15/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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Ten New Messages

The Rakes
V2 Music - 2007

Je le craignais un peu, ce nouvel album des Rakes ; peur de regretter le second coup, de ne plus comprendre ce que l’on fabrique encore ensemble. On change en deux ans. Le rock anglais, lui, a pris un sale coup de vieux à mesure qu’il tombait en adolescence. Les Rakes en 2005, c’était quoi ? Le dernier avatar arty du rock briton : punk par son économie, dandy dans la forme, un détournement des codes brit-pop et post-punk orchestré par des petits malins. L’adrénaline d’une grosse poignée de singles finissait par décapsuler le sceptique sur la part de calcul. Et puis, ils avaient des têtes qui revenaient bien, ces Londoniens, un chanteur thésard en biologie, un humour détaché et des textes que l’on devinait décrire nos vies de jeunes urbains entre avenir en pointillés et l’ordinaire des soirées. Vaguement intello, réellement jouissif, je les aimais et les défendais.
Le nouveau ne déçoit pas. Le crash du deuxième album est évité. L’excitation se dissout juste au passage dans le travail bien fait. Une impression pas sans rappeler celle laissée par le bis de Franz Ferdinand. Par rapport à son prédécesseur Capture/Release, Ten New Messages se veut moins saccadé, plus ample dans sa production. Adaptation darwinienne au milieu, les oisillons ont pris des épaules. Le premier single We danced together assure le coup, l’urgence d’un Strasbourg se mue en une rythmique plus calibrée. Après l’ivresse de la rencontre, place à la tristesse post-coïtale de Little Superstitions, sans doute le moment de grâce de l’album. Trouble garde le cap des guitares épileptiques, joue sur le gros refrain. Les Rakes gardent le cap sur l’axe Buzzcocks/Devo/Gang Of Four. Chez ces garçons, on ne pompe pas, leur guitariste et théoricien Matthew Swinneton organise le tri sélectif. Peu de déchets, et parfois des trouvailles comme l’hypnotisant The world was a mess but his hair was perfect ou le drôle d’attelage qu’est Suspicious Eyes : un featuring rap en hommage aux Soup Dragons croise un chœur féminin emprunté aux Vaselines.
Leur chanteur Alan Donohoe éructe plus qu’à moitié, l’urgence s’est dissipée. Il ne chante pas vraiment et préfère déployer un phrasé oxfordien saisi de spasmes ponctuels. Candidat naturel à la succession de Jarvis Cocker, Donohoe traverse le grand barnum rock, en se pinçant le nez. Il s’y encanaille. L’ironie toujours sous-jacente, il décharge son surplus de frustrations et de bonnes manières. Il ne fait pas le même métier que Liam Gallagher. L’un vit dans les pages people du Sun, l’autre lit le Guardian. Quand on lui demande ce qu’évoque le disque, Donohoe cite la série 24, la musique de James Bond, des poètes de la Première guerre mondiale et les Sugababes. Réponse de dandy, conscient de faire lui-même partie de ce mélange des genres.


www.therakes.co.uk
www.myspace.com/therakes

chronique publiée le 26/03/2007


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