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Ringleader of the Tormentors

Morrissey
Attack / Sanctuary - 2006

Freud écrivait "Quiconque libérera l'humanité du poids de la sexualité sera accueilli en héros." Pour toute une génération de puceaux longue durée, le libérateur s'appelait Stephen Patrick Morrissey. L'imparfait s'impose, car le Pape star de l'abstinence vient de virer sa cutie. Morrissey aurait succombé à l'appel de la chair. "Je n’ai rien pénétré, et rien ne m’a pénétré, jusqu’à ce que tu viennes, avec ta clef", voilà en substance l'essentiel de son huitième album post-Smiths. L'autiste mancunien qui faisait mumuse avec des jonquilles a définitivement laissé place à un crooner apaisé par sa nouvelle ville d'adoption, Rome. Ringardisé dans les années 90, réhabilité par la nouvelle génération (Libertines, Ordinary Boys...), le Moz se paye aujourd'hui le luxe de squatter le sommet des charts anglais avec ce Ringleader of the Tormentors.

Et les chansons dans tout ça ? La pochette laisserait présager une ouverture sur des envolées de violons grabataires chères à l'Hollandais gonflant, André Rieu. Fausse piste heureusement. I Will See You In A Far Of Face en ouverture déroute par ses penchants arabisants où Morrissey drague avec classe Natacha Atlas. Dear God Please Help Me (orchestré par un Ennio Morricone passé en voisin), et le solide single You Have Killed Me prolongent cette ouverture réussie. Avec le mythique Tony Visconti (Bowie, T-Rex) aux manettes, la production rutile, le moindre arrangement a droit à son coup de chiffon comme sur le crépusculaire Life Is A Pigesty. Du travail de pro donc, mais si vous préférez les productions plus borderline de Steve Albini ou Mick Jones, l'odeur du neuf risque de vous rebuter.

Sans grosse tâche de goût - adieu le rockabilly moisi - Ringleader of the Tormentors finit parfois par ronronner. Pourtant, Morrissey chante comme jamais, sa voix ne vieillit pas. Au contraire elle prend du corps avec l'âge, à ce rythme un album de reprises de Frank Sinatra est envisageable. Mais il n'y peut rien si la puissance dévastatrice d'un How Soon Is Now rôde à jamais. Si la guitare cristalline de Johnny Marr grésille toujours dans nos têtes. Aujourd'hui, Morrissey clame son bonheur. Impossible de lui en vouloir, sans lui l'adolescence aurait été un chemin de croix encore plus pénible.

Morrissey est un mythe. Un mythe qui nous offre des albums dignes, c'est déjà beau.

A lire également, la chronique de son précédent album, you are the Quarry, sorti en 2004.


www.morrisseymusic.com
www.true-to-you.net
www.myspace.com/morrissey

chronique publiée le 11/04/2006


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