20/10/2019  |  5246 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 19/10/2019 à 17:49:20
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Xème Festival Internacional de Benicàssim - dimanche 8 août

2004

Brian Wilson, The Chemical Brothers, The Dandy Warhols, Franz Ferdinand, Spiritualized, Richie Hawtin vs Ricardo Villalobos, LCD Soundsystem, Spektrum, Tiga, Love with Arthur Lee, Lambchop, Wire, Pleasure, Girls in Hawaii, Nuit Output...

Benicàssim (Costa Azahar) (Espagne)
Place aux jeunes, ce dimanche ! Avec Brian Wilson et Arthur Lee, le Festival de Benicàssim accueillait là deux « fringants » sexagénaires, bien décidés à faire la nique aux plus jeunes. Entre la surf music des Beach Boys et la pop psychédélique de Love, laquelle des deux allait survivre aux années (presque 40 ans...) ?

On ne pouvait malheureusement imaginer pire entame de concert pour ces derniers. Alors que Lee, très affecté par la mort récente de son ami Rick James (éminent musicien de funk, auteur du tube Super Freak) titubait, balbutiant quelques mots – inaudibles -, ses musiciens tentaient en vain de maintenir le show. Ce qui ne manquait pas d'agacer le public espagnol, traitant le pathétique vieillard de « hijo de puta » (fils de pute) ou de « cabrón » (enculé) : charmant… The Red Telephone, extrait de Forever Changes, allait plus tard venir réconforter une assistance toute retournée…

Cali, hidalgo catalan que l'on a bien peu de chances d'applaudir un jour au FIB, chante C'est quand le bonheur ?
On pourrait lui répondre : à un concert de Brian Wilson ! Même s'il a très peu joué des morceaux de son album inédit Smile, le public avait le sourire et l'ex-leader des Beach Boys également. A l'écoute des classiques California Girls, Good Vibrations, Surfin' USA, I Get Around…, on se serait cru dans les années 60, le temps de l'insouciance. Que du bonheur, on vous dit !

Les adeptes d'un son plus moderne pouvaient profiter, à la même heure, du show survitaminé de Spektrum, et des vocalises si particulières de sa chanteuse Lola Olafisoye, sexy black dont le physique androgyne rappelle étrangement celui de Grace Jones.
Freefall, Freakbox ou Kinda New ne mettaient pas longtemps à conquérir le cœur des spectateurs, ébahis par les déhanchements démoniaques de la panthère noire. Jubilatoire et troublant, à l’image de l’album Enter the… Spektrum.

Après un concert anecdotique de Kevin Yost et son groupe, une chance était donnée à James Murphy et sa bande (Tim Goldsworthy, Eric Broucek et Nancy Whang) de démontrer tout le bien que l’on pense de LCD Soundsystem. Eh bien, Losing My Edge, Yeah et Beat Connection sont peut-être encore meilleurs quand ils sont joués live ! A venir, le premier album du combo électro-rock new-yorkais.

La foule des grands soirs allait répondre présente à la performance commune des deux rois du minimalisme, Richie Hawtin le génial canadien et Ricardo Villalobos le chilien fou, tous deux exilés à Berlin, capitale de l’électro mondiale. Un set sur deux platines mais à deux têtes, donc. Minimaliste mais pas seulement. Beaucoup de finesse dans le mix des deux compères, et une qualité dont devrait s’inspirer de nombreux DJs : l’humilité. 50° C dans le chapiteau, impossible de tenir plus de 20 minutes…

Beaucoup moins de monde assisterait par la suite au set de Tiga, le chouchou de ses dames, auteur de tubes à la pelle (la reprise de Hot in Herre de Nelly, London Burning et récemment Pleasure From The Bass). Un mix propre, progressif, impeccable. La star électro du moment, à l’affiche du FIB pour la seconde année consécutive.

