23/07/2017  |  4846 chroniques, 161 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/07/2017 à 10:37:08
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La route du rock

2004

dEUS, TV On The Radio, Air, Girls In Hawaii, Blues Explosion, LCD Soundsystem, Blonde Redhead, Peaches, Dionysos...

Fort de Saint-Père (Saint-Malo) (France)

du : 13 août
au : 17 août 2004
Que d’eau, que d’eau !
Malgré l’excellence de sa programmation, il y a de très fortes chances que la quatorzième édition de la route du rock reste avant tout dans les mémoires pour l’incroyable intensité du déluge dominical. A l’instar de 2002, édition marquée, elle, par la mini-tempête du vendredi.
Tant qu’à faire, peut-être vaut-il mieux un tel cataclysme en clôture qu’en ouverture ? Voire…
Toujours est-il que les conducteurs embourbés dans le champ faisant office de parking, les campeurs innondés, les festivaliers douchés se souviendront longtemps de cet orage dévastateur, achevant prématurément la performance des new-yorkais de Blonde Redhead, magnifiques dans l’adversité ce dimanche soir.
La robe jaune canari de Kazu, détrempée, flottant au vent, restera ainsi comme l’une des images fortes de cette édition.


Kazu - Blonde Redhead

Comme celle, d’ailleurs, de Camille, vocaliste de choix au sein de Nouvelle Vague, partie faire trempette toute habillée, par un bel après-midi ensoleillé (le samedi), en plein milieu du set de la formation donné sur la Plage de l’Eventail, et reprenant, après un bon petit sprint (marée basse oblige), comme si de rien n’était, quoique dégoulinante, le fil la chanson Too drunk to fuck, des Dead Kennedys.
Initiée le vendredi par le duo folk du moment, CocoRosie, rejoint en toute fin par Devendra Banhart, et conclue par les Troublemakers, retour sur l'édition 2004 de la route du rock.

vendredi 13 août :

Now It’s Overhead, après la mise en bouche citadine de l’après-midi (CocoRosie, donc, et Velma, un duo suisse relativement farfelu), a le rude privilège d’ouvrir les débats au Fort de Saint-Père.
A dire vrai, on a un peu de mal à comprendre les incessants louanges émanant de Bernard Lenoir, « l’illustre » conseiller à la programmation officieux de la manifestation malouine.
Après leur performance, on peut en effet douter de les voir remplacer un jour R.E.M. dans le cœur des habitants d’Athens (Ohio / Etats-Unis), d’où est également originaire la bande de Michael Stipe. Pas vraiment mauvais, mais facilement dispensable, dans un registre pop/rock où les groupes bien plus intéressants sont légion.

The Beta Band, qui leur fait suite, ne fait guère plus impression, même si on sent que le fait d’avoir annoncé leur split il y a quelques jours les a soulagés.
A contrario de leur concert parisien donné en mai, les tensions ne sont plus trop perceptibles, et c’est tant mieux, même si le groupe a perdu énormément de sa folie et extravagance scéniques d’antan. Un « Au revoir », en français dans le texte, conclut la performance, après un Broke explicite (« You won't cry for me »). Un « Au revoir », à défaut d'« Adieu », dû à une maîtrise insuffisante de la langue de Voltaire ? (dernière date française avant séparation)


The Kills

Succédant à des Kills anecdotiques (intéressants 5 minutes, l’espace, peu ou prou, de 2 morceaux; leur formule rock'n'roll minimaliste tournant un peu en rond), la bande de Tom Barman, le leader de dEUS, l'une des têtes d'affiche du week-end, semble accuser le poids des années. Le chanteur admet même, lors de la conférence de presse, avoir un mal certain à jouer les titres les plus explosifs de son répertoire (Everybody’s weird, par exemple, qu’ils n’arrivent plus à reproduire).
Bref, malgré un départ sur les chapeaux de roue (Theme from Turnpike / Instant Street), la performance est plus ronronnante qu’autre chose, même si For The Roses, notamment, vient rehausser l’intensité d’une set-list qui privilégie les titres mid-tempo.
Les nouveaux morceaux qui y sont inclus, au nombre de quatre, dont un achevé l’après-midi même, en rapport manifestement avec la route du rock, laissent même planer quelques doutes sur la qualité de la galette en cours d’enregistrement. Très décevant de la part d’un tel groupe…

LCD Soundsystem réveillera quelque peu les festivaliers : même si James Murphy, le génial producteur qui chapeaute la formation (le son The Rapture, Radio 4, c’est lui), chante un peu comme une patate, le live fonctionne mieux que bien, et les boucles électroniques explosives, les lignes de basse démoniaques agrémentées par des percussions déchaînées sauront faire se remuer la maigre assemblée (sur les 5500 spectateurs du vendredi, une grande partie aura quitté le Fort après dEUS), notamment sur la fin, à l’occasion du redoutable enchaînement Losing my edge / Yeah.

