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Antifolk et assimilés (Kimya Dawson + Herman Düne, Jeffrey Lewis + Kevin Coyne)

EMB & Nouveau Casino (Sannois & Paris)
vendredi 6 février 2004 & lundi 9 février 2004

Férus semble-t-il de la scène antifolk new-yorkaise, les membres de la formidable association La Chatte à La Voisine proposaient ces dernières semaines sur Toulouse, en prélude au concert d'Adam Green (29/02 au Gate), de redoutables pointures en la personne des ricains Jeffrey Lewis et Kimya Dawson et de leurs cousins d'outre atlantique, les frangins franco-suédois Herman Düne, autant d'artistes également présents en ce début février sur les scènes d'Ile de France.

Comme il faut bien trouver un avantage à la domiciliation parisienne, on verra dans l'exceptionnelle présence du revenant Kevin Coyne le joker imparable : pas tout à fait mort mais presque (I'm almost dying but I'm alright !), le sexagénaire au coffre "joecockerien" en diable aura proposé une riposte de choix au freluquet Jeffrey Lewis, très électrique ce soir-là.

Set-list dynamique, frangin Jack quasiment aux commandes d'une formation méconnaissable, on en vient à regretter le côté dépouillé et délicieusement cheap du show proposé il y a quelques semaines au Gate toulousain : copieusement garni, le Nouveau Casino est peut-être un poil trop grand pour les comptines multimedia low-budget du trublion de la Grosse Pomme. On ne pipera ainsi mot au film dylanien en diable basé sur l'histoire de The Fall, bien trop loin de la scène pour en apprécier les subtilités cartoonesques. Le duo d'un instant avec Kimya Dawson, venue en spectatrice avec les Herman Düne (elle était sur la route ces dernières semaines en leur compagnie) comme les rappels d'anthologie effectués en compagnie de Kevin Coyne seront les moments les plus forts d'une soirée dominée par l'émotion. On aura ainsi craint plus d'une fois pour la santé de la légende du blues-folk britannique, mais ce sacré bonhomme, comme le subodore Jeffrey Lewis, sera encore là dans 10 ans : alors que de jeunes champions meurent durant leur sommeil ou sur les terrains de sport, le "vieux" Kevin, affublé d'un appareil respiratoire, aura réussi à traverser l'épreuve d'une salle enfumée et enfiévrée, pas forcément acquise à sa cause au départ. Mais cette idole oubliée ayant de la bouteille et un certain coffre, il saura hypnotiser la foule en un tour de main, malgré son côté Benny Hill / Daniel Johnston (pas des plus séduisants donc !) : cabotin en diable, il ne voudra pas se faire voler la vedette par son cadet de 30 ou 40 ans et tentera même de s'éclipser par le petite porte avant même que la rencontre tant attendue n'ait lieu.
On aurait beaucoup perdu à vrai dire : leur rencontre restera à n'en pas douter parmi les plus beaux moments scéniques de l'année 2004 lorsqu'il s'agira de dresser les inévitables bilans. Avec en point d'orgue la fantastique impro sur le Champion Jim de Jeffrey Lewis (ce dernier tournant les pages de son carnet à malices), leur collaboration d'un soir gagnerait à se voir prolonger sur disque ...

Une soirée au final aussi réussie que celle vécue quelques jours plus tôt dans la délicieuse salle de Sannois, l'Espace Michel Berger, à la programmation toujours aussi aventureuse.
Avec en entrée de surprenants Syd Matters (on y reviendra lors d'un prochain concert parisien), la soirée se poursuivait par une fort agréable révélation : Kimya Dawson, co-fondatrice avec Adam Green des Moldy Peaches, donna une performance assez courte mais très émouvante, réhaussée par des textes empreints d'une douce folie (où la gent masculine en prend généralement pour son grade ...)
Rejointe sur scène par les Herman Düne pour un dernier titre, elle s'éclipsera sur la pointe des pieds pour laisser la place aux trois frangins surdoués (David-Ivar, André et Néman, le coolissime batteur à casquette). Découverts il y a quelques années sur les planches de la Scène (Paris) à l'occasion de l'enregistrement de feue l'émission Ketchup & Marmelade, ils avaient à l'époque instantanément séduits. Rebelote aujourd'hui : on ne se lasse pas de ces compositions magistrales, remarquablement interprétées, dans une veine folk proche des travaux du maître Neil Young.
Mais leur musique ne se réduit pas à cela : elle trouve sa propre personnalité et s'épanouit sans cesse au gré d'idées toujours plus lumineuses les unes que les autres.
Et si Herman Düne était le secret le mieux gardé de tout ce courant antifolk dont on nous rebat les oreilles depuis quelques mois ?


www.hermandune.com
www.kimyadawson.com
www.thejeffreylewissite.com


auteur : Jérôme Crépieux - jerome_(at)_foutraque.com
chronique publiée le 16/02/2004

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