01/04/2020  |  5336 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 31/03/2020 à 16:30:49
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The National

Olympia (Paris)
mardi 23 novembre 2010

Entre tension sous-jacente, intensité prégnante, mélancolie dévastatrice, accès de violence et sensibilité exacerbée...

Que de chemin parcouru par le groupe new yorkais The National depuis ses débuts ! Après avoir sorti des disques sur un " petit " label français (l'avisé Talitres Records, justement remercié au cours de la soirée...) et fait des tournées dans des lieux confidentiels, le voici justement reconnu dans son propre pays et en tête d'affiche à l'Olympia de Paris, une salle mythique et classieuse, à l'occasion d'un concert affichant complet... Pour une fois qu'un groupe méritant le respect et faisant paraître des disques importants à tous les coups – le dernier en date : l'exceptionnel High Violet – tutoie un succès mondial acquis de haute lutte, ne boudons pas notre plaisir ! Et savourons à sa juste valeur ce show d'exception dans une salle conquise d'avance...

Une chaleureuse clameur.

20h45 : le lumières de L'Olympia s'éteignent et une chaleureuse clameur retentit dans ce lieu chargé d'histoire... Le fond de scène est éclairé en (high) violet, une superbe bande son retentit pendant quelques instants (Neil Young, On The Beach) et The National fait sobrement son apparition sur scène... C'est le début d'un très beau concert offert par un groupe au faîte de son génie artistique : les meilleurs titres récemment parus (Runaway, Sorrow, Anyone's ghost, Conversation 16, England, Bloodbuzz Ohio, Afraid of Everyone, "une chanson sur l'Amérique" selon Matt Berninger, le chanteur/leader) sont admirablement mélangés dans la set list avec les titres désormais mythiques du combo originaire de Cincinnatti et relocalisé dans la grosse Pomme (Brainy, Squalor Victoria, Available, Cardinal Song, Abel, Mistaken For Strangers)…

" On ne sait jamais avec Matt !"

Malheureusement amputé de Padma Newsome (qui officie normalement au violon, aux choeurs et aux synthès), The National fréquente néanmoins les cimes himalayesques de la pop et du rock lors de cette remarquable prestation... Car si le précieux Padma manque à l'appel, son remplaçant aux synthés fait le job comme il faut et les deux cuivres présents sur les planches teintent admirablement le son. Le noyau dur de la troupe est, quant à lui, irréprochable comme d'habitude : la section rythmique est admirablement carrée et versatile, les guitares sont stratosphériques et Matt Berninger, est encore une fois habité, insaisissable et imprévisible. Seul raté, un titre réarrangé de manière peu inspirée tombe un peu à plat. Il avait été ainsi présenté en français par Bryce Dessner : "On va tenter un truc sur un vieux morceau, il se peut que ça soit bizarre, on ne sait jamais avec Matt !" Au cours du morceau, ledit Matt hurle un "Stop that jazz shit !" qui fait rire le responsable une fois l'essai terminé. Cette tentative un peu foireuse permet de constater que non contents d'être doués et concentrés pour créer des ambiances entre tension sous-jacente, intensité prégnante, mélancolie dévastatrice, accès de violence et sensibilité exacerbée, les membres de The National, sont d'humeur facétieuse ce soir - enfin, ceux qui parlent : les frères Dessner et Mr Berninger -, c'est blague sur blague pendant les temps morts... Cela prouve qu'on est en présence d'être humains ravis de jouer pour leur public français dans une salle de renommée internationale, ce qui est plutôt touchant. Mais rend le concert un peu plus décousu et très légèrement moins percutant qu'à la Route du Rock 2010 où toutes les chansons avaient été décochées dans un même souffle, laissant le public tétanisé par une intense émotion.

Simplicité biblique et complexité maléfique.

Malgré les petits défauts évoqués à l'instant, on se prend une nouvelle magistrale gifle en plein face en ce 23 novembre à marquer d'une pierre blanche. Un peu à l'image de Matt B. sifflant les verre de vins à la volée et devenant de plus en plus incontrôlable au fil du show (il finira au milieu de la fosse pour un très beau moment de communion, avant de chanter debout sur les barrières, porté à bout de bras par la sécurité et les premiers rangs), on se laisse progressivement gagner par une sensation proche d'un état d'ébriété à la fois euphorisant et perturbant. La totalité du public semblant partager notre point de vue, c'est donc une très méritée ovation qui salue la sortie de scène de nos Américains chéris. Qui reviennent pour un rappel d'anthologie avec les incroyables titres Lucky You (toujours sidérant), Mr. November (une jubilatoire décharge de rage), Terrible Love (jouissives montées de guitares interstellaires) et Vanderlyle Crybaby Geeks, joué débranché et sans micro devant une salle recueillie, reconnaissante et assurant les choeurs. Une fois de plus, en navigant à vue entre simplicité biblique et complexité maléfique, les chansons de The National jouées en live nous ont littéralement ensorcelé...

A lire également, la chronique du concert de The National en 1ère partie de Pavement au Zénith de Paris, en mai 2010.

Liens : www.highviolet.com, www.americanmary.com, www.facebook.com/thenationalofficial, www.clogsmusic.com, www.beggars.com, www.myspace.com/thenational.

Photo live à la Route du Rock 2010 par Flore-Anne Roth, www.floreanneroth.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 05/01/2011

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