RJD2, qui conclut, surveille, à l’instar d’un grand chef, ses galettes vinyliques comme le lait sur le feu. Le voir courir sans cesse entre son bac de disques et les quatre platines disposées sur une vaste table est un spectacle ahurissant, d’autant plus quand on s’aperçoit qu’il n’est même pas muni d’un casque !
Cale-t-il ses disques seulement en fonction des sillons, y’a-t-il des marques disposées sur les faces ?
Quoiqu’il en soit, la démonstration est époustouflante, même si le bonhomme met un certain temps à trouver la ligne musicale appropriée : les deux dernières jams seront en effet bien plus convaincantes que la première. Techniquement au top, même si l’artistique est parfois à revoir !

samedi 14 août :

Le lendemain, on arrive sur le Fort après un après-midi tranquille passé sur la plage, bercé par les doux timbres de Camille et Mélanie (Nouvelle Vague), alors que le chanteur de Flotation Toy Warning, un habitué semble-t-il des églises (son groupe, signé sur l’excellent label bordelais Talitres y aurait joué à quelques reprises !) vocalise étonnamment, comme s'il entonnait un cantique.
Si les morceaux évoquent régulièrement Mercury Rev ou les Flaming Lips, on n’est pas vraiment séduit par une formation visiblement très impressionnée de jouer sur une si vaste scène. A revoir dans d’autres conditions, après quelques dates de rodage.

La prestation électro-pop de Lali Puna, l’un des fers de lance du label Morr Music, si elle est très pro, manque un peu de magie, et ce n’est pas la beauté de Valerie Trebeljahr ou sa jolie robe rose bonbon qui feront oublier son cruel manque de charisme.
A ses côtés, Markus Acher, leader de The Notwist, tient brillamment la basse, sur une scène qu’il commence à connaître par cœur (trois apparitions en 4 ans : avec Lali Puna, déjà, en 2001, avec The Notwist en 2002, son frère Micha assurant la représentation de la famille Acher à Saint-Malo avec Ms John Soda l’an dernier).
Moins convaincante en live que sur disque, Lali Puna reste cependant une formation à suivre : Thom Yorke (Radiohead), n’a-t-il pas déclaré qu’il s’inspirait beaucoup des travaux de la formation munichoise ?

Avec un album bien décevant à promouvoir sur les bras, les versaillais de Air allaient-ils s’avérer, eux, autrement plus pertinents qu’au festival de Benicàssim 2002, où la tournée 10 000 Hertz Legend les voyait partager la scène avec Jason Falkner ?
Et bien oui ! Lançant leur show avec Venus, qui ouvre également l’album Talkie Walkie, Dunckel et Godin proposent un set parfait, avec un son inouï (certainement le meilleur du week-end), revisitant leurs standards avec brio (Kelly Watch The Stars, Sexy Boy ou Playground Love, issu de la BO de The Virgin Suicides, interprété pour la première fois en live en compagnie de Gordon Tracks, le chanteur de Phoenix, vocaliste sur la version studio).
Taquin à l’occasion, Nicolas Godin chambre joliment les spectateurs locaux en présentant ses excellents musiciens (« Ils sont américains, mais vu leur descente, ils doivent bien avoir des origines bretonnes ») et rejoint après à peine une heure de concert, le sourire aux lèvres, les coulisses.
« C’est la première fois que je viens en Bretagne, mais vu l’accueil, ce ne sera certainement pas la dernière ! »


Air

Passé l’intermède Phoenix, pour lequel nous nous abstiendrons de faire des commentaires (qu’il est bon, parfois, au cours d’un festival, de pouvoir faire des coupures !), TV On The Radio, LA formation du moment, déboule sur scène, comme à son habitude, pour faire la balance à l’occasion d’une jam.
Moins convaincante qu’aux Eurocks, où c’était quasiment leur morceau de bravoure, elle interloque les non-initiés à leur musique fascinante, mêlant déflagrations noisy et énergie soul. Ça commence enfin, après quelques minutes de flottement, pour une prestation qui fera date : l’âme black de la formation, Tunde Adebimpe et Kyp Malone (le guitariste à la coupe afro), se partagent brillament l’avant scène, quand David Andrew Sitek, génial producteur, féraille sur sa guitare à l’arrière, physiquement à l’opposée du bassiste, dos continuellement tourné au public, tissant des lignes de basse vrombissantes.
Le batteur n’est pas en reste pour apporter sa contribution décisive à l’ensemble, quand il ne se voit pas dépossédé de sa contribution percussive, lorsque Sitek fait office de human beat box. Brillant !

Dur de reprendre ses esprits après une telle démonstration : voilà Peaches qui déboule, parée d’une tenue « sexy » et arborant fièrement une guitare, sur laquelle elle gratouille les accords de Gay Bar, morceau de bravoure d’Electric Six, la formation foutraque de Detroit.
Toujours dans l’excès, elle propose comme à son habitude son show kitchissime, digne d’un peep-show (ses deux danseuses ont d’ailleurs du être recrutées dans l’un d’entre eux) : qu’on la trouve drôle ou pathétique, la copine de Gonzales ne peut en tout cas laisser indifférent.
Comme dirait l’autre, elle mouille ( !) le maillot, grimpant sur les structures métalliques de la scène, tentant des chorégraphies « dangereuses »  (Shake Yer Dix), qui finiront par provoquer jusqu’à sa chute (on n’en dira pas plus pour préserver l’effet de surprise). Réjouissant !


