15/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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With The Lights Out

Nirvana
Geffen / Universal - 2004

Nous passerons rapidement ici sur les longues et écœurantes tractations mercantiles ayant conduit à la publication tardive de ce coffret réservé aux fans du groupe de Kurt Cobain, Nirvana. Pourquoi gâcher son plaisir alors que cet objet - un peu sinistre au premier abord - recèle des trésors enfouis ? With the lights out comporte en effet 81 morceaux - dont 68 inédits ou versions rares - et un livret aussi instructif que soigné de 60 pages.

Sur le premier des trois CD et sur la première partie du DVD, on découvre avec émotion les débuts du Nirvana première mouture en répétitions ou en concert avec les prédécesseurs de Dave Grohl à la batterie. L’esprit est punk/hardcore, les riffs sont inspirés de Led Zeppelin ou Black Sabbath et l’atmosphère est furieusement violente. Pourtant, la face pop influencée par les Beatles affleure déjà avec des versions aussi excellentes que touchantes de Polly et About a girl datant de 1988. Kurt Cobain sait déjà écrire des morceaux qui marquent, il est déjà écorché vif et inquiétant : ses cris sont saisissants, ses plaintes vocales sont déchirantes et son attitude réservée et taciturne tranche avec celle des autres. A titre d’exemple, il chante avec son micro placé contre un mur, tournant complètement le dos à ses acolytes… Le très jeune musicien reprend déjà magistralement l’antique bluesman Leadbelly avec son projet monté avec Mark Lanegan, The Jury. Si l’on en croit les versions habitées de They hung him on a cross, Grey goose et Ain’t it a shame, le jeune Cobain ressentait dès ses débuts un blues existentiel évoqué dans nombre de ses chansons et résumé prémonitoirement dans le titre d’une face B parue en 1993 : I Hate myself and I want to die. Au chapitre des covers, si les deux reprises de Led Zep sont anecdotiques (mais le groupe n'en était alors qu'à ses prémices), celle du Velvet Underground - Here she comes now - témoigne de la fulgurante puissance se dégageant de chaque morceau joué par le trio originaire de Seattle.

Les deux disques suivants permettent de découvrir des versions « solo acoustique » tout simplement magiques. L’ombre du malheur et de la douleur plane sur Where did you sleep last night, All apologies et Pennyroyal tea. Grâce à ces morceaux et aux interprétations dépouillées et poignantes de Lithium, Sliver, Rape me, Been an son, You know you’re right (le bon single extrait du best of de 2003) et Do re mi (un superbe inédit datant de 1994), on a l’impression troublante que Kurt Cobain nous présente ses démos magistrales au coin du feu, rien que pour nous. Le son est parfois un peu limite mais la force qui se dégage de l’interprétation emporte tout sur son passage. Que les fans de grunge se rassurent, la rage est bel et bien présente également avec Aneurysm, un des meilleurs morceaux du groupe, Territorial pissings et Drain you, deux titres survoltés estampillés « Nirvana sound », ainsi que trois versions du plus grand hit du groupe, Smells like teen spirit : la version « propre » produite par Butch Vig et les premières interprétations du morceau en répét ou en public… Un document précieux. Comme la dernière chanson présente sur le DVD, une reprise presque insupportable au niveau émotionnel de Seasons in the sun, l’adaptation anglaise (traduite par Rod McKuen et un peu « adoucie » par Terry Jacks) du morceau Le Moribond signé Jacques Brel. En studio à Rio en 93, accompagné par Krist Novoselic à la guitare (approximative) et Dave Grohl à la basse, Kurt Cobain - à la batterie - chante d’une voix étranglée « Adieu mon ami, qu’il est dur de mourir quand tous les oiseaux chantent dans le ciel, maintenant que le printemps est là. » S’il est plus connu pour avoir hurlé des paroles volontairement contradictoires et absurdes dans ses morceaux punk ‘n pop, le leader de Nirvana aura donc également chanté toute sa vie des chansons de blues (électrifié ou non) aux paroles désespérées.


www.geffen.com
www.nirvanaclub.com
www.nirvana-music.com

chronique publiée le 04/01/2005


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