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BOF L'annulaire

Beth Gibbons
un film réalisé par Diane Bertrand - 8 juin 2005

Au cinéma, l’apport de la musique est devenu un outil indispensable pour manipuler l'outrecuidance de notre système limbique.
Combien sommes-nous à rester jusqu’à la fin des génériques pour connaître ou/et identifier les musiques et à nous précipiter après la projection vers notre discothèque pour y retrouver le joyau qui s’est si bien marié avec les différentes scènes du film ?
Si je suis allé voir ce film, ce n’est pas pour aller au cinéma, mais pour écouter la musique de Beth Gibbons sans ses acolytes de toujours, Geoff Barrow et Adrian Utley, aka Portishead.
On connaissait la propension de leur musique à déclencher une mélancolie maladive et à suggérer des images, mais prendre à bout de bras la création d’un univers sonore pour accompagner l’univers fantastico-poétique du film de Diane Bertrand pouvait s’avérer être une entreprise périlleuse.
Sans le support du disque, c’est ma mémoire émotionnelle auditive qui a défié la logique de compréhension du film. Même si l’aspect narratif et visuel l’emportait sur l’écoute de la musique, ma volonté d’écouter comment Beth se débrouillait avec les images était irrémédiable ; car c’était la première fois qu’elle composait pour le cinéma.
Les 2 seules chansons chantées par Beth sont magnifiques ; la première, Show, a été extraite de son premier album solo Out Of Season, et la seconde, Lonely Carrousel, est incroyable car elle chante comme obsédée par le fantôme de Billie Holiday ; la voix est étrangement rauque, rugueuse et organique, tandis qu’un accordéon résonne dans son écho, pour une mélodie de cabaret digne de Kurt Weill.
Les autres instrumentaux multiplient les effets de styles, down-tempo sombre, piano « impressioniste » à la Debussy ou Erik Satie ; épousant avec beaucoup d’harmonie la silhouette évanescente de l’actrice/mannequin Olga Kurylenko dont la beauté et la candeur riment avec fragilité et onirisme.
La photographie d’Alain Duplantier (photographe entre autre de Noir Désir au milieu de années 90), qui s’autorise des clair-obscur dans l’univers urbain du Port de Hambourg, colle parfaitement avec le « score » de Beth Gibbons dont les 2 chansons phares résonnent comme un leitmotiv indicible.
De ce film je ne retiendrai que la grâce et la sensualité d’Olga dans les docks ou dans ses ébats amoureux, qui, accompagnés par la musique très réussie de Beth Gibbons, donnent à plusieurs reprises de beaux moments de rêverie poétique.
Un rêve à moitié réussi car l’ensemble du film, à l’ambiance très « Lynchienne » ne tient pas toute ses promesses ; mais n’hésitez pas à vous laisser bercer par la musique de Beth Gibbons et à succomber au charme envoûtant du visage d'Olga Kurylenko.


www.bethgibbons.com

chronique publiée le 01/06/2005


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