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Printemps de Bourges - mardi 19 avril

2005

Nancy Sinatra, Alexandra Roos

Bourges, la Hune (France)
Two shots of happy, one shot of sad

Nancy Sinatra a vieilli, beaucoup vieilli, mais contrairement à Chuck Berry, l’ex pin up, icône sixties de la blonde ingénue, est encore bien loin de sucrer les fraises... Malgré un groupe pataud (et disons-le franchement, carrément mauvais : Clem Burke croit qu’il joue avec Blondie, il cogne donc comme un sourd et sans aucun discernement sur sa batterie, les deux guitaristes font des concours de solos déplacés, le pianiste s’endort sur place, le bassiste en fait trop etc etc), les chansons qu’elle interprète la rendent jeune et visiblement heureuse. Et immanquablement, cela rejailli sur son public - composé de fans de la première heure comme de jeunes amoureux transis de pop estampillée « années 60 » -, follement heureux de voir son idole en chair et en os, et donc majoritairement aveuglé par l’amour… Certes Nancy chante à peu près bien, certes elle est touchante de sincérité, sidérante de naturel et de franchise, certes les morceaux sont presque tous mythiques, mais il est quand même difficile de faire abstraction du « hic » évoqué plus haut : après Bang Bang joué sobrement en introduction, par la suite, les arrangements choisis par les musiciens - dramatiquement à côté de la plaque - sont à la fois « variétés » et classic rock FM… C’est bien triste un tel groupe pour la grande Nancy Sinatra. C’est même une honte quand on a travaillé avec un mentor du niveau de Lee Hazlewood de s’acoquiner avec pareils tacherons ! Quel dommage que Calexico en guise de section rythmique, Jon Spencer et Thurston Moore aux guitares, Jarvis Cocker et Morrissey aux chœurs n’aient pas été recrutés pour la tournée… Avec eux, les événements auraient sans doute pris une toute autre tournure, s’il l’on en croit le disque - correct - que la fille de Frank a fait paraître fin 2004 avec les musiciens/songwriters pré cités.

Et puis, petit à petit, en « admirant » le look assez daté des musiciens (et particulièrement du guitariste à banane rockabilly), on se croirait presque à Las Vegas devant un show kitchissime offert par une vieille gloire sur le retour, pour renflouer des caisses mises à mal par un train de vie pharaonique… Et l’on se retrouve littéralement happé par la boule à facette qui trône au plafond – tu me fais tourner la tête, mon manège à moi, c’est toi – et quand on reprend ses esprits, tout a changé… Il n’y a que Nancy, ses chansons, et nous. Dès lors, il n’est pas bien difficile de se laisser emporter par un tourbillon de morceaux charmants, parmi lesquels : la mémorable BO de James Bond, You only live twice, Something Stupid en duo virtuel (plutôt touchant) avec son « Papa » chéri, Mr Sinatra himself, l’emblématique These Boots are made for walking chanté au milieu du public, dans la salle, par une Nancy aux anges (comme son auditoire d’ailleurs), Two shots of happy, one shot of sad, une chanson attachante (évoquant le vie de Frank Sinatra un peu à la manière du texte – lucide et franc – de My Way) composée à quatre mains par Bono et The Edge de U2, le très tucsonnien Burnin’ down the spark (signé par Joey Burns de Calexico), Don’t let him waste your time de Jarvis Cocker et Let me kiss you écrite par Morrissey, l’initiateur du retour de Nancy Sinatra

Cette soirée se finit en standing ovation, avec une Nancy Sinatra émue… Voir à quel point cette grande dame (par le talent) a su rester simple, pleine d’auto dérision (elle n’hésite pas – par exemple - à montrer des extraits de sa filmographie, composée selon elle des « pires films jamais tournés » ou à s’excuser pour les « son horribles sons » qu’elle produit quand son oreillette tombe), et l’écouter chanter nous a rendus heureux ; même si une pointe de tristesse subsistait, car elle méritait définitivement un groupe d’un tout autre niveau…

Passer en coup de vent juste avant une légende vivante de la pop n’est pas chose aisée, Alexandra Roos a pu le vérifier en première partie… Ses morceaux, pour la plupart réussis dans le style country folk Made In Tucson, Arizona, auraient demandé un cadre plus intime et un accueil plus chaleureux. Malgré ces aléas et la faible durée de sa prestation, Alexandra Roos a néanmoins donné envie de se pencher sur sa musique, autant que de la revoir dans d’autres conditions. La belle Alexandra possède en effet une voix et une présence, ce n’est donc que partie remise…

A lire également sur le Printemps de Bourges 2005 : les chroniques des concerts de The National + Herman Düne, Interpol + Bloc Party + Gomm, Low + Ray Lamontagne et Marianne Faithfull + Françoiz Breut...

Photo de Nancy Sinatra Flore-Anne Roth


www.printemps-bourges.com
www.nancysinatra.com
www.universalmusic.fr/servlet/FrontCreatorServlet?action=news&artiste_id=219319


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 04/05/2005

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