22/06/2017  |  4830 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 20/06/2017 à 19:09:27
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The Rolling Stones

+ Starsailor
Stade de Gerland (Lyon)
lundi 18 juin 2007

Un quart de siècle qu’ils n’étaient pas venus à Lyon. C’est donc la foule des grands soirs qui se presse vers Gerland.
Comme souvent ici, le match semble déjà joué pour le public.

Pour Starsailor qui est chargé d’ouvrir le concert, rien n’est gagné par avance. Toutefois, en dépit d’un concert sans relief, porté par des musiciens sans originalité ni charisme, les spectateurs vont applaudir poliment le groupe de James Walsh. Mais personne ne les retient quand ils laissent la scène libre pour leurs compatriotes.

Quelques gouttes s’étant évadées d’un gros nuage noir, les roadies se pressent sur scène pour essuyer chaque mètre carré du sol. L’angoisse de la pluie est bien présente dans tous les esprits. Mais tout le monde croise les doigts et s’impatiente. Au prix où sont les places, les gens en veulent pour leur argent. Et ils sont quand même 25 000 à avoir fait le déplacement.

21h00 : les écrans géants s’allument, les images défilent jusqu’au Bigger Bang final, des explosions détonnent dans l’arène et le riff de Start Me Up retentit. Keith Richards est au premier plan, bientôt rejoint par Charlie Watts (Old Timer comme dirait Lucky Luke), Ronnie Wood (toujours appelé « le nouveau » ou « l’imposteur » par les fans hardcore) et le sautillant Mick Jagger (l’Homme-Bouche célébré par Warhol).
Le son n’est pas terrible. Mais c’est pas vraiment une surprise. Peu importe, la foule est en folie.

Pour continuer sur leur lancée, les Stones balancent It’s Only Rock n’ Roll. Tout est dit dans le refrain : « Je sais, c’est juste du rock n’ roll, mais j’aime ça ». Quel bel hymne pour un amateur de concert rock. Après ce démarrage ultra-classique, les Pierres-qui-Roulent s’orientent vers un titre moins connu du grand public, She’s So Cold (issu de l’album Emotional Rescue). Bien, mais sans plus. On est typiquement dans le genre de titres un peu faiblards parus au début des années 1980. Tout de suite après, on apprécie donc Bitch (tiré de Sticky Fingers, 1971) avec ses gros cuivres qui balancent.

Le meilleur est à venir avec une trilogie de morceaux parus en 1969 sur le fabuleux album Let It Bleed. D’abord, c’est une version (un brin décevante) de Monkey Man qui amène Jagger à bondir aux deux extrémités de la scène. Puis, il se calme en venant chanter un superbe Let It Bleed qui doit beaucoup à la guitare slide de Ronnie Wood. Enfin, c’est une version dantesque (et rare) de Midnight Rambler qui fait dégouliner le blues dans le stade tout entier. Pendant un peu moins d’une dizaine de minutes, Ron Wood et Keith Richards entourent Darryl Jones et font monter la pression : et Lyon se plonge dans le Delta…
En hommage à James Brown, le groupe nous offre ensuite sa relecture de I'll Go Crazy, avec l’appui de la chaleureuse voix de Lisa Fischer qui hurle à nous en faire péter les tympans. Du grand art. Après ça, Tumbling Dice a des airs de rengaine un peu terne. Mais c’est parfait pour le public mainstream.

C’est maintenant l’heure de présenter le groupe en commençant par les choristes, les cuivres (dont le sax historique Bobby Keys), le clavier Chuck Leavell, et le génial bassiste Darryl Jones qui semble enfin reconnu à sa valeur par le groupe et le public, faisant du même coup oublier le médiocre Bill Wyman, parti il y a plus de dix ans maintenant. Vient le tour de Ron Wood qui arbore désormais un T-Shirt « Iron Lion Zion » écrit avec la typo d’Iron Maiden. Belle acclamation du public. Et c’est la moindre des choses étant donnée l’importance de sa contribution à l’énergie sonore du groupe en live. Ensuite, c’est l’inusable Charlie Watts qui est célébré par le public. Il fait rouler les baguettes sur les fûts avec son élégance jazzy, tandis que le Jag’ annonce Keith Richards. Ovation monumentale. Il s’avance vers le micro et joue au Pirate des Caraïbes. Belle prestation d’acteur. Belle prestation de chanteur aussi sur You Got The Silver (encore issu de Let It Bleed) accompagné par la guitare de Ronnie Wood. Quand démarrent les accords de I Wanna Hold You que chante également le vieux Keith, on souffle en se disant qu’on a évité Happy. Ouf !

