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Lumerians

+ Eternal Tapestry
+ Steeple Remove
La Maroquinerie (Paris)
3 mai 2013

Depuis plus d’un an, le site internet Gonzaï (devenue aussi une revue papier) organise une fois par mois une soirée rock à La Maroquinerie de Paris. A ce jour, toutes les soirées Gonzaï, auxquelles j’ai assistées ne m’ont jamais déçu. Plein de souvenirs dans ma tête et mes jambes avec JC Satan, Matmos, Faust, Le Prince Harry, Magnetix et Publicist. Les soirées Gonzaï c’est quoi ? : 3 groupes de qualité au style musical proche, que l’on peut voir, pour un prix modique (10 euros), sur l’une des meilleures scènes rock de Paname. J’aime tout particulièrement aller à la Maroq, car en plus d’être une salle sympa, elle se trouve aussi juste à côté de mon appartement, ce qui me permet d’inviter les ami(e)s à venir prendre l’apéro avant d’assister au concert. Et, quelques verres avant un concert, c’est du bon carburant de chauffe, pour notre estomac, et non pas pour la voiture.


L’affiche de cette 15ème soirée est une fois de plus alléchante, elle est consacrée à 3 excellents groupes de rock psyché et krautrock.
La soirée débute avec le groupe américain Eternal Tapestry. Ils vont jouer devant un public « malheureusement » clairsemé une musique krautrock très inspirée. Le chanteur, au look de redneck ricain (casquette, chemise à carreaux, grosse lunette à la Polnareff), ne bouge pas beaucoup, par contre il envoie pas mal de son. Dans le style kraut cosmic prog music, Eternal Tapestry connaît bien les ingrédients du genre. Leur mix fonctionne très bien. Eternal Tapestry n’hésite pas d’abuser sur les pédales d’effets, avec eux ça fuzz à tout va !


Une pause bière, j’arrive à la bourre pour Steeple Remove. Je constate que la salle s’est remplie. Cela fait un bail que je ne les ai pas vus en concert. Je n’ai d’ailleurs pas écouté leur dernier album. Steeple Remove aime aussi jouer du kraut psyché mais en y mélangeant de l’indé à la sauce shoegaze. Les morceaux ont un format pop, en particulier la voix, mais l’expérimentation n’y est pas exclue. Une des constantes dans les compos est la rythmique qui prend bien au corps, du moins dans le mien, car je n’ai pas arrêté de danser pendant leur prestation. Du coup, ma tête retient surtout leurs notes entraînantes qui donnent envie de décoller. J’ai l’impression de revenir à l’époque baggy, quand j’écoutais Happy Mondays, mais peut être que ce n’est qu’une impression, vu que j’étais parti, parti…


Après cette belle prestation, me voilà fin prêt pour écouter les Lumerians. Je les avais déjà vus au festival BBMix à Boulogne-Billancourt en 1ère partie de Beak>. Mais leur prestation avait été « un peu » décevante. En cause peut-être la configuration des lieux ? Le théâtre du Carré Belle-Feuille est en effet très grand et le public assis dans des fauteuils confortables ne s’est pas levé ce soir-là, résultat la fusion entre leur musique et le public n’a pas eu lieu. Le groupe a besoin de proximité semble-t-il. Pour cela, la petite salle de La Maroquinerie va se révéler idéale car le groupe est ici à son aise. Du coup, ils nous ont livré une magnifique prestation sonore. Leur musique instrumentale (même la voix sonne instrumentale) est un mix de sons psyché avec des passages world/tropical noyés dans des drones cosmiques. On a l’impression de n’entendre qu’un morceau, mais quel morceau ! On ne veut pas qu’il s’arrête. J’ai vécu ce trip comme une montée d’adrénaline. Dès les premières notes, je me suis imprégné de leur musique du cosmos. Impossible de redescendre, et c’est tant mieux.


Leur musique est magique, la prestation du groupe est magique, ce sont des magnétiseurs ! Comme j’ai passé le concert à cheval entre ma tête au contact de la mousse des enceintes, pour être encore plus près de leurs manifeste Voodoo et sonore, et mes envies de décoller vers un au-delà céleste jusqu’au slam du possédé, j’avoue que je n’ai pas vu grand-chose sur scène, par contre j’ai bien vécu leur prestation musicale. C’est du grand art !
Lumerians sait avec finesse mélanger messe psychédélique et fracas world. Dans leur son indé kraut, il y a plein de rythmes qui nous évoquent l’Afrique du nord, l’Inde, mais sans tomber dans les voyages organisés par Le Guide du Routard -faut pas déconner !-. Oui la musique de Lumerians est un roulot compresseur acid, d’où s’échappent des bulles de savon hypnotiques, mélangées à des pastilles colorées aux senteurs d’encens, mais pas de patchouli. Moins free que Sun Ra, la musique en apesanteur de Lumerians est une bénédiction pour tous les amateurs de sons célestes, mais surtout pas baba… trop cool. Cela faisait bien longtemps (enfin pas si longtemps que ça, car le live de Palais Schaumburg au festival de Sonic Protest était aussi un pur trip mental et dansant), que je n’avais pas ressenti aussi fortement la musique d’un groupe.
Ne me demandez pas, combien de temps a duré leur prestation, car tout est compressé dans ma tête, donc je n’ai aucune notion du temps. Après un rappel, les lumières s’allument, c’est le retour sur terre. C’est dur. Un passage au merchandising pour acheter le nouvel album The High Frontier, (que je vous recommande car c’est une petite merveille hypnotique), et saluer le groupe de leur belle performance scénique.
Enfin pour conclure, une petite parenthèse. Dans une interview de Moon Duo parue dans la revue Redux n°42, à la question : « Créer une musique (-) permet de s’enfuir un moment de la réalité ? ». Ripley Johnson répond : « Transporter les gens, c’est ce que nous essayons d’accomplir. » Et sa compagne Sanae Yamada rajoute :« Je ne sais pas si cela a cet effet sur tout le monde, mais si ça peut l’avoir sur quelques uns, tant mieux. »
Pour le cas de Moon Duo c’est mission accomplie, mais c’est également valable pour les Lumerians qui nous ont bien transportés en cette soirée du 3 mai 2013.
Une fois de plus, la soirée Gonzaï a été une réussite.




gonzai.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 09/05/2013

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