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The Delano Orchestra, Leopold Skin, St. Augustine, Pastry Case

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
samedi 19 septembre 2009

Nuit magiiiiique dans les murs de la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand avec les concerts des artistes du label Kutu Folk, St. Augustine, Leopold Skin, Pastry Case et The Delano Orchestra. Catherine Lara n’a pas été conviée – et c’est tant mieux –, mais en revanche ce sont 450 auvergnats (ou pas, et on s’en fout, la – future ? – circulaire de Brice Hortefuck demandant qu’on montre les cartes d’identité, les autorisations de séjour sur le territoire et les passeports à l’entrée des salles de concerts n’étant pas encore à l’ordre du jour, ouf !) qui se sont pressés dans le club de le Coopé pour cette soirée gratuite. Un auvergnat, ça va, mais quand ils sont aussi nombreux dans les rangs du public et à se succéder sur scène, vous imaginez les problèmes : chaleur, applaudissements, frissons de bonheur, cris de joie, convivialité et enthousiasme. L’on se sent presque en famille, en parfaite communion avec tout le monde (heu, sauf avec la blonde qui parle en hurlant)… C’est parti pour quatre concerts traversés par de nombreux instants de grâce.

St. Augustine

Très en voix, parfaitement soutenu par le violoncelle de la discrète Edwige et de temps en temps par des choeurs tutoyant les étoiles, François de St. Augustine pioche dans son répertoire des morceaux tous plus magistraux les uns que les autres. Ce n’est que le début de la soirée, mais l’on sent déjà le bien être s’installer en nous et une communion hallucinante s’instaurer entre l’artiste et la salle… Comme souvent, St. Augustine est complètement saisi par sa musique : il chante avec une foi qui fait plaisir à voir et à entendre, les notes qu’il égrène sur sa guitare sont superbes, et comme si ça ne suffisait pas, les notes qui émanent du violoncelle sont simplement bouleversantes. A l’aise et ravi par la présence d’un très nombreux public, St. Augustine s’autorise une petite blague rigolote sur l’actuel ministre de l’intérieur, l’unanimement détesté ici Brice H. … Cerise sur la gâteau, la chorale des petits chanteurs à la croix de bois de Kütu Folk Records vient apporter, elle aussi, sa pierre à l’édifice pour un Sad Moment beau à pleurer. Et ce n’est quel le début de la soirée !

Leopold Skin

Juste après, c’est le choc : Leopold Skin se produit désormais en power trio avec deux guitares électriques et un batteur. Exit, l’image du petit chanteur folk avec une voix à la Bob Dylan. Désormais, Leopold Skin sonne comme une rencontre réussie entre Crosby Stills Nash & Young, Fleet Foxes, Arcade Fire et Silver Mt. Zion. Les nouvelles chansons inspirées par son séjour au Canada sont magistrales, elles sont propulsées dans la stratosphère sonique par son nouveau groupe, l’excellent Olivier de Garciaphone à la batterie, François de St. Augustine aux chœurs et à la guitare bruitiste avec écho sidérant… C’est si beau et d’une intensité si pénétrante qu’on en a la chair de poule : les chœurs (hou, hoouu, houuu, houuuuu !!!!) à la Arcade Fire de Lonesome & Cold (emmené par la voix d’Emilie de Pastry Case) provoquent des bouffées d’euphorie pour toute la soirée, avec des flash backs récurent sur la mélodie, que l’on chante encore en soi juste avant de rejoindre les bras de Morphée, quelques heures plus tard. Tous les titres sont superbes, l’interaction entre les trois musiciens est impressionnante, la voix est versatile à souhait et l’on regrette juste une seule chose : que cela prenne fin trop tôt. Peu de temps après une très belle reprise d’un morceau traditionnel popularisé par Karen Dalton (Katie Cruel), le trio touché par la grâce conclut par un First Morning Light au diapason du reste de la prestation, c'est à dire hyper classieux. Il faut que cette courte prestation sorte absolument sur un EP live ! Je le veux !

Pastry Case

Encore un peu hésitant à certains moments, le groupe Pastry Case – Bertrand et Emilie aux voix, machines, synthés et percus, renforcés par Damien de Leopold Skin et Alex du Delano Orchestra aux guitares électriques et aux chœurs – monte progressivement en puissance au cours de son set. Il faut toujours un petit temps d’adaptation pour s’habituer à l’étrange voix de Bertrand, puis après la magie opère entre ses paroles scandées maladivement et les chœurs enchanteurs d’Emilie. Une sorte de rencontre - se finissant très bien - entre la bête et la belle : le côté torturé de la voix masculine étant adouci par les suaves mélodies vocales féminines. Même si sa musique est peut-être un peu difficile d’accès au premier abord, Pastry Case a une botte secrète que beaucoup lui envieront bientôt : une flopée de tubes qui font monter sur un tapis volant sans avoir à prendre de billet... Le lancinant Under A Wheelchair, le très enlevé et mélodique My New Jogging Suit, le planant et presque gothique A Fish et l’imparablement accrocheur Watergun or Watergun. La marge de progression est encore énorme pour Pastry Case, mais quand on sait écrire des titres aussi puissants - entre pop fraîche et hip hop barré - (comme ceux cités à l’instant), tous les espoirs sont permis…

The Delano Orchestra

La soirée se termine avec une prestation scénique parfaite du Delano Orchestra, très en verve et au grand complet (avec en particulier un trompettiste et un violoncelliste en apesanteur)… Avec un tel concert - truffé d’ambiances captivantes et de secousses soniques envoûtantes -, on ne peut que rester coi devant tant de savoir faire sur la dynamique du son, sur les compositions à rebondissements et sur l’intensité de l’interprétation. Avec deux nouveaux morceaux très réussis (dont un titre très accrocheur joué en ouverture) et une set list de rêve, le Delano Orchestra atteint des sommets ce soir. Le travail en studio sur les deux disques du groupe, les dates de concerts au "quatre coins" de la France et l’expérience acquise avec le temps commencent à porter leurs fruits : nous sommes là en présence d’un des meilleurs groupes de scène français dans le style post rock mâtiné de folk… Un détail qui ne trompe pas : alors que l’on nage en plein bonheur devant la démonstration de force et de finesse du groupe clermontois, il arrive à nous faire plonger l’espace d’un morceau – l’exceptionnel The Escape - dans de profonds abîmes de tristesse joyeuse, avant de nous faire progressivement remonter à la surface. Emmené par un leader au chant désormais assuré (entre murmure troublant et parties vocales écorchées), la troupe tutoie les cimes, embarquant les auditeurs/spectateurs dans ses pérégrinations soniques. Du grand art !

La surprise finale, trois superbes morceaux joués (dont un Rainy Country d’anthologie) par les quatre groupes en même temps sur scène (11 musiciens au total), est une conclusion parfaite pour une soirée Kütu Folk Records de très haute tenue ! Non contents d’avoir des univers passionnants - et très différents des autres, ce qui fait la richesse du label -, ces musiciens-là ont réussi à créer des passerelles viables entre leurs musiques. Joli Coup !

Sites internet : www.myspace.com/kutufolkrecords, www.myspace.com/leopoldskin, www.myspace.com/staugustinelovesyou, www.myspace.com/thedelanoorchestra et www.myspace.com/pastrycase.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 24/09/2009

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