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Dopplereffekt

La Machine (Paris)
09 juillet 2011

Parmi les nombreux projets de Gerald Donald (alias Rudolf Klorzeiger, Glass Domain ou Heinrich Mueller) comme Drexciya, Arpanet, Japanese Telecom, Der Zyklus, Flexitone, Zwischenwelt, Black Republica, il y a aussi et surtout Dopplereffekt. Sous ce label, notre mystérieux artiste de Detroit, en compagnie d’une certaine To Nhan Le Thi, réalise une musique électro, froide et répétitive. La magie opère car, malgré le son minimal, derrière se cachent des mélodies redoutables à faire danser tous les androïdes de la planète. Donc, un groupe essentiel pour tous les amateurs de sons répétitifs et robotiques à la Kraftwerk et DAF.
Dopplereffekt fait peu de concert et ne donne aucune interview. Autant dire que chacune de leurs prestations live est un évènement que nous attendions avec impatience.

La Machine (ex Locomotive) est située juste à coté du Moulin Rouge (propriétaire de La Machine). Ainsi, se retrouve-t-on à faire la queue à côté de spectateurs en tenue de soirée qui vont au célèbre cabaret parisien. Autre surprise, le concert initialement prévu sur la scène centrale (magnifique lieu qui nous a fait danser sur Kas Product, DAF, Fad Gadget, Coil…), a été finalement déplacé dans la salle plus petite de La Chaufferie. Déception car, dans ce lieu au décor de squat ou de club perdu au fond d’une rue sombre de Berlin ou de Detroit, le public se retrouve serré comme des sardines. Ce changement est t-il dû au nombre pas assez élevé du public (environ 300 personnes) ou bien est-ce dû au choix du groupe qui aurait préféré, à l’inverse de la grande salle avec sa belle scène surélevée, la configuration de La Chaufferie style «sous sol d’un bateau de marchandise» ou d’une vieille usine ? Nous ne le saurons jamais. Mais en définitive, un décor qui colle finalement assez bien aux images qui vont être projetées pendant le live.
A La Chaufferie, pas de scène. Le duo est en contact direct avec le public. Leurs deux synthés Korg disposés face à face sont à portée de main du premier rang. Le duo, face à face et parallèle au public, est habillé en noir et porte un masque noir cachant leurs visages. Cette apparence leur donne un aspect mannequin et inquiétant. Seules les images projetées donnent une indication sur les inspirations du duo : laboratoires de recherches, instruments vintages pour films de SF, usines du futur en images 3D pour jeux vidéos des années 80...

Pendant 1 heure 30, Dopplereffekt va délivrer une magnifique musique froide et répétitive jusqu’à l’obsession mentale. Limité à quelques notes, les sons de Dopplereffekt montent subtilement et s’étoffent au fil du concert. Les touches du clavier de Gerald Donald sont à peine effleurées avec ses doigts, on a l’impression que tout est déjà préenregistré. Tel un sorcier, il bouge ses mains au dessus du clavier pour y extraire ses sons futuristes. To Nhan Le Thi (à moins que cela ne soit une nouvelle recrue?) garde une pose fixe (limite militaire) et joue de temps à autre quelques notes de claviers sous les instructions de Gerald Donald (en fait il lève la tête vers la direction de To Nhan). Autant dire que Dopplereffekt joue à fond la carte froide, avec aucun contact avec le public malgré sa proximité. Si pour certain cette attitude frôle l’imposture, pour d’autres (dont on fait partie), ce parti pris scénique est parfait pour ce style de musique. Au contraire, elle renforce l’effet robot/martial de leur techno minimale. Un live de Dopplereffekt est une performance sans concession. On y entre ou on reste sur le palier ! Pendant toute la durée du concert, le duo va à peine bouger, les mêmes images vont tourner en boucles, et le public va progressivement commencer à bouger et entrer dans la 4ème dimension de la transe global underground résistance jusqu’au départ brutal des deux membres. Fin du concert ! Ils se sont éclipsés comme des voleurs, laissant le public chuter après la montée d’adrénaline. D’autant que la chute est encore plus rude, car à la sortie on retrouve la fameuse queue de touristes en tenue de soirée du Moulin Rouge.
Oui, ce groupe est un mystère et une arme à destruction massive !

Merci à Isabelle J. (présente au concert) pour sa relecture pertinente.

Photos: Paskal Larsen


www.myspace.com/dopplereffektmusic

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 16/07/2011

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