25/04/2017  |  4794 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/04/2017 à 11:48:39
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Motörhead

+ Skew Siskin
Halle Tony Garnier (Lyon)
dimanche 27 mai 2007

♠ Lyon
Retour dans la Capitale des Gaules pour quelques concerts. La ville revient sur la carte de France du Rock en cette fin de Printemps. En dix jours, se sont succédés sur scène les Violent Femmes (unique concert en Europe), Kid Congo Powers (ex-Cramps, ex-Bad Seeds et surtout ex-Gun Club), Wraygunn (le groupe du Legendary Tiger Man from Portugal), les Wampas, les voisins suisses Young Gods et le fabuleux Fred Wesley (ex-James Brown, ex-Parliament) dont le concert était tout simplement magnifique. Il aurait d’ailleurs été intéressant de chroniquer ce concert pour dire tout le bien qu’on pense du bonhomme et de son funk-jazz, et pour dire aussi toute l’estime qu’on porte à l’Epicerie Moderne, nouvelle salle située à Feyzin, dont les qualités (acoustique, accueil, audace de la programmation et prix de la bière) se doivent d’être signalées.

♠ Halle Tony Garnier
Toutes ces qualités ne se retrouvent cependant pas à la Halle. On le sait depuis longtemps. Pour autant, en rentrant dans cette salle construite au XIX° siècle, on apprécie les aménagements qui ont été mis en œuvre depuis quelques années. Avec une capacité maximale de 17 000 places (comme le Palais Omnisport de Paris-Bercy), la Halle est la plus grande salle de spectacles en France, mais n’a pas vraiment vocation à recevoir des concerts. Pourtant, elle en a vu passer du monde cette bâtisse. On se souviendra notamment du dernier concert indoor qu’AC/DC ait donné en France il y a plus de dix ans. De même, on pourrait presque entendre encore résonner sous les poutrelles en acier du plafond l’excessif écho de la voix de Robert Plant lors d’un magnifique concert donné avec son acolyte Jimmy Page.

♠ White Line Fever
Ce soir, c’est un autre ancien du Heavy Rock qui est dans les murs. Lemmy Kilmister (61 ans au compteur) et ses deux associés viennent offrir des acouphènes aux Lyonnais. Inutile de présenter Motörhead. Ceux qui connaissent savent combien ce trio est important. Ceux qui ont des préjugés ignorent et c’est tant pis pour eux. Pour être bref, disons que Motörhead est le dernier groupe fondateur de la violence musicale encore en activité. Ancien roadie de Jimi Hendrix, ancien bassiste d’Hawkind, le gars Lemmy est une institution. Ayant survécu à tout (et surtout à des pratiques addictives qui en ont tué tant d’autres), l’Homme à la Moustache est en ville ce soir. Et aucune annulation n’est en vue, comme c’est souvent arrivé en France. Venu présenter son dernier-né, Kiss Of Death, Motörhead s’offre une vraie tournée dans toute la France, en prélude à une tournée mondiale qui a démarré le 21 mai à Nantes. Loin de sa grande époque (1975-1983), le groupe pond régulièrement des albums de seconde zone mais reste un exemple de puissance scénique qu’il faut avoir vu sur scène. Accompagné par Phil Campbell (qui remplace depuis plus de 20 ans Fast Eddie Clarke à la guitare) et Mikkey Dee (qui a succédé à Philthy Animal Taylor derrière les fûts), Lemmy Kilmister est l’unique membre fondateur du groupe sur scène, ce qui lui confère évidemment un statut un peu spécial.

♠ Skew Siskin
Chaînon manquant entre le Hard FM de groupes tels que Scorpions ou Tokio Hotel, le son très radical des excités de Rammstein et la furie hystérique d’une Nina Hagen, la première partie nous vient d’Allemagne. Comme on l’aura compris, c’est à la fois bien fait et un peu pénible. Mené par Nina, chanteuse énervée (et parfois énervante), le Heavy Metal efficace de Skew Siskin est rapidement plombé par un guitariste dont le son et la précision mériteraient sérieusement un passage au contrôle technique. Peu importe, le public accueille avec bienveillance ce bref avant-propos. L’essentiel est à venir…
♠ “We Are Motörhead … & We Play Rock n’Roll”
Une moustache, des habits noirs, 1m90 de barbaque, une cigarette en bouche et une basse Rickenbacker en étendard : Lemmy est dans la place. Le groupe prend possession de la scène et balance d’emblée. Avec Stay Clean (issu de l’album Overkill, 1979) faisant suite à un Snaggletooth tout en puissance, les bases sont tout de suite posées : des morceaux simples, rapides et efficaces. Et du son. Beaucoup de son. La basse vrombit, la guitare rugit, la batterie cogne et les têtes headbanguent. Dans la foulée, le groupe présente deux titres plus récents : Be My Baby (tirée du dernier album Kiss Of Death) et Killers (Inferno, 2004). Du bon mais rien d’extraordinaire pour l’instant.

