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Alain Bashung

Opéra (Vichy)
lundi 26 janvier 2004

Après un filage et un excellent concert à la Coopérative de Mai, La tournée des grands espaces d’Alain Bashung s’arrêtait à nouveau en Auvergne fin janvier. C’est dans le cadre majestueux et solennel de l’Opéra de Vichy que Bashung et ses musiciens ont eu tout le loisir de provoquer chez le public des émotions aussi variées que captivantes…

Si le placement assis s’est révélé très adapté pour apprécier pleinement les morceaux lancinants et mystérieux extraits de L’imprudence ou de Fantaisie militaire, il a freiné les ardeurs du public pour la partie plus remuante et rock du spectacle (Osez Joséphine, Vertiges de l’amour, Ma petite entreprise). L’ambiance générale, assez feutrée, a donc obligé le groupe et son inquiétant leader à sortir le grand jeu pour provoquer une réaction de spectateurs. Les deux guitaristes - Yan Péchin et Geoffrey Burton - ainsi que le bassiste Brad Scott se sont donc permis de profiter pleinement de la scénographie en prenant place sur la pyramide scénique, contrairement au premiers concerts où ils étaient restés figés à leurs places respectives.

Le public assiste alors à une sorte de danse incantatoire à quatre ajoutant encore à l’étrangeté et à la beauté d’un spectacle total. D’abord saisi par la beauté de l’interprétation de morceaux aussi troublants que Tel, Faites monter ou Mes bras, le spectateur se retrouve en effet pris dans le film de la vie d’Alain Bashung et Chloé Mons projeté sur deux écrans et sur la pyramide. Les images signées Dominique Gonzales-Foerster permettent de voir un homme et une femme - totalement déboussolés - marchant comme des morts vivants dans le désert, escaladant des montagnes ou évoluant sur le toit des maisons d’une cité lacustre. Grâce à la mer et au désert projetés sur la pyramide, le chanteur Bashung rejoint l’acteur Bashung dans les mêmes troublantes situations… Cette habile mise en scène donne encore plus de force à une voix évoquant par sa glaçante profondeur et son insondable noirceur un authentique vampire nicotiné.

Pour compléter ce tableau saisissant, le ténébreux et peu loquace interprète habite littéralement l’espace en se trémoussant névrotiquement comme Vince Taylor ou Lux Interiror. Il finira même par chuter (volontairement) et rester couché au sol pendant de longues secondes sur What’s in a bird, renforçant encore l’intensité dramatique de ces instants…
Après plus de deux heures, Bashung se fait amener son chapeau et sa veste - noirs tous les deux -, allume une cigarette, salue sobrement puis tourne les talons pour remonter dans son univers, dans un nuage de fumée...

L’imprudence artistique d’Alain Bashung a donné des idées à d’autres artistes désireux d’évoluer loin des formats préétablis de la chanson française ; Dominique A vient en effet de déclarer que son prochain album le verrait collaborer avec des gens ayant travaillé sur L’imprudence suivant une méthode de travail proche… Cette tournée devrait, elle-aussi, faire germer des idées dans le cerveau fertile d’une foule de créateurs.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 27/01/2004

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