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Les Eurockéennes - vendredi 1er juillet

2005

Queens Of The Stone Age, Interpol, Nine Inch Nails, Bloc Party, The Chemical Brothers, The Go! Team, CocoRosie, Bright Eyes, Emilie Simon...

Belfort, Presqu'île de Malsaucy (France)
Les Eurockéennes commencent avec ce qui semble être la meilleure journée du festival. A l’affiche du vendredi, des grosses pointures au son aussi lourd que leur réputation (Queens Of The Stone Age, Nine Inch Nails, Chemical Brothers), des petits jeunes adulés par les jeunes (Bloc Party, Interpol) et des interrogations pleines d’espoir (CocoRosie, Bright Eyes, Emilie Simon, Electrelane).

Ce sont les Go! Team qui sont chargé d’ouvrir les festivités. Sous un Chapiteau déjà bien rempli, les Anglais placent directement la barre bien haut. Un rock complètement foutraque dopé aux élucubrations de la chanteuse Ninja. Entièrement barrée, celle-ci débite son phrasé hip-hop à une assistance médusée par tant d’énergie. Il paraît qu’elle en fait moins qu’avant. On n’ose pas imaginer ce que pouvait être alors un concert de Go! Team. On se rappellera en tout cas de l’optimisme débridé de cette formation qui n’a pas peur de répéter une vingtaine de fois le nom du groupe en un concert.

Après une petite pause, retour aux concerts avec les très attendus Bloc Party. Silent Alarm est l'un des disques les plus acclamés cette année et une foule, plutôt jeune, attend de voir ce qu’il en est sur scène. Malheureusement, comme la rumeur le dit, les Londoniens sont relativement décevants en live. On a vraiment l’impression qu’ils sont ailleurs, comme s’ils jouaient éternellement un concert privé pour Canal +. Or nous sommes aux Eurockéennes. Plus de 5000 personnes se bousculent sous le Chapiteau (décidément trop petit) et le pogo est dantesque. Quand un groupe comme Franz Ferdinand accompagne, via son charisme et sa musique, les mouvements de foule, Bloc Party reste désespérément statique. Propre, poli mais pas rock’n’roll.

Bloc Party en berne, on a donc un peu le temps d’aller voir ce qui se passe du côté de CocoRosie qui joue en même temps. On en attend beaucoup là aussi. Et surprise, la scène de la Loggia où les filles se produisent n’est qu’un désespérant champ de ruines. On reconnaît les deux Canadiennes au fond en train de se galérer avec leurs instruments. Devant, c’est tout aussi pathétique : un Français à bonnet vient taper un slam pourri entre deux chansons. Les choses s’améliorent un peu avec un nouveau titre, baptisé Bisounours et toujours chanté par le rappeur de service. Au milieu de ce vide, Spleen, éternel accompagnateur des CocoRosie, a l’air de bien de se faire chier. On ne comprend vraiment pas ce qui se passe pour les CocoRosie qu’on avait déjà vu, exceptionnelles, sur la scène de Tourcoing. La conférence de presse d’après-match explique bien des choses : « L’ingé son n’était pas franchement bon. Ils nous a foutu un son de heavy metal. Alors forcément, on n’a pas eu l’occasion de rentrer en contact avec notre public ».

Après deux déceptions, les Queens of The Stone Age avaient intérêt à être au rendez-vous. Programmés sur une Grande Scène pas encore nocturne, ils ont idéalement accompagné la fin d’après-midi. Devant un public pas toujours attentif pour cause de sandwich à la main, les Américains ont prouvé sans problème qu’ils étaient bien le chaînon manquant entre le rock et le métal. Les guitares hurlent, les contre-plongées de la caméra fixant l’imposant Josh Homme sont impressionnantes. Mais les mélodies sont bien là, implacables : les Eurocks 2005 sont moins métal qu’à l’accoutumée (NDLR : on se souvient du ticket Korn-Splipknot de 2004).

Détour ensuite par le Loggia où Saul Williams, grand spécialiste du slam, se produit. Le hip-hop n’est pas franchement à la fête dans cette prog 2005 (mis à part Common et TTC, respectivement samedi et dimanche) et c’est donc l’occasion de s’aérer un peu les oreilles. Mais pas de chance, on a mieux à faire ailleurs et pas beaucoup de temps pour apprécier. Pourtant, le garçon donne l’impression d’être un vrai bon rappeur américain, à la fois intello, pointu, ambianceur et urbain.

Un petit tour également du côté du show d’Emilie Simon. La presse en avait fait l'événement du festival, la petite princesse du trip-hop/pop français avait décidé de relever le défi proposé par les Eurockéennes : jouer avec un orchestre classique derrière elle. Le peu qu’on a pu en voir donne l’impression d’un pari réussi. Un signe positif : le malheureux Chapiteau était complètement bondé.

Pour se reposer avant Interpol, on rate Nine Inch Nails et son rock indus. Dur, dur le rythme d’un festival. Interpol, en tout cas, ne déçoit pas. Loin de là. Pourtant, on avait un peu peur. Il faut dire que le concert prenait exactement la même configuration que le camouflet de Bloc Party quelques heures plus tôt : le même Chapiteau, le même public d’étudiants surexcités et la même attente fébrile. Seulement les New-Yorkais n’usurpent vraiment pas leur titre de stars du rock. Le chanteur présente une impeccable nonchalance, finissant son joint à l’arrivée sur scène tandis que les musiciens évoquent vaguement, par leur attitude, la froideur et l’éloignement des Kraftwerk de la grande époque. Le show visuel est complété par une lumière aveuglante qui est censé plonger le public dans la torpeur. C’était sans compter sur l’ambiance festive des Eurockéennes qui eu vite fait de transformer la grande messe cold-wave prévue en un feu d’artifice rock. Et chose incroyable : au bout de quelques chansons, un pogo se forme sur les titres les plus rythmés comme Slow Hands ou Obstacle 1. A chaque fois ou presque, le même schéma se reproduit : dès l’entame du premier riff, la foule crie et se met à tanguer. Avec ses motifs de guitare et de basse reconnaissables immédiatement, Interpol est littéralement entré dans la mémoire collective.

Il est plus de minuit et le marathon continue avec les Chemical Brothers. Bizarrement, le duo n’est pas programmé à la toute fin comme c’est la coutume dans les festivals rock. C’est donc au début de nuit que les Anglais ont eu l’occasion de prouver qu’ils restaient définitivement les meilleurs pour capitaliser les derniers signes de vie d’une population rock exténuée par une journée de festival. Dès la montée d’ouverture sur Hey Boy, Hey Girl, le public saute, danse et lâche tout ce qu’il lui reste. Physique, psychédélique et lumineux, leur show mêlant musique et vidéo est extrêmement bien rodé.

Au même moment, sur la plage, c’est le petit phénomène américain nommé Bright Eyes qui se produit. Nos têtes se relèvent par intermittence de leur lit poussiéreux pour voir le spectacle. Ca a l’air parfait, le jeune homme maîtrise au poil un répertoire déjà très conséquent. D’autant que les longueurs de son album folk I’m wide awake, it’s morning sont gommées par l’entremise du live.

Deux heures du matin. Il est trop tard pour attendre encore une heure de plus 2 de nos grands espoirs de la journée, Electrelane et Gomm. Dommage. On fera mieux demain.


www.eurockeennes.fr

auteur : Vincent Glad - vincent[at]foutraque.com
chronique publiée le 11/07/2005

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