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DKT / MC5

+ The Datsuns
(Cluses, Festival Musiques en Stock)
vendredi 6 juillet 2007

A deux pas du Lac Léman et du Mont Blanc, il se passe parfois des choses étranges. Ainsi, ce vendredi 6 juillet, les pionniers du High Energy avaient rendez-vous avec quelques uns de leurs héritiers les plus brillants. Pour un concert unique au monde en cette année 2007, la petite ville de Cluses a cassé la tirelire pour s’offrir les trois membres survivants du MC5. Et pour les accompagner, ce festival gratuit s’est également offert le luxe d’inviter les Datsuns.
Impossible donc de rater une telle soirée : on se jette sans réfléchir dans la voiture en direction de la place des Allobroges, au fin fond du pays savoyard.
Arrivé là-bas, c’est le choc. Des petites mamies se baladent tranquillement, des jeunes parents font circuler leurs poussettes au milieu de la foule, des adolescents à peine pubères se pressent sur les grilles, tandis que le matériel des Datsuns est en train d’être installé sur scène. Seule chose rassurante, on reconnaît ici et là des têtes rassurantes, déjà croisées dans des soirées rock à Lyon, Grenoble, Clermont ou St Etienne. On rencontre même des gens venus spécialement de Marseille. C’est du coup une foule bien hétéroclite qui se presse ici. Dans les premiers rangs, on trouve aussi bien des garçons-coiffeurs à la Naast que des anciens grisonnants à la Little Bob. Génération MP3 et génération vinyle sont réunies pour ce concert. Et à 21h00, tout peut commencer.

Produit-phare du Rock néo-zélandais, les Datsuns sont une valeur sûre en matière d’énergie. Déjà auteurs de trois albums -The Datsuns (2002), Outta Sight Outta Mind (2004), Smoke and Mirrors (2006)- ils parcourent régulièrement les scènes européennes pour montrer, à l’instar des D4, que le rock existe aussi du côté de l’Océanie. Inutile de revenir en détail sur la très bonne prestation qu’ils ont livrée ce soir. Les gars ont le sens de l’efficacité et connaissent leur boulot. Capables du meilleur (lorsqu’ils se prennent pour les Hellacopters époque Dregen) et du moins bon (quand ils se contentent de jouer comme les Hellacopters actuels), ils souffrent un peu de ce manque d’uniformité. C’est d’autant plus dommage qu’ils ont le potentiel pour tout emporter sur leur passage. Il suffit pour en juger d’écouter des morceaux comme Freeze Sucker ou MotherFucker From Hell. Malheureusement, d’autres titres plus faiblards font régulièrement baisser la pression, alors que l’on attendrait un concert sans faille.

C’est probablement ce qui différencie le quatuor du Pacifique d’un groupe comme les BellRays. Vus sur scène une dizaine de jours auparavant dans un contexte similaire (concert gratuit et public venu là par hasard), ces derniers génèrent une hystérie collective tandis que les Datsuns passent d’abord pour un sympathique groupe de hard-rock. Ceci étant, il ne s’agit pas ici de comparer ce qui n’est pas comparable. En effet, ne gâchons pas notre plaisir : les guitares de Christian et Phil valent assurément le détour (notamment lors d’un ébouriffant solo en simultané, joué à la note près), la prestance du bassiste et chanteur Dolf est indéniable et la batterie de Ben est explosive (tant et si bien qu’il en a fracassé la peau de sa grosse caisse). Fidèles au meilleur de la culture rock (cf. leur reprise du KKK Took My Baby Away des Ramones), ils restent l’un des meilleurs groupes actuels de la scène High Energy. Donc, aucun regret à avoir. Et au regard du très bon show qu’ils ont donné à Cluses (encore plus efficace que lors de leur passage à la Coopé en 2004), on est en droit d’attendre encore plus la prochaine fois… See you, folks !

Trente minutes plus tard, c’est une autre histoire qui nous attend.
Une histoire qui nous ramène trois décennies en arrière.
Début 1972, le bassiste Michael Davis quitte le MC5, groupe fondé en 1965 par les guitaristes Wayne Kramer et Fred "Sonic" Smith. C’est le début de la fin. Le 11 novembre de la même année, c’est au tour du batteur Dennis Thompson, puis du chanteur Rob Tyner, de quitter le navire avant un concert à Zürich. Il ne reste plus que le duo fondateur pour continuer l’aventure. Mais les choses ne durent pas. Le 31 décembre, une page se tourne dans l’histoire du rock. Le Motor City Five est mort.
35 ans après, une partie du public suisse s’est déplacée à Cluses. Ce soir, Michael Davis et Dennis Thompson sont venus entourer Wayne Kramer. Les vieilles rancoeurs sont enterrées depuis longtemps. Rob Tyner et Fred "Sonic" Smith sont également sous terre. Le premier est parti définitivement en 1991, tandis que le second a laissé sa femme Patti par une triste journée de 1994.

