23/09/2019  |  5233 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 21/09/2019 à 11:27:25
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Festival Rock en Seine - vendredi 27 août

2004

The White Stripes, Sonic Youth, The Chemical Brothers, The Roots, Electrelane, Blanche, Flogging Molly, Daniel Darc, Joss Stone, Wax Poetic

Domaine National de Saint-Cloud (France)
Tout commence sous un soleil étincelant. Au milieu des aveuglantes affiches vantant les mérites du dernier album de Soulwax, une foule à l’allure plutôt branchée attend que ça se passe. Et qu’ENFIN, ils veuillent bien ouvrir les portes du festival. Et, putain de merde, qu’ils se dépêchent de fouiller les gens pour qu’ENFIN on puisse rentrer.

Une fois à l’intérieur, on découvre assez ébahis un joli site avec de l’herbe verte partout. On se dit que les pauses seront agréables et peu productives : aura t-on au moins la force de se relever et d’aller faire la queue pour une bière ? Une fois la visite du site effectuée et le manque de chiottes déploré, on se dirige vers le premier concert de l’après-midi, Scène de la Cascade.

C’est la fanfare country-rock de Blanche qui a l’honneur (?) d’ouvrir cette deuxième édition de Rock en Seine. Après leur annulation aux Eurockéennes, on les attendait au tournant : ont-ils les épaules pour soutenir la hype qui s’est créée autour d’eux, du fait notamment de leur amitié avec les White Stripes ? Et, force est de constater que la réponse est affirmative. Si le groupe ne cherche pas la performance à tout prix, Blanche a tout le magnétisme nécessaire pour fasciner les foules. Un set des compères de Detroit est quelque chose d’un peu surréaliste. Deux chanteurs très charismatiques et un backing-band quasi inexistant. Des looks extravagants et des instruments country un peu improbables. Alors quand Blanche ose l’énergie rock et le larsen qui tue, le public, en manque d’Heineken, finit par se réveiller. Un concert réussi mais mal programmé : en début d’après-midi, le Parc de Saint-Cloud était encore bien vide. Blanche méritait mieux que ça.


Blanche

Alors que les allées du festival commencent à se remplir, advient ce qu’on est bien obligé d’appeler un trou. Hasard ou plutôt erreur de la programmation, il ne se passe pas grand chose d’intéressant pendant plus d’une heure après le concert de Blanche et en attendant Electrelane et The Roots. On flâne donc sur les différents stands et puis on se dit qu’on va se payer une bonne tranche de rigolade en allant manger nos pâtes à la napolitaine devant Flogging Molly, premier concert sur la Grande Scène. Erreur : on ne rit pas beaucoup, on est plutôt dégoûté, on avale de travers et on essaye pour la première fois nos boules Quiès. Flogging Molly est un horrible groupe irlandais qui joue un punk à cornemuse. A quelques heures de Sonic Youth, c’est à rien y comprendre. Peut être que les organisateurs de Rock en Seine voulaient lancer le pogo. Pour ça au moins, c’est réussi : quelques festivaliers (probablement déjà bourrés) se font plaisir en attendant mieux. Un petit tour quand même sur la Scène de la Cascade pour voir à quoi ressemble Wax Poetic. Là encore, on ne comprend pas grand chose. On nous annonçait du simili-jazz à la Norah Jones et on voit une chanteuse de soul devant un orchestre rock. Dommage qu’on ne soit pas motivé et que le son soit déplorable, on aurait peut être pu se faire plaisir.

Eu égard à leur excellent dernier album, on attendait beaucoup d’Electrelane. Peut être un peu trop. Il faut dire que Rock en Seine ne leur a pas vraiment offert des conditions favorables à l’expression de leur talent : sur une scène bien trop grosse pour elles, bien trop ouverte pour leur expérimentations intimistes, les 4 anglaises n’ont que partiellement convaincu un public enfin au rendez-vous. D’autant que le son n’était pas mieux réglé que pour les concerts précédents. Dommage, vraiment dommage.

Entre Electrelane et The Roots, il fallait choisir. On ne verra donc que la fin du concert des sorciers de Philadelphie. Trop peu pour se faire une opinion. Mais ce qu’on peut en dire, c’est que le groupe se présente comme une véritable formation rock, tout juste hip-hopisée par la présence de leur MC, Black Thought. Il y a aussi un surprenant paradoxe : malgré une volonté expérimentative jamais démentie, The Roots propose un vrai show à l’américaine. Avec fin explosive et jets de cadeaux à la foule.


