24/04/2014  |  4404 chroniques, 145 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/04/2014 à 17:27:48
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Les Eurockéennes - samedi 2 juillet

2005

Garbage, Ghinzu, The National, Cali, Cake, Bonnie Prince Billy & Matt Sweeney, Kas Product, Tom Vek...

Belfort, Presqu'île de Malsaucy (France)
C’est frais et dispos que nous rejoignions le superbe site des Eurockéennes pour une deuxième dose de musiques administrée par les programmateurs zélés de cette manifestation unique. La journée du samedi est prometteuse, même si la perspective de revoir Garbage presque dix ans après son premier album n’est a priori pas très excitante, et si les roucoulades de Cali sur une grande scène, nous font penser que nous nous sommes trompés de lieu. On est aux Vieilles Charrues ou quoi ? Non, faut pas pousser quand même…

Cake

Sur la grande scène, la journée commence en douceur sous le chaud soleil estival avec les américains de Cake, toujours aussi branleurs dans leur attitude et dans leur manière d’appréhender la country folk rock… Par exemple, la petite guitare sèche du leader/chanteur du groupe est restée bloquée dans les méandres du transport aérien (Air France se verra vilipendé à de multiples reprises pour ça) mais personne n’a eu l’idée de demander le prêt d’une autre guitare… Malgré cela, la plupart des titres font plaisir à entendre avec leurs rythmes nonchalants, leurs gimmicks entêtants, leurs claviers antiques, leurs instrumentations truffées de trompette, glockespiel et guitare country western, le tout servi avec moult paroles corrosives, humoristiques et/ou désabusées. Les morceaux des derniers albums sont plutôt corrects, même s’ils ne sont pas très originaux, mais ce sont les titres de l’album multiplatiné Fashion Nugget qui recueillent le plus de suffrages de la part d’un public plutôt bon enfant. The Distance, Stickshifts and safety belts, Sad songs and waltzes (une cover de Willy Nelson) permettent de se remémorer agréablement la prestation de Cake, alors au faîte de sa gloire, lors d’une prestation brûlante au Transbordeur, à Lyon. Puis, sur la fin de son show, le groupe se perd dans les méandres de l’entertainment à l’américaine en tenant absolument à faire chanter le public… C’est interminable et assez ennuyeux, même si cela témoigne d’une volonté plutôt sympathique de contact avec les nombreux curieux réunis dans l’amphithéâtre naturel des Eurockéennes… Toutefois, à force de longueurs, cela empêche le groupe de jouer sa version savoureuse d’I will survive. Mais comme la fameuse guitare – visiblement irremplaçable – n’est toujours pas revenue, elle n’aurait pu être interprétée de toutes façons. « Fucking Air France ! ».

The National

Juste après, l’ambiance est tout autre sous le chapiteau avec d’autres Américains, beaucoup plus torturés. Portés par un bouche à oreille assez incroyable, The National arrive sur scène pour jouer devant une assistance venue nombreuse pour découvrir les récents auteurs de l’excellent album Alligator. Malheureusement, le son n’est pas d’une qualité optimale, gâchant un peu le plaisir de revoir ces six New-Yorkais doués pour créer des ambiances prenantes. De plus, une partie du public - très jeune - semble plus passionnés par les ballons qui volent et par le fait de se faire filmer par les caméras qui enregistrent le concert… Puis, au bout de quelques morceaux, la puissance des compositions, la voix de Matt Berninger et la cathédrale sonore bâtie par les musiciens (dont le divin violoniste/claviériste Padma Newsome) de The National emportent toutes les réticences. En soirée, et dans un lieu mieux sonorisé, (comme au Printemps de Bourges cette année), ce concert aurait pu être mémorable, mais en voyant le public taper dans ses mais et ovationner le groupe, on se dit qu’il fallait en passer par là pour élargir son audience. Quand le versatile et ténébreux combo aura l’habitude des lieux plus grands, il risque vraiment de faire des ravages… The National quitte la scène sur un Mr. November d’anthologie, après avoir montré toute la classe de son répertoire (Murder me Rachael, Lit up etc.). Et l’on se dit que les concerts de Sédières (23 juillet, www.sedieres.fr) et Saint-Malo (13 août, www.laroutedurock.com) permettront de communier pleinement avec ce groupe cher à notre coeur.