Les Cinq de Detroit ne sont plus que trois. On les appelle désormais DKT/MC5 et ils viennent spécialement des Etats-Unis pour un concert unique au fin fond de la Haute-Savoie. Accompagnés par Adam Pearson (surtout connu pour avoir tenu la guitare chez les Sisters Of Mercy de 1993 à 2005), le trio embrase directement la scène avec Ramblin’ Rose. C’est Wayne Kramer, tout de blanc vêtu, qui se charge du chant. Il est d’ailleurs surprenant de constater qu’il manque un peu de voix pour commencer. D’autant plus surprenant quand on sait qu’il est un assez bon vocaliste, comme il l’avait montré lors de son concert bordelais (au CAT) en 2003. Mais ce ne sera pas un problème par la suite, le vieux est simplement un peu long à l’allumage. C’est d’ailleurs aussi vrai pour les autres. Ils n’ont pas donné de concerts ensemble depuis de très longs mois et ça se sent un peu.

Peu importe, l’essentiel de l’énergie est là et le public ne boude pas son plaisir. Adam Pearson puis Michael Davis s’emparent à leur tour du micro pour des versions percutantes de Tonight et de Skakin’ Street, avant que n’arrive sur scène la carcasse volumineuse d’un pur produit du CBGB’s new-yorkais : Handsome Dick Manitoba. Autant le dire d’emblée, une bonne partie du public écarquille les yeux face à cet espèce de monstre, coiffé d’un bonnet et vêtu d’une chemise à paillettes de couleur sombre. Pas grand monde ne semble savoir de qui il s’agit. On voit bien qu’on est pas face au public espagnol (genre celui qu’on peut rencontrer en allant à l’Azkena Rock Festival de Gasteiz), connu pour la vénération qu’il porte aux Dictators et à leur leader. Grâce aux vociférations du Manitoba, la version de Call Me Animal est tout simplement dantesque. Et on se rassure un peu en constatant que les premiers rangs accueillent quand même quelques connaisseurs du MC5. Idem pour High School, largement accompagnée par les chœurs d’un noyau de dévôts, arborant des sourires béats. Désormais le train infernal est lancé et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sister Anne puis Looking At You viennent illuminer la setlist tout en alimentant un insatiable pogo juvénile.

Toujours en guerre contre la connerie des politiques US, Wayne Kramer dédie Poison au président américain. Face à la déferlante de corps qui s’empoignent durant la chanson, on s’amuse en écoutant l’ex-Gangwar chanter "Doing Some Dance that I Learned in France"… Mais de quelle danse pouvait-il bien s’agir ? On n’a pas vraiment le temps de trop y réfléchir puisque bien vite Dick Manitoba revient à la charge en hurlant :
"And Now, It’s Time To … And Now It’s Time To … Kick Out The Jams Motherfucker ! "
Enorme, monumental, gigantesque. Les mots ne servent à rien pour décrire des moments comme ça. D’autant que c’est la seule fois de la soirée où une chanson parviendra véritablement à nous faire oublier notre premier concert du trio DKT, à Toulouse en 2004. En effet, les invités étaient alors d’envergure (Lisa BellRays Kekaula, Mark Mudhoney Arm et Nicke Hellacopters Royale) et puis surtout, c’était la première fois. Ceci étant dit, revenons à Cluses et à l’énorme version du Rocket Reducer qui nous est offerte pour conclure le show. Dix minutes de communion enthousiaste avec tous les brotherz and sisterz qui sont réunis sur la place. Les membres du groupe ont le sourire. Ils ne sont pas venus pour rien.

Sous l’effet de la bière verte (au génépi) servie au comptoir, des milliers de hurlements surgissent de toutes parts pour réclamer un rappel. Dont acte. Les motoristes de Détroit reviennent en douceur avec un I Believe To My Soul emprunté à Ray Charles. Seul regret, la prodigieuse intensité musicale distillée par les survivants du MC5 mériterait une voix à l’avenant pour un morceau comme celui-ci. Toutefois, ce problème ne se pose pas pour le grand final, assuré de main de maître par Handsome Dick Manitoba : American Ruse. Une dernière fois, la section rythmique joue sauvage et fait tourner le moteur à plein régime. De son côté, Wayne Kramer offre l’un de ses meilleurs solos (sachant qu’ils sont tous de très haute volée) en s’appuyant sur Adam Pearson, qui semble plus que ravi d’avoir fait le déplacement. Les guitares vrombissent encore quand prend fin cette "Celebration" du MC5. Tout est bien qui finit bien. Demain, c’est Jean-Louis Murat qui jouera sur la grande scène. On s’empresse donc de reprendre la voiture et de repartir dans la nuit noire des Alpes.
Are You Ready To Testify ? Bien évidemment…

Albums indispensables
THE DATSUNS, The Datsuns (2002)
MC5, Kick Out The Jams (1969)

Et pour un peu d’energy supplémentaire…
WAYNE KRAMER, LLMF (1998)
THE HELLACOPTERS, Payin’ The Dues (1999)



www.davis-kramer-thompson.com
www.myspace.com/dktmc5
www.musiques-en-stock.com

auteur : Youri Khan - yourikhan77(at)yahoo.fr
chronique publiée le 17/07/2007

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