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    chronique concert
Orchestre de Chambre National de Toulouse (Direction : Gérard Caussé)

Halle aux Grains (Toulouse)
lundi 12 janvier 2004

Brigitte Engerer, piano
Boris Berezovski, piano

C'est à la fois intrigué, alléché et quelque peu alarmé que le chroniqueur s'est rendu à ce concert. Alarmé par l'article de la Dépêche du Midi du 11 janvier dernier faisant état des cuisantes difficultés financières de l'Orchestre National de Chambre de Toulouse ; intrigué et alléché car dans le même article, cette formation promettait pour son premier concert de 2004 des œuvres de l'allemand Paul Hindemith (1895 - 1963) et du germano-russe Alfred Schnittke (1934 - 1998). Hélas, en dépliant les strapontins, on apprend par une feuille sournoisement glissée dans le programme que les Quatre Tempéraments pour piano et orchestre de Hindemith seront remplacés par le Concerto pour piano N°8 de Mozart. Un peu tard pour révéler qu’une œuvre contemporaine peu jouée et pour laquelle on éprouvait une légitime curiosité, et pour tout dire qu’on était venu écouter en tout premier lieu, était remplacée par une pièce d’un répertoire ressassé, sans plus de risque pour les musiciens que de surprises pour le public. De là à y voir un caprice de dernière minute de la soliste, il n’y a qu’un pas qu’on s’autorisera à franchir sans autre preuve que l’interprétation faiblarde de Brigitte Engerer, qui fit illusion dans l’allegro initial avant de rater tout de bon l’épreuve du mouvement lent et de ne jamais parvenir à la précision d’articulation et de toucher qu’aurait demandé le menuet final, dont on gardera toutefois l’impression que, correctement interprété, il doit receler d’agréables surprises. Sacré Mozart ! Ce qu’on lui fait subir, depuis plus de deux siècles, sans pourtant jamais arriver à masquer tout à fait le génie mélodique et la perfection désinvolte qui nous saute aux oreilles dès les premières mesures de sa moindre partition. Il fallut donc se consoler avec ça, ainsi qu’avec la remarquable cohésion de l’orchestre, qui mérite véritablement la belle appellation d’ensemble au sens le plus noble du terme, par sa sensibilité et les qualités d’écoute de ses musiciens, mises au service d’une véritable conception collective de l’interprétation.

Mentionnons pour mémoire la Fantaisie de Schubert exécutée à quatre mains et grand renfort de précaution par le couple soliste de la soirée. Cette pièce précédait le Concerto de Mozart, qui fut lui-même suivi d’un entracte, après quoi on put enfin rentrer dans le vif du sujet avec le Concerto pour piano et orchestre à cordes d’Alfred Schnittke. Pour parfaire le changement de panorama, c’est Boris Berezovski qui s’attela au Steinway et à l’œuvre de son compatriote, et l’on put enfin profiter de la musique que l’on souhaitait entendre ce soir-là : vivante, personnelle, une vraie découverte. Ce qui frappe dans l’œuvre, c’est d’abord la fusion entre le piano et l’orchestre (en l’occurrence les douze musiciens de l’OCNT renforcés d’élèves du Conservatoire), mettant à mal une certaine conception archaïque du rôle du soliste. On a ici une structure beaucoup plus horizontale, et il semble même par moment que c’est en réalité les accords parfaits dépouillés du clavier qui servent les étranges voix dodécaphoniques développées par l’orchestre. Schnittke était semble-t-il un compositeur ouvert aux multiples tendances, théories et expérimentations que vit défiler le siècle passé en terme de musique écrite, et il nous en présente un panorama qui n’oublie pas d’aller lorgner du côté du jazz, tant par l’écriture proprement dite que par l’orchestration. La promenade culmine avec une série de dissonances martelées fortissimo sur l’ivoire, paroxysme dynamique d’une violence irréversible, saisissante et révélatrice, s’il en était encore besoin, de la forte personnalité de l’interprète, avant de se dissoudre comme si rien ne venait d’arriver dans la douceur d’aigus qui s’effilochent comme pour prendre congé sans cérémonie et nous signifier peu à peu qu’il n’y a rien plus rien à voir (ni à entendre). Mais le public ne tomba pas si facilement dans le panneau, et la longue et réconfortante ovation qui s’ensuivit ne pourra qu’encourager M. Caussé à défendre le répertoire contemporain en y réflechissant à deux fois avant de charcuter les programmes annoncés.

Enfin, après ce genre de Concerto Grosso d’un court XXe siècle, le Concerto pour deux pianos en do mineur de Jean-Sébastien Bach présenté pour le final obligato à deux solistes ne sembla pas si incongru que ça, et jeta même un pont salutaire sur une première partie à oublier. Loin de ses rivages de prédilection, Boris Berezovski menait la danse avec une interprétation pleine de simplicité et de vérité et Brigite Engerer se fondait enfin correctement dans le décor. Quant à l’orchestre, allez savoir si c’est la salle, la météo, une certaine humeur du moment ou même les tendances actuelles en interprétation et/ou prise de son qui m’ont fait regretter qu’il sonne un peu « moderne »… Pas de quoi s’étendre sur ces chipotages. Le troisième mouvement de Bach en guise de rappel, pas trop à la hussarde, pour un rappel, et l’on glissa vers la sortie la tête suffisamment pleine encore des mouvances de Schnittke, soulagé enfin de savoir que le déplacement en valait la peine.

Ceux que ça intéresse s’informeront de l’actualité et des programmes de l’OCNT sur le site indiqué en bas de cette chronique. Quant aux Quatre Tempéraments de Hindemith, je le dis sans amertume aucune, ils sont annoncés pour les 9, 10 et 11 février à Saint-Pierre des Cuisines. On ne sait jamais…


www.espritsnomades.com
phvl.free.fr


auteur : PhV - phvl@free.fr
chronique publiée le 25/01/2004

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