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Festival de Sédières - samedi 24 juillet

2004

Alain Bashung, Red, Jim Yamouridis

Sédières (19) (France)

du : 21
au : 27 juillet
Pouvoir assister à des concerts intimistes d’artistes qui se produisent habituellement dans de grandes salles impersonnelles est un des luxes que peuvent se permettre les festivaliers présents à Sédières... La capacité de la superbe salle de spectacle est limitée à 500 places pour permettre un confort optimal même si le concert est complet, comme c’était le cas pour le concert d’Alain Bashung, le samedi 24 juillet.

C’est à Jim Yamouridis - un songwriter australien d’origine grecque vivant à Brioude (tout est vrai !) - qu’incombe la lourde tache de lancer la soirée, en solo guitare/voix qui plus est. Malgré cette pression, le ténébreux musicien a fait forte impression, comme lors de sa première partie de Belle & Sebastian à la Coopérative de Mai. Sa voix grave, pénétrante et gorgée de spleen se pose sur des arpèges de guitare aussi sobres que déchirants... Si on pense très fort à Leonard Cohen et à Nick Cave en écoutant Dimitrios, l’homme sait ce qu’il veut et semble parti pour enregistrer un album bouleversant.

Olivier Lambin alias Red est, lui, plutôt orienté vers l’infernal triptyque Johnny Cash/Tom Waits/Will Oldham... Son physique évoque tour à tour un Lénine revenu d’entre les morts ou le diable en personne. Alors que son nouvel album enregistré avec « son ami Will Oldham » est en cours de mixage à New-York, Red a choisi de se la jouer blues/folk en solo, confirmant ainsi son caractère versatile et imprévisible. Les concerts de ce franc tireur armé pour l’occasion d’une guitare électrique (puis acoustique) et d’un bottleneck ne sont en effet jamais semblables aux précédents, une qualité de plus en plus rare de nos jours... Le public de Sédières a donc pu assister en exclusivité (ou presque) a un set parsemé de nouveaux morceaux captivants et de reprises habitées (Will Oldham). Red a ainsi pu déstructurer sa musique et aller gratter jusqu’à l’os le blues dissonant qui le passionne tant. Abasourdi par ses morceaux bruts de décoffrage et violement hachés , on remarque également des talents de showman, de pitre et de provocateur né... Après un vibrant hommage à Serge Reggianni (« le plus grand des rocknrollers pour moi »), Red se réjouit carrément de la mort de Sacha Distel, se lance dans le traditionnel discours sur la « première dame de France » (« Elle est pas là Bernadette ? J’ai quelques pièces jaunes... pour son château ! ») puis il enfile des lunettes de soleil très « Las Vegas » pour jouer brillamment avec le fantôme du King, Elvis Presley. Brillant !

Un adjectif qui décrit parfaitement la prestation d’Alain Bashung à Sédières... Le concert d’1 h 30 de la tête d’affiche 2004 du festival a tenu toutes ses promesses... et le cadre magique a fait le reste. Quel contraste en effet avec le concert donné juste avant le désormais peu recommandable Bénabar au Printemps de Bourges 2004 ! Malgré la qualité du spectacle, le gigantisme et le côté froid du grand chapiteau avaient fait regretter une salle plus adaptée, comme la Coopérative de Mai, l’Opéra de Vichy ou ... la Grange de Sédières. En Corrèze, la configuration club (sans écrans géants ni pyramide) conduisent Bashung et son groupe à se passer des remarquables projections de Dominique Gonzalèz Foerster, cela permet de constater que le spectacle 2004 tient la route, même sans visuels... Resserré autour de l’essentiel - des chansons époustouflantes, une (très grande) voix et des musiciens hors pairs -, le spectacle captive une fois encore : Bashung nous a fait monter une nouvelle fois dans son univers... De Tel à Madame rêve en passant par La nuit je mens, Angora (en solo), Faisons envie (en duo brûlant avec Chloé Mons) ou Aucun express, la set list ne laissera pas une seconde de « répit » au public, complètement sous le charme de ce très grand monsieur de la chanson française. Serge Gainsbourg n’est plus très loin...

A lire également : une interview de Red en 2002.


alainbashung.artistes.universalmusic.fr/


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 01/08/2004

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