas et ça donne Le train de 19h, Numéros, Borderline ou 78-2008. Il regarde le Tour de France féminin à la télé en pensant fort à sa petite amie ? Et bingo, c’est le morceau Jeannie Longo qui jaillit du cerveau de ce psychopathe faisant sa thérapie en musique. Il tombe amoureux dans un jardin botanique ? Il écrit une belle chanson sur son histoire d’amour avec une jeune fille… morte ! Il y a du Serge Gainsbourg chez cet homme là : même volonté de provoquer, même sens de la formule, même envie de dépoussiérer la musique française en regardant vers l’étranger (Brian Wilson et les Beach Boys), même désir de changer du tout au tout d’un album à l’autre (de la chanson rive gauche à Daft Punk), même volonté de faire chanter les jolies femmes. Katerine a d’ailleurs écrit un magnifique titre en forme d’hommage absurde au grand Serge où il raconte, encore, une histoire mi vraie, en fantasmée : quelques jours avant sa mort, en mars 1991, il aurait croisé Gainsbourg au bureau de tabac en train de faire provision de fumigènes, et l’aurait suivi dans la rue, ce qui donne lieu à moult péripéties dans le texte…



A la guitare, Stéphane Louvain ! A poiiiil ! A la batterie, Eric Piffeteau ! A poiiiil ! A la guitare, Philippe Eveno ! A poiiil ! A la basse,Gaëtan Chataigner ! A poiiiil !

L’univers gravement barré de Philippe Katerine bénéficie en plus sur cette tournée de la présence des ex Little Rabbits (sans Federico Pellegrini, parti promouvoir son disque Bang !, enregistré à Tucson avec Helena Noguerra, et remplacé sur scène par le sémillant Philippe Eveno) qui s’adaptent parfaitement aux compositions et les font sonner ultra rock, voire funk ou pop. Ces gens bien sous tous rapports étaient faits pour se rencontrer et jouer ensemble ! Ils semblent en effet s’entendre comme larrons en foire, il règne sur les planches une ambiance de franche déconne teintée de professionnalisme : tout sonne impeccablement crade. Même la voix de Philippe K., encore plus drôle quand elle est cassée et peine à attendre les aigus de « fooolle » qu’il affectionne… Vers la fin des hilarants débats, la présentation des musiciens est l’occasion de se lâcher encore un peu plus pour le public, qui hurle à qui mieux mieux des « à poil ! » qui évoquent plus le public de l’ASM qu’autre chose… Quelques supporters lourdingues du club de Michelin se seraient-ils glissés dans la salle après avoir dérangé les musiciens pendant leur tentative de sieste dans l’après-midi ? Mystère… Katerine, en bon improvisateur demande : « C’est un concert naturiste ou quoi ? » et réussit à éviter que cela tourne à une fiesta à la Patrick Sébastien en enchaînant fissa… Et puis la foule obtient partiellement gain de cause, lors du dernier rappel, une deuxième version du désormais mythique Louxor, j’adore ; le backing band de luxe revient habillé comme les plantureuses jeunes femmes sur la pochette de Robots après tout : tallons hauts, slips moulants, sous pull en lycra et perruques de call girls. Le summum du cool est atteint par Stéphane Louvain qui, non content de jouer de la guitare en petite tenue - un tout petit slip ultra moulant (et bien rempli… ) - comme ses collègues, se retourne pour faire admirer la partie la plus charnue de son individu de manière joliment ostentatoire. Quel cul mes amis ! Bien ferme, et tout et tout… Toutes les femmes sont impressionnées et ont des envies lubriques sur le champ, de nombreux hommes aussi, il faut bien le dire. On a même très envie de prolonger la nuit au maximum et de faire une bringue d’enfer avec cette bande de joyeux drilles ! Lesquels descendront très rapidement de leur loge pour venir parler avec leur public et montrer qu’ils ne sont pas 100% V.I.P., n’apprécient pas forcément les discussions avec M. Nègre, les robes Gucci, les week end en Ferrari, ne fréquentent pas les barbecues de l’Elysée mais sont des êtres 100% humains trop cool, extra sympa etc etc.



J’adoooooooooore regarder danser les gens. Moi j’trouve ça fascinant. Vous dansez mademoiselle ?

Ce jour là, à la fin du concert de Katerine personne ne semble s’être dit : « il aurait mieux fallu rester chez moi ». « Phallus ? » « Fallu ? » C’est quoi ce mot ? Participe passé du verbe falloir, on aurait pu tout aussi bien utiliser le verbe valoir : valu. Bref, après avoir ri, et dansé pendant tout le concert, et pas seulement pour faire plaisir à celui qui adooooooooooore regarder danser les gens, tout le monde repart ragaillardi, avec une énorme provision d’énergie, et une envie de mordre à pleines dents dans la nuit qui s’annonce douce, belle, chaude. On aimerait bien par exemple danser avec Philippe Katerine comme cette jeune fan à lunettes (et à quéquettes ?) qui improvisera quelques pas de danse et quelques couplets sur scène avec son héros. Un concours de chorégraphies débiles avec le King français, le King of pop vendéen dans une boite ringarde de Clermont-Ferrand, ça aurait été la classe, non ? La prochaine fois peut être… En attendant, on s’entraîne.

Katerine ? C’est surfait ! Rubin Steiner Neue Band ? C’est stylé !

Soirée d’autant plus réussie, qu’avant la prestation déjantée de Katerine et ses petits camarades de jeu, une autre bande de fous furieux avait commencé par une sorte de happening musical : Rubin Steiner Neue band, qui a bébéficié d'une heure pour faire ses preuves, à cause des problèmes de santé de Katerine. Et en une heure avec Rubin Steiner et son réjouissant groupe de dangereux malades, il s’en passe des choses ! Le rock cuivré, le punk, l’électro, la folk, la pop, le jazz, l’exotica : chaque style est abordé avec originalité. Et s’il faut un petit temps d’adaptation pour entrer dans le délire musical, et aussi un peu de patience pour attendre que les titres sonnant punk festif se terminent (le sax ne sonne pas bien au tout début), après c’est le grand n’importe quoi musical. Le batteur fou passe à la guitare, puis le saxophoniste se saisit lui aussi d’une guitare, le contrebassiste/bassiste en rajoute encore un peu plus, Rubin Steiner fait un duo virtuel avec Madame Douze, et tout cela dans, une atmosphère décontractée et très drôle. Porté par un chanteur/guitariste barbu au registre vocal très étendu – on passe des hurlements rock aux susurrements quasi féminins –, le cocktail musical proposé au public est joyeusement étourdissant. Comme il l’a déclaré, Rubin Steiner semblait vraiment ravi de faire la première partie de Katerine ; il avoue même être fan depuis le début, et ses musiciens acquiescent, sauf le saxophoniste qui avoue qu’il trouve que c’est un peu surfait, Katerine, avant de partir dans un grand éclat de rires. Après avoir balayé un spectre musical hyper large, la troupe regagne ses quartiers non sans avoir interprété un titre influencé par la ligne de basse classieuse de Lust for life et un autre évoquant le percutant Seven nation army. Stylé donc, et très frais, le mélange musical proposé par le barbu fou et son Neue Band !

A lire également, les chroniques des concerts de Katerine à Rennes, Bourges.

Sites Internet : www.katerine.net, www.katerine-website.com, www.myspace.com/katerinekaterine, www.rubinsteiner.com, www.myspace.com/rubinsteiner, www.myspace.com/lafeeclochette, www.myspace.com/croquelove, www.lacoope.com.

Photo Valérie Archeno


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 22/05/2006

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