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The Who

+ Casbah Club
+ Bud Spencer’s Clout
Théâtre Antique (Vienne)
lundi 17 juillet 2006

Encore un groupe de vieux morts-vivants… Et oui, on ne s’en lasse pas. Le Théâtre Antique de Vienne accueille ce soir un bon paquet de musiciens cultes : deux légendes survivantes des sixties (le guitariste Pete Townshend et le chanteur Roger Daltrey), un fils de légende (Zak Starkey, le fils de Ringo Starr est derrière les fûts des Who ce soir), un bassiste post-punk de légende (Bruce Foxton, ancien de The Jam et des Stiff Little Fingers joue avec son nouveau groupe Casbah Club en ouverture), et une première partie au nom légendaire (les grenoblois de Bud Spencer’s Clout font évidemment référence au monstrueux acolyte cinématographique de Terence Hill).
Ces derniers, vainqueurs du tremplin organisé par le festival Les Côtes du Rock, ont donc la chance de se frotter ce soir à l’une des plus belles scènes de France, face à 8 000 aficionados du groupe britannique. Le défi à relever est raide. Et, en dépit d’une efficacité rageuse, on sentira les Clout assez mal à l’aise durant leur set, n’osant pas lever les yeux vers un public massif et impatient.
Quelques minutes plus tard, Casbah Club monte sur les planches. Chargé d’assurer la première partie des Who au cours de leur tournée européenne, le trio formé récemment par Simon Townshend (frère de Pete), Mark Brzezicki (membre fondateur de Big Country) et l’excellent Bruce Foxton balance d’emblée un rock efficace qui n’est pas sans rappeler les origines des différents membres… mais en moins bien. Pas de malentendu cependant, le groupe est efficace, Simon T. est un bon guitariste et un chanteur énergique, mais n’est pas Paul Weller qui veut. En dépit d’un sacré dynamisme, le groupe peine à faire monter la sauce. C’est donc sans regret qu’on laisse partir Casbah Club, dans l’attente du clou de la soirée.

Le soleil finit de se coucher. La scène s’installe. Et le public s’impatiente… Il avait fallu attendre 18 ans pour voir enfin les Who en France en 1996. 18 ans après avoir conclu leur dernier concert parisien (au Pavillon) par The real me, ils démarrèrent alors leur concert par la même chanson devant un Zénith sold out. Il s’agissait alors de la tournée Quadrophenia et les trois survivants du groupe légendaire revenaient sur le territoire français. Enfin.
Ce soir, 30 ans après le dernier concert français de la formation originale du groupe, au Palais des sports de Lyon (le 25 mai 1976), les Who vont tenter deux heures durant de faire oublier les terribles absences de Keith Moon (décédé en 1978 à l’âge de 32 ans d’une overdose au Chlormethiazole) et de John Entwistle (mort en 2002 à l’âge de 57 ans d’un arrêt cardiaque consécutif à une prise de cocaïne). Et comme la vie est bien faite, ils vont démarrer par I Can’t explain tout comme lors de ce concert de 1976, quelques kilomètres au nord du Théâtre Antique de Vienne. Ainsi, dès le début, ce premier concert français du duo Pete Townshend & Roger Daltrey s’annonce sous les meilleures auspices. Dans une forme incroyable, Townshend s’approprie la scène en quelques instants en décochant le riff de Can’t explain, avant d’enchaîner aussi vite par The seeker (single sorti en 1970 quelques mois après Tommy), puis par une superbe version d’Anyway anyhow anywhere. Le public est tout simplement ravi, même lorsque le groupe fait le choix de jouer deux tubes de seconde zone (Who are you et Behind blue eyes). Car, même avec de telles rengaines, l’intensité reste à son maximum et on se prend à apprécier les parties finales (méchamment électriques) de ces deux morceaux.
Dans la foulée de ce démarrage en forme de Best of, Pete Townshend lève le pied et se fait un petit break introspectif en interprétant une des dernières compositions du groupe (parue en 2004), évoquant son adolescence et sa rencontre avec le rock n’ roll. Appuyé par John « Rabbit » Bundrick (le clavier des Who depuis de très nombreuses années), il introduit cette chanson en jouant quelques mesures du Can’t Help Falling in Love d’Elvis Presley avant d’entamer un Real good looking boy empreint de nostalgie (mais un peu ennuyeux malheureusement). Continuant de s’accaparer l’avant-scène, le vieux Pete s’offre ensuite une version acoustique d’une de ses compositions solo (Greyhound girl, sorti en 1980 puis réactualisé avec la sortie de Lifehouse en 2002), avant de présenter un titre inédit (Mike Post Theme) que l’on devrait retrouver sur l’album à venir. Mais trois chansons de cet acabit suffisent et on exulte quand l’électricité reprend le pas, avec deux morceaux issus de l’album Who’s next.

