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Printemps de Bourges - samedi 23 avril

2005

Interpol, Bloc Party, Gomm

Bourges, le Palais d'Auron (France)
L’énorme plateau rock composé du groupe français Gomm, des Anglais de Bloc Party et des Américains d’Interpol a entièrement tenu ses promesses dans un Palais d’Auron complet et transformé en fournaise…

Gomm : une découverte rock au niveau des têtes d’affiche.

Le public a répondu présent dès le début du set de Gomm, toujours aussi à l’aise sur scène avec son mix original de Krautrock, de disco punk et de post punk bruitiste. Découverte du Printemps de Bourges l’année dernière, les quatre Lillois ont enchaîné depuis les brillantes prestations partout en France et particulièrement aux Trans Musicales de Rennes et au Nouveau Casino à Paris, le 14 avril dernier. Faire la première partie d’Interpol et de Bloc Party dans une salle comble ne leur pose pas le moindre problème : le combo tout de noir vêtu enchaîne à la perfection ses titres à la fois secs, puissants, violemment froids et joliment remuants. La section rythmique est un modèle du genre, les guitares et claviers permettent de partir en vrille et le chant hurlé à deux voix (masculine et féminine) apporte une touche inquiétante bienvenue. C’est donc presque sans surprise que Gomm a fait un triomphe – mérité – en jouant avec classe et prestance les morceaux de son excellent premier disque Destroy to perfection, plus une reprise malmenée de Blondie (Call me) et un nouveau morceau. En un mot comme en cent : parfait…

Bloc Party : une machine à produire des hits qui font danser.

Juste après, les quatre Londoniens de Bloc Party ont prouvé que leur statut de nouveaux Franz Ferdinand n’était absolument pas usurpé ; comme leurs brillants collègues de travail écossais, ils composent avec une incroyable aisance des tubes qui font danser les filles et rendent fou les garçons qui regardent les filles danser en ayant envie de leur faire des propositions… Les pop songs échevelées du combo emmené par Kele Okereke font penser à une charge de cavalerie ayant pour but de mettre sur orbite un refrain jubilatoire à vociférer en chœur. La troupe est boostée par le batteur Matt Tong, sorte de boite à rythme impossible à débrancher (et ayant une tendance à s’emballer de manière incontrôlée !) ; pour créer l’ossature des morceaux, notre homme fait la paire avec le bassiste Gordon Moakes qui délivre des lignes de basse ultra groovy. Puis, les deux guitaristes, Russel Lissak et Kele Okereke, épicent le tout avec moult riffs, rythmiques et autres gimmicks entêtants, tout cela dans le seul but de faire bouger la salle comme un seul homme. Inutile de dire que la mission est parfaitement accomplie : toute la fosse semble montée sur ressorts… et accrochée aux lèvres de Kele Orkereke, un chanteur hallucinant de classe vocale (une sorte de Robert Smith exaspéré), pétillant de joie de vivre et d’enthousiasme communicatif. Les titres furieusement dansants, incroyablement énergiques sont entrecoupés de morceaux plus calmes, pour permettre au public de reprendre son souffle entre deux décharges de disco punk rock tubesques (Like eating glasses, Helicopter, Banquet etc etc.). On aurait souhaité que cela dure plus longtemps, mais toutes les bonnes choses ont une fin donc… A très vite, espérons-le !

Interpol: un chaud et froid bouleversant.

La tête d’affiche, Interpol, malgré un style plus atmosphérique que son prédécesseur sur scène n’a eu aucune peine à plonger le public dans les méandres de ses morceaux gorgés de Cold Wave et de punk glacial… Et selon l’imparable logique du paradoxe, les titres d’Interpol provoquent sur scène (comme sur les indispensables albums Turn on the bright lights et Antics) des bouffées de chaleur incontrôlées pendant les montées de guitares et de voix… Lors de ces instants, on a souvent la délicieuse impression d’être seul au monde, de courir au milieu d’une inextricable forêt en affrontant les éléments déchaînés avant que, tout à coup, au détour d’un couplet, une trouée de lumière surnaturelle nous irradie, avant de nous emporter par delà les nuages… La musique d’Interpol et la voix superbe de son chanteur Paul Banks (évoquant un Ian Curtis ressuscité) provoquent des sentiments romantiques, des désirs de mort violente, des envolées de larmes tout autant que la joie unique de communier avec un groupe capable d’écrire des hits qui font froid dans le dos et chaud au cœur. Rien de paranormal là dedans : la set list est composée des meilleurs titres des deux albums publiés par les New Yorkais (Evil, Slow hands, P.D.A., Obstacle 1, Not even jail, Roland etc.) joués de manière fervente mais avec distance. Interpol n’est pas Bloc Party : le sourire ne fait pas vraiment partie de sa panoplie scénique… Malgré l’utilisation un peu excessive des grosses ficelles du stadium rock (longue attente avant de revenir pour le rappel, breaks un peu systématiques pour faire monter la sauce), les concerts d’Interpol restent des moments à part où le cerveau du spectateur est en ébullition, littéralement bombardé d’émotions aussi fortes que contradictoires. C’est assez rare pour être signalé…

Photo de Bloc Party Flore-Anne Roth


www.printemps-bourges.com
www.interpolnyc.com
www.blocparty.com

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 26/04/2005

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