16/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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Trans Musicales - vendredi 3 décembre

2004

Beastie Boys, The Hidden Cameras, Plantlife, Lars Horntveth, Republic of Loose, Nosfell...

Rennes (France)
Deuxième journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes

Bien remis d’une première soirée riche en promesses pour l’avenir, c’est avec une joie non dissimulée que nous rejoignons le Parc des Expositions de Rennes pour une soirée qui s’annonce ultra chaude. La seule présence des Beastie Boys a en effet suffi à rameuter les spectateurs nécessaires à la survie du festival : ils sont plus de 10 000 à arpenter le site dans l’attente de leurs héros en survêtement. Mais avant (et après) la grand messe hip hop, les découvertes tous azimuts continuent…

Nosfell

Dans le Hall 5, cela commence doucement avec un jeune artiste plébiscité par le public partout où il passe, Nosfell. Ce guitariste talentueux et vocaliste hors du commun (il passe en un temps record d’une voix enfantine aiguë à un rugissement grave emprunt de soul n’ blues) est assurément doué, mais comme lors de ses récentes premières partie de Miossec, on constate que sa musique ne provoque pas d’émotion particulière chez nous. Ce qui ne semble pas être le cas de la majorité du public, conquise et sous le charme devant sa prestation. Cet étalage de virtuosités un peu vaine nous dérange, même si la présence d’un violoncelle apporte un petit plus par rapport à ses performances solo. Tous les guitaristes et chanteurs doivent être impressionnés par les exploits scéniques du monsieur. Nous, non… Les morceaux composés grâce à un autosampling réalisé en direct sont à quelques exceptions près bien faits, mais sans âme… Nosfell a en plus la mauvaise manie d’en faire trop dans sa gestuelle et dans ses interventions entre les chansons, très (trop) maniérées…

Lars Horntveth

Lars Horntveth, le co leader du groupe norvégien Jaga Jazzist a réussi a entraîner le public dans ses délires électrorchestrés assez ébouriffants… Cet autodidacte plutôt doué a parait-il joué toutes les parties lui-même sur son disque : cordes, guitares, sax, clarinette etc. Un exploit qu’il ne peut bien sûr pas reproduire en live… Il se transforme donc en véritable chef d’orchestre sur scène, dirigeant une bonne section de cordes, tout en pilotant des rythmes électroniques avec brio. L’alchimie entre les deux univers musicaux fonctionne parfaitement grâce aux talents de compositeurs de Lars Horntveth. L’effet produit est particulièrement agréable : à la fois dansant, onirique et évocateur… Une réussite !

The Hidden Cameras

Des concerts aussi beaux que celui des Hidden Cameras, on souhaiterait en voir tous les jours pendant la totalité de notre vie… La pop bienheureuse des Canadiens provoque d’incroyables « dommages collatéraux » : l’auditeur se retrouve immédiatement au paradis de la pop qui fait planer de joie. Pris dans un tourbillon de mélodies entraînantes, de voix graves, de chœurs élégiaques, de cordes sobres et de rythmiques saccadées, le spectateur, émerveillé, ne peut s’empêcher de sourire béatement en cherchant confusément avec qui il va bien pouvoir faire l’amour tout la nuit. Le précédent groupe à nous avoir fait ce délicieux « effet love » (sans prendre de substances) était Belle & Sebastian, les Ecossais amoureux de ce que la musique a fait de plus doux, joliment décalé et léger sur Terre…
Depuis ce concert magique de The Hidden Cameras on passe notre temps à écouter le magistral album du groupe intitulé The smell of our own. Ce recueil de chansons magiques (dont beaucoup ont été interprétées avec maestria aux Trans) est tout simplement un miracle gravé sur un objet rond, il contient une série de tubes qui provoquent l'enthousiasme à tous les coups (A miracle, Ban marriage, Boy of melody etc etc). Et je prouve ce que j’avance : lors du concert, un spectateur fou de joie se met à slammer sur un morceau pourtant très calme ! Ivre de bonheur, il se lance dans un vol extatique au-dessus du public, pensant sans doute être au paradis. Devant une telle démonstration de joie collective (la foule le porte à bout de bras en hurlant sa joie), le violoncelliste du groupe s’en arrête presque de jouer, la bouche grande ouverte, complètement interloqué… Il n’avait visiblement jamais vu ça. Nous non plus.

Plantlife

Pour chauffer le public attendant les Beastie Boys dans l’immense grande salle des Trans (déjà copieusement garnie), le groupe américain Plantlife avait été choisi par les organisateurs… Très bonne initiative, car la musique chaude, sexy et funky de ce collectif bigarré a placé sur orbite les spectateurs, plutôt contents de découvrir des petits nouveaux. Il faut dire que Plantlife n’a pas lésiné sur les moyens pour emporter le morceau… Car si le leader - très démonstratif - a de faux airs de Lenny Kravitz (beurk), la musique funk n’ soul proposée évoque plutôt Prince et James Brown, ce qui n’est pas rien tout de même ! On va pouvoir encore se déhancher lascivement comme une Sex machine au 21ème siècle, c’est une très bonne nouvelle…