Bonnie « Prince » Billy & Matt Sweeney

Après le concert d’Amadou & Mariam sur la grande scène (déjà vu cet cette année à la Coopérative de Mai), la Loggia a droit à un des moments fort du festival : la prestation habitée de Bonnie « Prince » Billy et du guitariste Matt Sweeney. Comme l’année dernière pour le concert mémorable d’Herman Düne dans le même lieu, toutes les conditions sont réunies pour faire de cette heure passée en compagnie du cultissime Will Oldham un instant d »éternité. Le public est composé de fans et de spectateurs attentifs, il est nombreux mais on peut respirer, la balance a été faite avec minutie, les musiciens paraissent heureux de jouer et enfin, la set list est aux petits oignons. Celle-ci permet en effet de voir défiler les morceaux de Superwolf, l’album écrit à quatre mains par Mr. Oldham et Sweeney, avant de s’orienter sur la fin vers des morceaux légendaires de Palace : Master & rewards et l’irrésistible autant que désespéré You will miss me when I Burn. La tonalité générale du concert est folk rock ; les deux guitares électriques s’enchevêtrent les uns dans les autres, le chant est saisissant, le batteur et l’organiste sont excellents. La classe à l’état pur…Tout ceci permet d’apprécier à leur juste valeur les ballades apocalyptiques de l’auteur du bouleversant I see a darkness (repris par Johnny Cash, qui s’y connaissait en noirceur), malheureusement non interprété ce soir (ce sera le seul regret)… A la fin du temps imparti à Bonnie « Prince » Billy & Matt Sweeney, on reste là, immobile, dévasté par la tornade émotionnelle déclenchée par ce duo béni des dieux.

Ghinzu

Mais il est déjà temps de rejoindre la Grande Scène pour assister au mega show des Belges de Ghinzu, toujours aussi frappadingues… Leurs prestations à Bourges et à Clermont-Ferrand en 2004 nous avaient laissés exsangue et enthousiaste… Cette fois-ci, la troupe habillée de noir arrive en courant au son de la BO de la Guerre des Etoiles, rien que ça. Et oui, ils sont un peu mégalos les Ghinzu, mais c’est peut-être ce qui rend leur dernier album -Blow - si passionnant. Malgré la lumière du jour, leur set fera l’effet d’une bombe : les titres tiennent toujours autant la route, et ne manquent pas de plonger le public dans un stupéfiant labyrinthe sonore mélangeant pop, rock, punk et rock progressif avec maestria. Certes, il y a du Radiohead et du Muse (des débuts) dans le moteur de Ghinzu, mais la manière, originale et accrocheuse avec laquelle les cinq membres du groupe composent leurs titres est personnelle, voire complètement barrée. Les instruments tournent, les facéties se suivent et ne se ressemblent pas, les titres des deux albums du groupe s’enchaînent sans que l’ennui ne trouve le temps de s’installer. Ghinzu sait déjà parfaitement tenir une grande scène, et n’oublie pas de récompenser le public avec une version hystérique de l’inusable Blue suede shoes de Carl Perkins (il a dû esquissé un sourire radieux, même six pieds sous terre… ), sans oublier la traditionnelle interprétation du génial Purple rain de Prince, (avec un solo de guitare extrêmement jouissif). Et hop, aussi vite arrivés, aussi vite partis, la météorite Ghinzu a déjà repris son orbite dans le ciel… Quel putain de groupe de scène !

Tom Vek

La dernière petite merveille électro rock, Tom Vek, a fait plutôt bonne impression sur une plage bien remplie…. Ce nouveau venu n’a vraiment rien inventé, il chante comme Robert Smith (comme tout le monde en ce moment) et envoie un disco punk ultra dansant (comme tout le monde en ce moment). Mais tout ceci est fait avec un enthousiasme juvénile, une fraîcheur qui fait plaisir à voir (et à entendre) et un savoir faire inné pour l’écriture de tubes virevoltants. En voyant Tom Vek et son groupe gigoter comme des pois sauteurs et s’amuser comme des gamins, une irrépressible envie de faire la même chose envahit la plage. C’est sans doute pour cela qu’on se déplace à Belfort : découvrir des jeunes talents prometteurs venus pour mouiller la chemise (et faire transpirer leur auditoire) entre deux têtes d’affiche.

