21/09/2019  |  5232 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 19/09/2019 à 14:39:42
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique disque
Hot Fuss

The Killers
Island Records / Universal - 2004

Sur le site mtv.com, on peut lire que les Killers se sont formés quand le chanteur Brandon Flowers, alors tout juste viré de son groupe de synth-pop, rencontra le guitariste Dave Keuning, fan d’Oasis. D’un côté les lignes de basse implacables et les synthés hypnotiques de New Order, de l’autre l’emphase et la puissance d’Oasis, avec Morrissey en haut patronage: concept imparable… En plus de ça, les Killers ont déniché le nom de groupe idéal, à la fois tranchant et glam, un nom qu’on imagine facilement porté par un de ces groupes fictifs figurant dans les films sur l’histoire du rock comme Velvet Goldmine. Avant de prendre forme dans la réalité, The Killers était ainsi le nom du groupe électrique et sexy qui jouait, sur fond d’écran digital aux lumières pop, dans le clip du génial Crystal de New Order. Une performance trop explosive pour rester à l’état virtuel : les américains Flowers et Keuning ont voulu devenir les Killers, ce groupe fantasmé qui jouait cette chanson faramineuse sur l’écran de MTV.

En quelque sorte, le groupe synthétise l’esprit de la scène rock actuelle, ultra-référencée et polarisée autour de quelques groupes comme les Smiths, New Order, Cure ou Gang of Four. Je tiens à préciser que, contrairement à certains, je pense que cette inspiration tirée du passé ne fait pas des groupes actuels de fades copies des anciens, loin de là: Radio 4 –excellent groupe-, Kings of Leon, The Libertines ou Bloc Party sont pour moi aussi bons que leurs modèles, et la scène actuelle constitue ce qui est arrivé de plus excitant à la pop depuis une éternité. On voit cependant apparaître les limites de cet ultra-référencement chez quelques groupes dont la sincérité ne semble pas la première qualité : par exemple chez les Strokes de Room on Fire (album vide) ou chez Interpol le temps d’un Antics cynique.

Pas de cela chez les Killers : Hot Fuss est éminemment racoleur et flirte ouvertement avec le mauvais goût, mais l’émotion et la finesse de chansons comme On Top ou Smile Like You Mean It viennent balayer tout soupçon de cynisme. Depuis combien de temps n’avait-on pas entendu d’aussi bonnes chansons anglaises ? Surtout, les Killers sont le premier groupe de la vague indie pop actuelle à proposer des hymnes qu’on imagine facilement repris en cœur dans les stades : ainsi l’outré Somebody Told Me, le triomphant All These Things That I’Ve Done, le tubesque Mr Brightside… Ils ont, contrairement à beaucoup de groupes actuels, de « grosses » chansons, taillées pour les foules. Porté par ces tubes, le groupe est en plein décollage, en Angleterre –où il est resté 1er des charts deux semaines de suite récemment- comme aux Etats-Unis –où il vient de dépasser le million d’album vendus-.

Bien sûr, comme chez U2, leurs idoles assumées, quand l’emphase va trop loin, tout l’édifice menace parfois de s’écrouler. Mais –comme chez U2-, les chansons sont presque toujours sauvées par une sincérité désarmante. Exemple symptomatique, le titre Indie Rock And Roll : mélodie grandiloquente, guitares en plomb, la chanson frôle parfois le ridicule, mais se transforme en hymne triomphant et touchant sous l’impulsion du groupe, ennemi bienvenu du second degré.

Les Killers sont à l’équilibre instable entre superficiel et profond : leur côté flambeur, comme chez Depeche Mode, est soutenu par des compositions impressionnantes. Ils jouent une musique dont les couches atmosphériques sont idéalement éclairées par une guitare colorée –en bleu-. Une pop à la fois souverainement détachée et très impliquée émotionnellement, comme New Order en fait depuis toujours. Ils savent mettre en valeur l’aspect intimiste d’une mélodie en lui appliquant un son grandiose, et savent inversement rendre touchante une mélodie grandiloquente en chantant des mots personnels ; ils ont ainsi tout compris des secrets appliqués par un groupe tel que U2 pour faire d’un stade un jardin. Le tout étant imprégné d’une façon très Manchester de faire sonner la mélancolie de manière grandiose, de transformer au cours d’un morceau un élément mélancolique en affirmation implacable, trait de caractère au cœur de la musique de Morrissey, New Order ou Oasis.

Merci donc aux Killers de piller la boutique 80’s sans dire bonjour, de piquer le son de guitare que The Edge avait pris à Public Image Limited, de provoquer New Order avec un humour très anglais, en prétendant que le groupe avait écarté de son prochain album certains titres qui sonnaient « trop Killers » -New Order a élégamment répondu en dédiant lors des NME Awards la chanson Crystal « aux Killers »-. Dans une interview, les Killers se moquaient de ces groupes indépendants cramponnés à leur statut indé: « ils rêvent tous de signer sur une major » . On souhaite aux Killers, groupe arrogant qui a les moyens de son ambition, de continuer à évoluer sur le fil, entre flambe gratuite et compositions étourdissantes.


www.thekillers.co.uk

chronique publiée le 23/02/2005


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire