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Down in Albion

Baby Shambles
Rough Trade - 14 novembre 2005

Putain de nostalgie quand elle frappe si tôt. Le cadavre encore exquis, les Libertines suscitent déjà les souvenirs émus et les regrets éternels. Avec Pete Doherty et Carl Barât, le rock redevenait enfin décadent, romantique, sexy, irresponsable, naïf et scandaleux. Cela ne pouvait pas s’éterniser. Trois ans, juste le temps de cracher à notre gueule Up The Bracket et The Libertines, sans doute ce qui est arrivé de mieux à cette décennie. L’épopée des Libertines se lit comme une histoire d’amour qui se consume. Dans un roman, Poppy Z. Brite imaginait l’histoire des Beatles si jamais John et Paul étaient amoureux l’un de l’autre. Entre Doherty et Barât, la réalité n’aurait pas été si éloignée du roman. Can’t stand me now n’est jamais que l’acte de divorce du couple.
Après, il faut refaire sa vie ailleurs tant bien que mal. Doherty a opté pour la seconde option. Sauveur punk transformé en chair à tabloïd, il incarne pour le brave citoyen l’âme damnée de la très innocente Kate Moss. Il faut avouer qu’il ne fait rien pour arranger les choses. Arrestations récurrentes, tabassage de photographe, combines de petit camé et pire encore, duo en Mondovision avec cette vieille folle d’Elton John… Pete, tu n’aides pas beaucoup tes défenseurs ! 

Mais voilà, le garçon a cette qualité rare qui s’appelle la grâce. Une denrée qu’il utilise avec parcimonie sur le premier album de ses Baby Shambles. Vu le mode de vie de son concepteur, le bébé n’a pu être arraché qu'aux forceps. Fatalement, le nouveau-né porte les stigmates de tous ces mois de maltraitances. Down in Albion est un album malingre comparé à ses deux demi-frères, qui lui ressortiront toujours lors des dîners de famille des brûlots punk définitifs comme Time For Heroes ou What Became of The Likely Lads. Pourtant, ce canard boiteux force l’affection avec ses quelques réussites, ses glorieux plantages, ses tubes un peu pute et ses anecdotiques.
Une première virée solo (ou presque) qui passe de la coke à l’âne entre comptine kinksienne (What Katy Did Next), reggae dépressif et dépouillé (Pentoville, chanté par un camarade de cellule de Doherty), gros sabots confortables (Fuck Forever) et duo sulfureux sur le fil du rasoir (La Belle et la Bête avec Kate Moss). Il y avait bien Killamangiro (Tuer un homme pour son chèque chômage) digne de tutoyer les sommets passés, mais la nouvelle version gâche un peu tout. Il reste alors des bons morceaux pour lesquels s’étriperaient la horde des suiveurs (The Paddingtons, The Others, Louis XIV…) et la voix de Doherty, qui reste à part, même quand elle braille.

On attend plus. Mais de la part d’un type qui soutient ces bras-cassés de Queens Park Rangers, et signe avec son dealer la chanson d’amour ultime (For Lovers), il sera accordé une bonne dose de patience et d’espoir.

A lire également, les chroniques des concerts de Baby Shambles à Saint-Cloud (août 2005) et Bristol (octobre 2005).


www.babyshambles.net

chronique publiée le 16/11/2005


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