29/03/2020  |  5333 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 28/03/2020 à 15:36:48
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Robots après tout

Katerine
Barclay / Universal - octobre 2005

« Bonne année pov’conne ! Bonne année pov’con ! » Qui n’a pas un jour eu envie d’ajouter une petite touche grossière à la traditionnelle litanie des voeux, une habitude aussi hypocrite qu’ennuyeuse ? Oui, tout le monde aimerait oser cela le 1er janvier de chaque nouvelle année, mais personne ne le fait… sauf Katerine dans son savoureux et vengeur morceau Patati patata !.

Jeune homme à mèche se présentant en short moule burnes/sous pull rose entouré de jeunes femmes blondes à fortes poitrines sur la pochette de Robots après tout, Philippe Katerine ne respecte rien ; il est cynique, il est méchant, il est arrogant, il est impertinent, il est maniaque, il est obsédé par le sexe et les chiffres... Il est surtout extrêmement drôle et notoirement audacieux. Et ça tranche dans notre beau pays ! Car ce n’est pas exactement la bonne méthode pour vendre des disques par palettes entières… Certains ont, eux, bien compris comment il fallait faire : avoir un belle gueule, tirer sur la corde sensible (Pourquoi es-tu partie ? Et avec mon enfant, en plus ? snif, snif.), parler de ses fêlures et chanter pour les femmes – qui sont l’avenir de l’homme, c’est bien connu, enfin sauf la nouvelle présidente du MEDEF, cela va de soi – et se rebeller de manière consensuelle. En résumé, Cali, a tout bon, ou presque : il est riche, certes, mais il nous exaspère chaque jour un peu plus quand on a le malheur (C’est quand le bonheur ? Plus tard, plus tard… ) de tomber sur ses « œuvres » à la radio ou à la télé.

Au premier abord, Katerine a, lui aussi, tout pour énerver : il est signé chez Barclay/Universal, son disque a été réalisé par l'excellent Gonzales et par Renaud Létang, comme ceux de toute la variété française voulant séduire le jeune branché, il a écrit une chanson anti Le Pen – comme tous les rebelles à la petite semaine –, sa compagne est l’ultra sexy Helena Noguerra – et en plus elle vient pousser sensuellement la chansonnette sur un morceau – et il passe à la radio avec ses tubes Louxor j’adore et 100% V.I.P. (dont la musique est composée par le trop méconnu Pierre Bondu). Mais voilà, il y a un hic : ce gars détestable a un talent inouï pour tout dynamiter de l’intérieur, et dans de grands éclats de rires (jaunes), ce qui est assez classe, non ? Jugez plutôt : en pleine période psyché pop/folk et rock ‘n roll, son disque sonne électro kitsch minimaliste (l'instrument principal est la groovebox et certains titres sont quasiment a capella), ses tubes radiophoniques sont d’une drôlerie pas entendue depuis son Je vous emmerde (c’est dire), sa chanson sur Marine Le Pen est aussi humoristique que terrifiante et les textes de la plupart de ses chansons sont plus osés que ceux de bien des disques dits underground.

Cet homme est dramatiquement borderline, et semble tout faire pour le rester, ce qui nous réjouit, bien évidemment. Pour enfoncer le clou, et dérouter encore plus, le vilain petit canard de la chanson française a décidé de prendre le contre-pied sur scène des sonorités électroniques présentes sur son disque ; acoquiné avec les ex Little Rabbits, plutôt doués eux aussi pour pisser joyeusement sur le politiquement correct, il délivre un set diaboliquement rock. Si Katerine en a parfois marre de lui et particulièrement de sa bouche qui dit « Bonne année pov’conne ! Bonne année pov’con ! », de son nez, de ses mains, de son ventre, de ses poils et de ses couilles qui le suivent partout où il va, ses facéties n’ont aucune chance de nous lasser cette année encore.


Sites Internet : www.katerine-website.com, www.katerine.net.


chronique publiée le 01/01/2006


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