Sur la grande scène, Franz Ferdinand démontrait, une fois de plus, toute l'étendue de son talent, livrant, pied au plancher, une prestation éblouissante de classe. Toujours aussi radieux, Alex Kapranos, Nick McCarthy et Paul Thomson (seul Bob Hardy, le bassiste, tire la gueule, comme à son habitude - un rôle de composition), proposèrent 50' magistrales, jouant même pour la 1ère fois en live, This Boy, composé quatre jours auparavant sur les routes de leur infernal périple estival. On retiendra plus que tout l'hystérie, très beatlesienne, prévalant sur Take Me Out : électrique !

Le challenge qui s'offrait à Jason Pierce, leader de Spiritualized, était dès lors particulièrement difficile à relever. Même si l'audience de son concert paraissait relativement modeste par rapport à celle de ses devanciers écossais, nul doute que personne n'aura regretté d'avoir passé 3/4 d'heure en compagnie de la formation, ses compositions psychédéliques, fortement opiacées, transportant vers des cieux parsemés d'étoiles. Des moments d'une grande intensité...

Bien moins convaincants, les Dandy Warhols avaient beaucoup de mal à justifier leur présence sur la grande scène, très brouillons dans l'exécution de leurs hymnes pourtant taillés pour les stades : Bohemian Like You, Get Off, Every Day Should Be A Holiday... Avec une Zia McCabe au ventre bien rebondi, enceinte jusqu'au fond des yeux, doit-on leur souhaiter de prendre un congé parental prolongé ?

A un journaliste qui leur demandait lors de la conférence de presse : « Vous vous appelez quand même les Chemical Brothers, quelle position adoptez-vous par rapport aux drogues ? », un Tom Rowlands visiblement embarrassé répondait : « For some people it works, for some others not » (est-il besoin de traduire ?).
Le duo avait pour mission de clore les débats, avec son show huilé et acidulé, devant une assemblée de festivaliers manifestement aussi en forme, après 4 jours infernaux, que des cyclistes de la grande boucle lancés à 70 km/h sur les Champs-Elysées après 3 semaines de course... L’habituel Hey Boy Hey Girl en ouverture allait être suivi des tubes Block Rockin’ Beats, Music: Response, Out Of Control ou encore Star Guitar, ainsi que de larges extraits de leur prochain opus, très techno, à l'image de Come With Us. Un live énergique appuyé par des visuels de qualité qui font que Rowlands et Simmons restent 10 ans après leurs débuts les maîtres de cérémonie des plus grands festivals de rock. Un paradoxe ?

Dans le FIB Club, les sympathiques belges de Girls in Hawaii avaient la lourde tâche de jouer en fin d’après-midi par une chaleur étouffante : ils emballèrent sans coup férir les quelques courageux à s'être présentés tôt (18h30) sous le chapiteau, faisant preuve d'une envie d'en découdre peu commune. S'ils gardent la flamme, ces p'tits jeunes iront loin ! On leur souhaite d'être aussi fringants, dans quelques années, que les quadragénaires de Wire, dont le punk-rock noisy n’a rien à envier, bien au contraire, à d'autres formations plus contemporaines. Jeunes, les musiciens de Pleasure le sont assurément, à l’aise dans leur électro-funk teinté de disco. Jeunes et jolis, même… De vrais figures de mode.
Bien moins branchouilles, Kurt Wagner et ses compagnons de Lambchop, mais toujours aussi classieux dans l'exécution de leur répertoire country/folk.

La nuit Output avait pour mission de réveiller les troupes une dernière fois avant l’adieu au site, par une performance live des barrés Dead Combo, du troublant Colder et des « DJs with attitude » Ivan Smagghe et Arnaud Rebotini (Black Strobe), pour une performance platines + effets. Ouais, pas mal… Mais un peu trop dans l’air du temps sexy/dark/électro, avec toutes ces grosses montées et ces faux délires acid. On espérait mieux des parisiens, malgré la pertinence de leur tube The Abwehr Disco. Beaucoup trop froid, comparé à la spontanéité et la fraîcheur d’Ellen Allien.

Stop. Fermez le ban.

Ecrit en collaboration avec Jérôme Crépieux et Nicovara.

Suite et fin ici.


www.fiberfib.com/


auteur : Geoff -
chronique publiée le 22/08/2004

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