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Multiple Otomo

Otomo Yoshihide
Asphodel Records - mars 2007

Ebouriffant, dérangeant, impressionnant, bruitiste, avant-gardiste, déconcertant... Autant d’adjectifs servant à décrire la dernière production de l’artiste japonais Otomo Yoshihide.

Artiste expérimental par excellence, Otomo Yoshihide a véritablement commencé sa carrière musicale dans les année 90 avec Ground Zero, groupe noise rock où Otomo fit ses premières armes en tant que guitariste free. Après de multiples expérimentations, Otomo forma deux groupes d’improvisations électroniques : Filament et I.S.O. Ce fut à cette époque que le compositeur japonais commença à délaisser les distorsions dithyrambiques de sa guitare et l’usage du sampleur pour s’attaquer directement aux platines vinyle. En parallèle de ses activités au sein de ces deux groupes, Otomo a également créé le New Jazz Ensemble et composé avec les plus grands artistes de la scène expérimentale mondiale : Christian Marclay, Nobukazu Takemura, Bill Laswell, John Zorn etc... En tout, il a produit ou collaboré à plus d’une centaine de disques !

Sa dernière sortie se compose de deux volets : The Monochrome, disque audio et Multiple Otomo Project, un DVD. Le premier volet est un disque audio de dix-huit plages construites, en partie, à partir de bruits générés aléatoirement par la radio. Un travail expérimental poussé à l’extrême qui déstabilise fortement à la première écoute où l’oreille ne perçoit que le côté bruitiste du disque. Les bouts d’écoutes aidant, on s’aperçoit que le travail du compositeur japonais s’avère plus cohérent qu’il n’y parait. Certes les sonorités sont parfois dérangeantes, stridentes, mais s’en dégage une certaine beauté, bruitiste certes, mais non dénuée de tout sens et de toute logique comme Otomo le dit lui-même : "Je n’ai absolument pas l’intention de faire de la musique pour que la société de consommation puisse l’utiliser pour sa propagande".

Le second projet est l’addition de trente pièces réalisées par Masako Tanaka, Tim Digulla et Michelle Silva. Trente segments pour autant d’expérimentations tant visuelles qu’auditives. Les images aidant, ce projet se relève moins abscons que le précèdent. On y voit en effet tout le travail du compositeur japonais, entre pièces pour guitares électriques improvisées et compositions pour platines. Ce sont d’ailleurs ces dernières qui sidèrent le plus. Utilisant les platines comme un véritable instrument, Otomo joue avec les sonorités, les distorsions, les vinyles frappés, brisés, cassés, rayés, mis en boucles, scratchés, brûlés et les différentes installations préparées : utilisation de papier aluminium comme sillon, d’élastiques tendus entre la table de mixage et les platines, de baguettes de fer jouant en duels, de cymbales amplifiées sur le saphir etc... Une palette stupéfiante d’expérimentations en tous genres qui est relayée ici par des images parfaitement en phase. Utilisation de caméras numériques, gros plans, plans scindés, multi-plans, mise en boucle, brouillages visuels, montages frénétiques, tout est là encore sujet à divers expériences grandement réussies et surtout parfaitement en phase avec la musique du Japonais. Tant et si bien que l’on en ressort épuisé, éprouvé, lessivé mais sidéré par cette alchimie hors normes, à la limite de l’extrême mais ô combien fascinante.

Au final, le dernier projet d’Otomo Yoshihide s’avère d’une incroyable densité, un magma sonore en perpétuelle ébullition qui a le courage de s’affranchir de tout pour recréer un maelstrom de sonorités hors du commun. Un très grand projet (surtout pour sa partie audiovisuelle) pour l’un des plus grands compositeurs expérimentaux japonais.


www.japanimprov.com/yotomo/
www.asphodel.com

chronique publiée le 02/05/2007


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