♠ Metropolis
C’est à nouveau un titre de l’album mythique Overkill qui fait réagir le public. L’agitation est maintenant à son maximum. La sueur dégouline dans les premiers rangs. Ensuite, quand les accords d’Over The Top se font entendre, on ferme les yeux et on se jette dans la fosse aux lions comme si on était rentré dans le live légendaire No Sleep ‘til Hammersmith (sorti en 1981 et disponible en édition complète chez Sanctuary Records). Pas de violence inutile dans les premiers rangs. Soyons sauvages mais soyons courtois. Dans la lignée, encore trois morceaux récents (le très bon One Night Stand, et les plus secondaires Tragedy puis Sword Of Glory) entrecoupés par l’un des premiers titres de l’époque Campbell (paru en 1983 sur Another Perfect Day) : l’excellent I Got Mine. Enfin, le groupe envoie l’un de ses classiques live, tiré de l’album Ace Of Spades (1980), The Chase Is Better Than The Catch.

♠ Live & Dangerous
En vie et dangereux, c’était le titre de l’album live de Thin Lizzy. Ce soir, Lemmy rend hommage au bassiste du groupe irlandais. En reprenant Rosalie, le trio fait acclamer Phil Lynott, mort d’overdose en 1986. Sur cette tournée, ce ne sont donc pas Joey, Dee Dee et Johnny qui sont célébrés. Dommage, on aurait bien écouté la déferlante R.A.M.O.N.E.S. jouée régulièrement depuis quelques années. Ensuite, avec Sacrifice, les gars de Motörhead revendiquent leur couronne de rois du Heavy. Le suèdois Mikkey Dee montre l’étendue de ses qualités en offrant un solo de batterie qui a la bonne idée de ne pas être trop long pour laisser la place au mid-tempo Just Cos’ You Got The Power, suivi par un monstrueux Going To Brazil (paru sur l’album 1916) qui annonce un final thermonucléaire.

♠ Killed By Death
Quoi de mieux pour secouer frénétiquement la tête qu’un morceau au titre aussi débile. Lemmy rigole comme un vieux vicieux avant que Phil Campbell fasse hurler sa guitare pour bien exploser nos pauvres oreilles déjà endolories. On continue dans ce rythme d’enfer avec Iron Fist (issu de l’album du même nom en 1982) qui clôt le concert dans un déluge sonore. Mais la horde des spectateurs n’est pas encore satisfaite et en veut encore. Hurlements, grognements et aboiements. We Want Motörhead ! We Want Motörhead ! Sitôt dit, sitôt fait, les trois reviennent ensemble sur le devant de scène. Phil et Mikkey s’asseoient sur des tabourets avec des guitares acoustiques et un petit kit de batterie puis démarrent un Whorehouse Blues (du LP Inferno, 2004) magnifiquement interprété par le patron au chant et à l’harmonica. On retrouve là les fondements blues du groupe et c’est parfait.

Ace Of Spades
Le roadcrew enlève les tabourets, le groupe remet le son et c’est parti pour un final d’anthologie. La voix et la basse du sieur Kilmister sont excellents (ce qui n’était pas évident à l’écoute de nombreux concerts live du groupe) et c’est un moment de grâce païenne que nous vivons en communion avec les 3 ou 4000 fans de Motörhead présents à la Halle ce soir. L’as de pique est sur tous les T-shirts et dans toutes les bouches : “You know I'm born to lose, and gambling's for fools /But that's the way I like it baby / I don't wanna live for ever / And don't forget the joker!”. Et enfin, 23 ans après avoir rencontré prématurément Motörhead, l’intro légendaire à la double-grosse caisse résonne dans mes oreilles : Overkill. Pas de mot pour décrire la puissance de déflagration. Le vieux Lemmy reste incroyable malgré les années. Il semble increvable. Et c’est aussi ça qu’on aime. Tant pis pour tous les fâcheux qui méprisent (pour de mauvaises raisons le plus souvent) ce qui reste l’un des meilleurs groupes de scène au monde. Un dernier mot : “We Are Motörhead. We Play Rock n’ Roll”. Tout est dit. Rien à ajouter.

Album essentiel : No Sleep ‘til Hammersmith (1981)
http://www.imotorhead.com/
Motörhead continue sa tournée française à Lille, Nancy, Dijon, Limoges et Caen.

Prochains concerts à Lyon :
Marilyn Manson (Halle, 04/06), NoMeansNo (Grnd Zero, 13/06),
The Rolling Stones (Stade de Gerland, 18/06),
Patti Smith (Théâtre Antique de Fourvière, 29/06), Lou Reed (Fourvière, 03/07),
Arcade Fire (Fourvière, 18/07), The Good, The Bad & The Queen (Fourvière, 22/07), Elvis Costello & Allen Toussaint (Fourvière, 26/07)

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www.imotorhead.com
www.myspace.com/motorhead


auteur : Youri Khan - yourikhan77(at)yahoo.fr
chronique publiée le 03/06/2007

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