17/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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100th Window

Massive Attack
Virgin - 2003

A accouchement difficile, résultat forcément décevant.
Cet axiome, maintes et maintes fois répété dans la frétillante histoire de la musique, parfois contredit (le dernier Peter Gabriel en est le parfait exemple), démontre-t-il toute sa justesse dans le cas de 100th Window, ce disque attendu comme le messie depuis cinq ans ?

La première écoute déçoit : non pas tant par sa prodigieuse ouverture, Future Proof, qui reprend les choses là où Mezzanine les avait laissées, que par la litanie monotone des morceaux qui diablement s’enchaînent, sans que l’on ne remarque pourtant la moindre aspérité dans ce capharnaüm sourd et glacial.
Les intervenants de choix ont beau se succéder - Sinead O’Connor, le fidèle Horace Andy -, rien ne donne au premier abord envie de vraiment s’immiscer dans cette périlleuse et étouffante bande-son.
Les morceaux s’étirent au-delà du raisonnable (7-8 minutes en moyenne) et l’on a le terrible ressentiment de recouvrer les travers d’une Björk, auteure il y a 2 ans d’un Vespertine si monocorde.

Pourtant, à chaque nouvelle écoute, les structures incroyablement complexes des morceaux se révèlent à un auditeur, que 3D, en pervers maître de cérémonie, se fait sans doute un malin plaisir, à la manière d’un David Lynch, à embarquer dans de nombreuses fausses pistes.

Finalement, de ce déroulement hypnotique de dubs froids et exigeants, on ne recalera à l’heure des comptes que What Your Sing Souls, interprétée par l’incorrigible diva irlandaise, bien trop proche du son des mythiques sessions Blue Lines.
On regrettera également la discrétion de Horace Andy, qui, sur seulement 2 morceaux, Everywhen et Name Taken, enfonce littéralement les pauvrettes incantations de Sinead O’Connor, assez éprouvante et bien loin de la classe folle d’une Liz Frazer.
Le chanteur jamaïcain aurait d’ailleurs pu être un interprète convaincant de la plupart des titres davantage déclamés que véritablement chantés par un 3D assez faiblard vocalement : ce n’est pas le Tricky 'Kid', parti depuis longtemps vers d’autres cieux, qui prétendrait le contraire !

A l’heure où les canons semblent bientôt vouloir tonner dans le pays du Raïs, on ne s’empêchera pas de voir dans les multiples arrangements arabisants présents sur l’album un salutaire pied de nez à une Amérique vindicative, régulièrement combattue par Robert '3D' Del Naja, tête pensante et unique rescapé à ce jour du groupe de Bristol.

Un engagement courageux, à l’heure de la disparition récente du grand protestataire Joe Strummer, dont tous les gandins de la « new rock revolution », plus préoccupés par leur implantation capillaire ou la profondeur de leur portefeuille, feraient bien de s’inspirer un jour…


www.massiveattack.com


chronique publiée le 20/01/2003


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