Quand Jagger revient, la batterie s’avance sur le devant de scène et on entend démarrer Miss You. Tandis que le stade chante les OuOuOu-Ou-OuOuOu (x2), une petite scène emmène les Stones au travers de la fosse. Du coup, on regarde vers le fond de Gerland et on voit au loin un orage cracher des éclairs. Un light-show improvisé s’invite dans la danse. Arrivés au bout du stade, les vieillards balancent la meilleure chanson de leur dernier album (Rough Justice) et il faut reconnaître que ce titre a toute sa place dans la discographie du groupe.

Toujours sur la petite scène centrale.
Une exclusivité pour Lyon. Back to the sixties :
Get Off Of My Cloud

Mais on ne veut pas descendre de ce nuage orageux. On en veut encore des pépites comme ça.
Sitôt dit, sitôt fait. Le riff le plus simple de l’histoire retentit et la Terre s’arrête de tourner : Honky Tonk Women, comme sur le Live de 1969 Get Yer Ya Ya’s Out ! Un bonheur. Et la scène de revenir vers la langue géante qui s’est gonflée entre temps sur la scène centrale.

Le grand final peut alors démarrer. La scène s’illumine en rouge, les percussions résonnent et le diable Mick se hisse sur le haut de la scène : Sympathy For The Devil. Peut-être l’un des plus beaux moments de la soirée en dépit d’un problème récurrent que nous évoquerons plus bas. Pas le temps de faire reposer notre sourire béat, puisque c’est maintenant au tour de Brown Sugar d’enflammer Gerland. Mais ce n’est bien évidemment qu’un avant-goût avant les explosions qui accompagnent Satisfaction. Les gens pètent carrément les plombs. Les plus anciens hurlent les No-No-No de leur jeunesse. Les plus jeunes aussi. Un chouette moment de communion païenne. Mais c’est déjà la fin. Le groupe quitte la scène.

On attend maintenant le retour des Rolling Stones. On attend le rappel. On espère Paint It Black. Mais ce sera Jumpin’ Jack Flash. Idée étrange après Satisfaction puisque c’est quasiment le même plan de guitare. Mais on ne boude pas notre plaisir. Le seul problème, c’est que c’est vraiment la fin cette fois-ci. Feux d’artifices, les Stones tirent leur révérence sans que ne coule la peinture noire. Dommage.

Quel bilan tirer de ce concert tant attendu ? Un seul : les Rolling Stones sont TROP.

Ils sont trop nombreux sur scène. Ils invitent trop de gens dans de trop grands lieux. Ils ont un trop mauvais son en jouant dans des stades. Leurs places sont trop chères. Leurs vêtements (et leurs coupes de cheveux) sont trop moches. Leurs setlists sont trop convenus.
Mais ils sont aussi vraiment trop bons, même s’ils semblent un peu trop vieux.

Enfin, car il faut que ce soit dit (quitte à recevoir des tonnes de mails vengeurs) :
Keith Richards est un gros nul. On pourra dire ce qu’on veut : qu’il était fatigué, malade, souffrant, préoccupé ou je ne sais quoi… mais c’est quand même un gros nul. Et ce n’est pas nouveau. Le problème dure depuis une dizaine d’années. Mais pendant un moment, il le savait et laissait Ron Wood faire de nombreux solos. Et c’était très bien comme ça. Philippe Manœuvre n’aimait pas ça et l’écrivait. Mais au moins, les solos avaient de la gueule.
Aujourd’hui, il a décidé de reprendre le dessus. Mais chaque note paraît péniblement jouée (cf. Sympathy For The Devil) et les doigts semblent arthritiques. Même Bo Diddley (79 ans au compteur) fait encore preuve de flamboyance occasionnelle. Alors que le Pirate britannique n’y arrive jamais. Jamais. Sa principale contribution reste donc limitée à son personnage et aux intros légendaires (Start Me Up, Satisfaction, Honky Tonk Women) qu’il interprète parfaitement.
A l’instar du pauvre Jimmy Page qui souffre d’importants problèmes de dos, l’heure de la retraite scénique semble avoir sonné pour Keith Richards.
Lyon était-il le dernier concert des Stones en France ? Si oui, ce serait quand même un bien grand malheur pour le Rock.



www.rollingstones.com

auteur : Youri Khan - yourikhan77(at)yahoo.fr
chronique publiée le 20/06/2007

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