The Roots (sur écran géant)

Après cette avalanche de décibels sur la Grande Scène, une autre se prépare, plus attendue encore. Suite à leur retour en grâce avec le récent Sonic Nurse, les Sonic Youth effectuent leur première et unique date en France. Et on a l’impression que tout le monde à Saint-Cloud est venu pour ça. Dans une ambiance saturée de larsens, les new-yorkais ont créé l’événement … et un joli pogo. Thurston Moore, décidé à prouver que son band peut faire plus de bruit que Flogging Molly, a fait chauffer sa guitare. Absolument fascinant : voici un mec qu’on croirait sorti du lycée avec ses cheveux poisseux et ses autocollants de merde sur son instrument ; or Thurston est bel et bien un intellectuel new-yorkais de 46 ans, les plans rapprochés de la caméra nous le rappelant à l’occasion. Kim Gordon, accueillie par les sifflets vicieux du public masculin, est, elle, toujours aussi séduisante dans sa robe virevoltante de prêtresse rock. Alternant systématiquement leurs dernières chansons et des titres plus anciens, le groupe nous gratifiait notamment d’un Teenage Riot prompt à déclencher une émeute. Les larsens, botte secrète de Sonic Youth, nous ont quand même cassé les oreilles, du fait d’un son encore une fois mal réglé. Mais quelle classe dans la dissonance quand les 3 guitaristes, en un rituel quasi religieux, martyrisent leurs pauvres objets. Une vraie humiliation sonique.



Kim Gordon et Thurston Moore (Sonic Youth) (sur écran géant)

Mais Rock en Seine est loin d’être fini. A peine trente minutes pour respirer que voici déjà venu le deuxième concert monstre de la soirée, The White Stripes. Dans un décor de cabinet dentaire, voilà qu’arrivent Jack et Meg White, les 2 grandes stars du rock aux rapports toujours aussi ambigus (amants, frères et sœurs… ?). Alors que certains spectateurs peinent encore à y croire (« Non mais putain t’as vu ? on est à 20 mètres des White Stripes, putain mais t’imagines comment que c’est ENORME ? »), le duo de Detroit commence un concert qui fera incontestablement date dans l’histoire de ce tout jeune festival. Il faut dire qu’on a le droit à un Jack White absolument gargantuesque. Un Jack White à cheveux longs qu’on croirait sorti d’un clip de Metallica s’il ne portait son sempiternel tee-shirt rouge. Un Jack White qui plaque ses accords guerriers avec une énergie démoniaque. Soulevant et labourant une foule plus qu’enthousiaste, les White Stripes offrent d’excellentes versions de leurs grands tubes : Hotel Yorba, The Hardest Button To Button, I Don’t Know What To Do With Myself… Mais crédibilité oblige, le duo joue essentiellement ses titres les plus blues plutôt que les titres plus simplement binaires comme Hypnotise. A la fois artistique et belliqueux, ce soir-là, vraiment, on ne pouvait rien reprocher au groupe. Tout juste d’avoir oublié l’imparable Seven Nation Army. Un reproche vite dissipé par un rappel, autant prévisible que génial, où les White Stripes se payent le luxe de jouer une version relookée de leur tube. En sortant d’une telle prestation, on se dit que Detroit mérite mieux que sa sale réputation. Il n’y a pas que de la rouille sur les rives du Lac Erié.


The White Stripes (sur écran géant)

Et puis vers 21h30, c’est au tour de la guimauve d’entrer en scène. Comme une pub pour les stands de sucrerie disséminés ça ou là, la jeune Joss Stone prend possession de la Scène de la Cascade. Une occasion de ravir les journalistes du Parisien mais aussi d’endormir les autres. La « nouvelle Norah Jones » a des petits seins, c’est à peu près tout ce qu’on en retient.

Quand arrivent les Chemical Brothers, la nuit est déjà bien entamée. Et les jambes des festivaliers aussi. Ce qui fait que finalement peu de monde danse sur les rythmes hypertrophiés des 2 anglais. Le show visuel, avec lasers et écrans géant, est impressionnant mais peut être un peu trop pour des adeptes du rock. Les premières gouttes de pluie tombent tandis que résonnent les notes du splendide Star Guitar. L’esprit encore rêveur, on se retourne alors, on fend la foule et on espère que le métro sera moins bondé que si l’on attend la fin du set des Chemical Brothers. Pas de chance, arrivés station Pont de Saint-Cloud, des mecs de la RATP nous obligent à acheter des places pour le retour, tout en sachant qu’il n’y a qu’un seul automate disponible. Et on finit la journée comme on l’avait commencée. En attendant.

(Crédits Photos : Faustine Laurent)

A lire également sur foutraque.com :
le compte-rendu de l'édition 2003 du festival (PJ Harvey, Beck, Massive Attack, Electric 6, Tom McRae, Morcheeba, Keziah Jones, Tanger, k’s Choice)


www.rockenseine.com/

auteur : Vincent Glad - vincent[at]foutraque.com
chronique publiée le 30/08/2004

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