Beastie Boys

Même s’ils se sont faits un peu trop attendre, quand Adam Yauch (aka. MCA), Mike Diamond (aka. Mike D) et Adam Horovitz (aka. Adrock) foulent l’immense scène du Hall 9 éclairée façon guerre des étoiles, une explosion de joie retentit aussitôt dans le public. On a beau consulter rapidement nos « archives » personnelles (De la Soul aux Efferv’Essonne ? Bof… N.T.M. au Parc des Princes ? Puissant mais trop court… Le Wu Tang Klan au même endroit pour le festival Rock à Paris ? Une mascarade pathétique : trop de Champ’ tue le show…), on n’a jamais été aussi heureux de voir des mecs en survêt’ apparaître sur une scène ! C’est normal : bien calé derrière ses platines, Mix Master Mike envoie la bande son hip hop soul de Root Down, une introduction parfaite pour un décollage immédiat… Les trois MC’s rivalisent d’énergie derrière leurs micros, et l’on se dit que cette heure en compagnie des Beastie Boys va marquer durablement nos mémoires. Juste après, c’est l’ultra remuant Sure Shot qui déchire la sono, l’enthousiasme général n’est pas près de retomber ! Tout est très pro chez les Beastie Boys 2004, en bons entertainers américains, le groupe fait le show de manière peut-être un peu trop mécanique. Mais comme les trois MC’s dégagent des ondes positives communicatives en interprétant leurs très bons morceaux, il est vraiment difficile de ne pas adhérer… Assez rapidement, après une période furieusement rap, place est faite pour accueillir deux plates formes roulantes garnies d’instruments de musique. Et voilà nos rappers en survêt transformés en musiciens doués pour la funk soul : de longs morceaux réussis (dont Sabrosa et Something’s got to give) avec Mike D à la batterie, MCA à la basse groovy et Adrock à la guitare Wah Wah (plus un percussionniste et un organiste) permettent de constater que le groupe de New York est toujours composé de « touche à tout » de génie… Puis, les roadies font (très rapidement) place nette pour permettre aux Beastie Boys de présenter quelques perles de leur dernier opus (To the 5 boroughs) en arpentant les planches comme des lions en cage armés de micro. Sans doute moins aventureux que ses prédécesseurs, leur nouvel album n’en est pas moins excellent ; la démonstration éclatante en est faite avec les titres An open letter to NYC, Ch-check it out, Right right now now. Enfin, après un Intergalactic, idéal pour sauter comme un kangourou sous produits euphorisants, les instruments de musique sont de retour, et ça va faire mal… Comme prévu, Gratitude ratatine la tête des 10 000 personnes grâce à une guitare et une basse distordues. Puis, on nous annonce que c’est déjà le dernier morceau. Et oui, ils ont signé pour une heure, et il n’y aura pas une seconde de dépassement (sinon, il faut « raquer » un peu plus j’imagine)…
Devant la bronca populaire, le groupe explique qu’il y a des gens qui jouent après (ce qui est vrai) puis présente le hit imparable Sabotage en ces termes : « Ceci est notre dernière chanson, elle est dédiée à George Fuckin’ Bush. » Inutile de dire que c’est le (très) grand moment du concert : ce titre est une véritable bombe scénique ! Son interprétation live énervée est véritablement une énorme bouffée de plaisir rock. Dans ces conditions, on aimerait bien en reprendre pour une demi heure. Ce concert des Beastie Boys était trop court, parfois un peu trop carré, mais il faudrait vraiment être de très mauvaise foi pour dire qu’on en est ressorti déçu !

Republic of Loose

Forcément, après une telle claque, nos capacités physiques sont bien entamées au moment de découvrir les inénarrables Republic of Loose sur scène. Tout le monde semble avoir très envie de les voir sur scène car leur nom est réjouissant, et leurs autocollants « Join the Republic of Loose » sont un véritable must de la collection automne hiver 2004/2005 : ils donneraient presque envie de voter pour eux. Dès leur arrivée, on constate avec joie que leur allure est conforme à leur nom : ils ont de bonnes têtes d’alcoolos irlandais ne rechignant pas non plus à se camer la tronche comme de gros branleurs… De vrais loosers comme on les aime, quoi ! Musicalement, c’est du rock nonchalant joué mollement ; vocalement, et c’est là qu’une légère déception pointe le bout de son nez, le leader de la république de la loose essaye de travailler sa voix comme un crooner pathétique. Pour être franc, le résultat n’est pas très heureux. Les morceaux se suivent et se ressemblent, rien de bien folichon. Puis, le tube qui sera (peut-être) bientôt sur toute les lèvres arrive : Girl, I’m gonna fuck you up (sic). On observe un léger mieux par rapport aux précédents titres, et surtout, on se délecte de ce texte d’une salvatrice vulgarité. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient de gros losers s’ils font des propositions aussi explicites aux jeunes femmes sur lesquelles ils ont des vues… Trop fatigué pour en supporter plus, on laisse Republic of loose avec ses problèmes, en espérant les revoir plus fringuants une autre fois.

A lire également : les comptes rendus des journées de jeudi et samedi, un bilan des Trans Musicales 2004, ainsi que les chroniques des concerts du vendredi 9 décembre et du samedi 10 décembre lors des Trans 2005.


www.lestrans.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 07/12/2004

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