A partir de là, Roger Daltrey montre enfin toute l’étendue de sa voix et de sa présence scénique. Baba O’ Riley et Naked Eye sont interprétées avec une énergie monstrueuse, grâce au soutien impeccable de Zak Starkey et aux harmonies subtiles du Rabbit aux claviers, grâce à la sobriété radicale de la basse de Pino Palladino (qui ne cherche pas à plagier la vélocité tortueuse du regretté John « Powderfinger » Entwistle) et grâce à l’appui nécessaire mais discret de Simon Townshend (encore lui !) à la guitare rythmique et aux chœurs. S’ensuivent une bonne surprise (Relay) et une moins bonne (You Better You Bet) qui donnent l’occasion au public de chanter comme un seul homme, avant que ne démarre subitement l’inimaginable … My generation. J’en ai des frissons rien que d’y repenser. C’est indescriptible. Donc désolé pour toi lecteur, mais il fallait y être ! Idem pour l’immense version de Won’t get fooled again que nous ont offert les duettistes Pete & Roger :
I'll tip my hat to the new constitution / Take a bow for the new revolution / Smile and grin at the change all around / Pick up my guitar and play / Just like yesterday / Then I'll get on my knees and pray / We don't get fooled again
Inutile de tenter une description de la frénésie ambiante. Le son énorme. Les moulinets de bras de Townshend. Les mouvements de lasso (souvent copiés, jamais égalés) du micro de Daltrey. La puissance des solos du premier. La voix démentielle du second. Et un groupe d’accompagnement grandiose et redoutable. C’est déjà la fin. Le groupe quitte la scène sous une ovation magistrale… Encore…. Oui, encore. C’est ce qu’exige un public devenu addict dès la première injection de Wholive. Et revoilà bientôt les dealers qui remontent sur scène pour finir le boulot d’intoxication. Pour ce faire, ils passent directement à la méthode lourde et enchaînent le single pré-punk Substitute avec un medley Tommy absolument monumental (Pinball Wizard + Amazing Journey + Sparks + See Me Feel Me). Tout est dit. Triomphe à la romaine dans le Théâtre Antique.
Les Who sortent vainqueurs par KO de leur confrontation avec le public français. Ce soir, The Strokes jouaient au Théâtre Romain de Fourvière, à quelques encablures des Who. Où fallait-il être ? A Vienne, pour un concert old school de plus de deux heures, ou à Lyon pour la brève prestation (une heure vite expédiée, d’après les chroniques) des jeunes loups new-yorkais ? Pas de regret au moment de rejoindre la Capitale des Gaules, on était au bon endroit ce soir !

Album recommandé : Tommy.

NB : Le concert des Who au Théâtre Antique de Vienne est disponible en CD et DVD (les recettes de la vente de ces enregistrements seront reversées à des associations caritatives).


www.thewhotour.com
thewholive.tv

auteur : Youri Khan - yourikhan77(at)yahoo.fr
chronique publiée le 29/07/2006

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