Peaches

dimanche 15 août :

Le lendemain, après avoir sciemment évité Saint-Malo pour cause d'embouteillages prévisibles (on est quand même le 15 août !), notre parcours musical débute au Fort par la prestation de Mojave 3. Malheureusement privée de Rachel Goswell, retenue aux Etats-Unis, pour cause, sans doute, de tournée promo (son 1er album solo, Waves Are Universal, vient tout juste de sortir), la formation drivée par Neil Halstead, qui arbore un joli LOVE CAMP écrit en lettres argentées sur sa guitare boisée, propose un set à tonalité folk / country assez emballant, parfait dans le cadre champêtre de Saint-Père, pour l’instant quasiment déserté.

Il y aura bien plus de monde pour les belges de Girls In Hawaii, toujours aussi sympathiques et touchants.
Leur excellent premier opus, From Here to There, prend une autre dimension en live, servi par une ligne musicale plus rock et la présence indéniable de leur chanteur, qui ne cache pas sa joie d’être là. La fin de la prestation est tout bonnement euphorisante, due pour beaucoup au retour, après quelques semaines d’absence pour cause de blessure (coude cassé), de leur bassiste « historique », Daniel, autorisé par son toubib à jouer un seul morceau (et à exécuter une chorégraphie incongrue sur l’instrumental précédent). Il ajoute ainsi, grâce à ses pas de danse maboules, un supplément de folie, qui retourne des festivaliers déjà chauffés par la reprise, en chœur, de Love happened (today), de leurs compatriotes d’Evil Superstars.


Girls in Hawaii

Blonde Redhead, après un changement de plateau durant lequel le ciel s’obscurcit dangereusement, monte sur scène et débute son set.
Les jumeaux Pace, Simone et Amedeo, la chanteuse Kazu Makino sont manifestement dans d’excellentes dispositions, proposant de très bonnes relectures de Misery Is A Butterfly, leur dernier opus en date, qui les voit quitter, pour partie, les déflagrations noisy à la Sonic Youth pour des pop songs hantées de nappes de clavier.
Las, une terrible averse s’abat sur le site, et sans base de repli possible (sauf pour les VIP), les festivaliers lambda n’ont d’autre choix que de subir les affres de la météo.
Au bout d’une petite demi-heure de pluie continue (et 50’ de Blonde Redhead), la soirée s’interrompt, un speaker annonçant l’arrêt temporaire de la manifestation pour cause de problèmes électriques (cables innondés ?).

Après une interminable attente, Dionysos, emmené par un Mathias Malzieu comme toujours infernal, essaiera de réchauffer les cœurs et les esprits : si l'on ne peut contester les incroyables vertus physiques de la formation valentinoise, on sera plus circonspect sur la qualité de la set-list du soir, un peu trop « rentre-dedans ».
Malgré une reprise intéressante de Thank You Satan (Ferré), le show Dionysos est en effet des plus monocordes, très prévisible (le stage-diving de Mathias devient un élément incontournable – amusant la première fois, lassant ensuite).
Malgré tout, un des plus grands succès publics du week-end, dans des conditions qui plus est assez difficiles…

Le Blues Explosion, qui enchaîne, n’arrivera pas vraiment à captiver le public (hormis le premier rang, composé d’aficionados de Jon Spencer) : si la formation rock'n'roll / garage respire toujours la grande classe, sa musique est plus destinée aux clubs enfumés qu’aux grandes scènes.
On attend cependant, Damage, le nouvel album, avec une certaine impatience.

Les Troublemakers, emmenés par Dj Oil (et Jeff Sharel aux programmations) auront eu quant à eux, le privilège, comme en 2001, de clore la manifestation, ce qu’ils feront avec beaucoup moins de brio que deux ans auparavant.

Avec plus de 20 000 spectateurs sur 3 soirs, l’association Rock Tympans, organisatrice de la route du rock, a tout lieu d’être satisfaite du cru 2004, après le semi-échec de l’an dernier (14 000 spectateurs payants).
Elle envisage même, dans l’euphorie, de proposer une manifestation l’hiver, dans des conditions encore à définir.
Que ce nouveau projet, bien qu’excitant, ne la détourne cependant pas de ses « missions » essentielles : pérenniser la route du rock sur le long terme, et, surtout, améliorer les conditions d’accueil des festivaliers. Au vu de certaines remarques entendues ce week-end (camping, navettes, impossibilité d'entrer et sortir du site, etc), il y a en effet encore du pain sur la planche !

(Photos de Jérominus - jerominus@foutraque.com)


www.laroutedurock.com/
routedurock.free.fr/

auteur : Jérôme Crépieux - jerome_(at)_foutraque.com
chronique publiée le 17/08/2004

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