22/09/2019  |  5233 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 21/09/2019 à 11:27:25
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Come And Get These Memories / Heat Wave

Martha Reeves & The Vandellas
Motown - 2002

2002. J’ai quatorze ans et j’entends Leader Of The Pack des Shangri-la’s pour la première fois de ma vie, ça fait des étincelles et j’en danse debout sur la cuvette des toilettes – à ce jour encore, walkman sur les oreilles au fond d’un bar s’il le faut. Même que je connais les paroles par cœur en quelques semaines. J’aime bien aussi Diana Ross, Aretha Franklin, tout ça. Là-dedans, un des titres qui me marque le plus - alors que j’engloutis ma seconde tablette de milka de l’après-midi parce que j’ai trop de boutons et pas assez de seins pour plaire à un garçon – c’est Nowhere to Run par Martha Reeves et cette année-là, Motown réédite tout Martha & The Vandellas en doubles 4CDs soit huit albums et de grosses poignées d’inédits et ça je n’en sais rien.

1963. Les fesses rebondies, la peau caramel au chocolat, la robe en satin bouffante et décolletée dans le dos, Martha et ses Vandellas jettent un regard derrière leurs épaules, sourient et tendent les bras vers le ciel. Derrière elles, les flammes de la fougue de l’amoureuse teenage bitchy et sucrée, tellement chaude et imposante de My Boyfriend’s Back, dans une version incroyablement plus sexy que celle des Shangri la’s. Quand Jimmy lui tient la main, qu’il l’appelle par son petit nom, sa jupe bouillonne et elle demande à l’ours en peluche qu’il lui a offerte à la fête foraine si « ça veut dire que le diable est entré en moi / où c’est juste comme ça que ça se passe dans la vie ? » et le serre contre son - soutient gorge en coton à très pales motifs en forme de - cœur. Et puis Jimmy se lasse alors et elle lui rend ses disques, ses lettres d’amour mais elle est tellement jolie dans sa robe jaune qu’il suffira d’un battement de cil maîtrisé par les conseils Revlon de Betty Weiss à la radio pour qu’il comprenne qu’il n’est pas simplement revenu chercher l’ours de la fête foraine. Reine du lycée, elle explique ensuite au lonely boy, que s’il n’est pas très beau, il n’en est pas moins chaud. Puis viennent au lycée de nouvelles minettes, qui tournent autour de ses acquis et la voilà qui gagne peur et dignité sur fond chocolat motown ("I'll have to let him go").

1973. « Mean Streets », Martin Scorsese. Harvey Keitel tabasse ses copains qui cognent sur Robert de Niro parce qu’il a parlé de leurs mères dans le sous-sol d’un bar New Yorkais mal famé. Ils se poussent sur les tables de billards, et peu à peu, la musique du juke-box monte et bientôt on n’entend plus qu’elle. Elle monte à son maximum, les boules de billards fusent et Martha et ses Vandellas chantent Please M. Post man, l’histoire de cette fille qui pleure devant sa boîte aux lettres et qui serait prête à soulever sa jupe pour avoir des nouvelles de Jimmy Mack. Le rythme est parfait, les rimes idylliques et De Niro risque fort de saigner du nez.

2005. Trois ans pour découvrir cette merveille amplifiée et mettre au placard la vulgaire compilation qui servait de base. Trois ans pour avoir 2 fois moins d’acné et 4 fois plus d’angoisse. Trois semaines pour recevoir la fameuse commande en occasion du Canada, mettre Ann Peebles en standby et détruire - avec une efficacité sidérante à faire passer Tamla Motown pour un nom de stupéfiant - toute tentative d’extinction dominicale, sauvée par les vagues d’absolu de 2 minutes 30 de Martha, Rosaline et Annette, trois anges dans l’enfer des cœurs brisés, des culottes trempées et des hauts talons cassés.


www.motown.com


chronique publiée le 12/09/2005


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