Cali

Ce n’est certainement pas pour assister à un énième concert/grand messe de Bruno Caliciuri alias Cali, l’homme qui aime tout, qui trouve que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Malgré ses indéniables qualités d’écriture (son premier album comporte d’excellents morceaux inspirés par l’insurpassable Christophe Miossec), Cali nous exaspère dès qu’il foule les planches. Cette volonté de convaincre tout le monde et d’en faire des caisses (à la Bono) est très vite fatigante. Tout ceci est d’autant plus dommageable qu’au début son jeu de scène était encore assez sobre. Mais encouragé par un public féminin aveuglé par son physique enjôleur et ses textes où il n'hésite pas à se mettre à nu et à révéler ses faiblesses (ça plait beaucoup à la gent féminine, ils l’ont dit dans Elle, Femme Actuelle et Jalouse) notre homme ne touche plus terre : c’est désormais une superstar acclamée quoi qu’il fasse, dise ou chante. Après avoir parait-il tenté et réussi un slam monumental (comme Mathias de Dionysos en 2003 ici même) aboutissant à l’arrachage de sa chemise et à une exhibition de poitrine d’une femme amoureuse du bellâtre de service, Cali se retrouve à moitié à poil pour finir son show. Et on sent qu’il jubile devant cette foule frétillante et tout acquise à sa cause. On se croirait aux Vieilles Charrues et c’est très énervant : on a fait de la route pour venir à Belfort, nous… Après une version bien baloche de C’est quand le bonheur (un bon tube radiophonique pourtant), on décide de préserver nos forces pour la suite. Sage décision.

Kas Product

Juste à côté sous la Loggia, Kas Product effectue un retour aussi surprenant que convaincant… Car Spatsz et surtout Mona Soyok n’ont pas trop vieillis, leur musique électronico rock gothique autant que bizarro exotico soul (ouf !) est toujours pertinente - la réédition 2005 de Try out et By pass en est une preuve éclatante - et leur show parait aussi daté (ces claviers eighties, ces rythmes robotiques) que furieusement actuel (ils ont inspiré beaucoup de monde et on nage en ce moment en plein revival années 80). Outre les sonorités très typées, ce qui marque de prime abord, c’est la voix : Mona Soyok reste une vocaliste de très grande classe, avec un timbre félin, très particulier et versatile. La belle sonne de manière assez unique, même si elle évoque parfois Shirley Bassey. Pour ce qui est du jeu de scène, si Spatsz reste placide derrière sa montagne de machines, Mona Soyok fait le show, arpente la scène comme une tigresse et empoigne souvent une guitare électrique gorgée d’effets… La version 2005 de Kas Product n’a vraiment rien d’ennuyeux et c’est sans aucun doute parce que les morceaux tiennent toujours la route (Never come back, Pussy x etc.). Au final, le come back de Kas Product est donc une très bonne idée des programmateurs des Eurockéennes.

Garbage

Offrir une place de tête d’affiche à Garbage en 2005 parait plus discutable, mais cela est sans doute dû aux aléas du marché… En stand-by depuis de nombreuses années, le groupe de Shirley Manson et Butch Vig est revenu avec un album dramatiquement commercial et hors sujet. Le single Why do you love me ? en étant parfait exemple de ce ratage. Mais indépendamment de cela, il faut avouer que ce groupe monté de toutes pièces au début possède un atout de poids : une chanteuse hallucinante de classe et d’excellents (vieux) morceaux dans le style pop/rock FM produit façon Phil Spector des années 90. Portées par la voix et la prestance de Miss Manson (et son charme ultra sexy : ces couettes, cette jupe incroyablement courte, ces jambes parfaites… ), les morceaux des deux premiers albums font toujours leur petit effet quand ils déchirent les enceintes. Grâce à cet atout primordial, la prestation de Garbage restera correcte jusqu’au bout, sans être géniale. On sera beaucoup plus réservé quant à l’éventuel avenir d’un groupe, en pilotage automatique depuis trop longtemps. Après un départ façon boulet de canon (on se souvient d’une prestation excellente au Transbordeur à Lyon pour promouvoir le premier effort du quatuor américain), Garbage a en effet peu à peu perdu son inspiration et son mordant (le concert donné en 2002 à Bourges était lourdingue et putassier) pour en arriver aujourd’hui dans un cul de sac artistique avec un concert « best of » laissant la part belle aux titres anciens. On n’en est pas encore arrivé à l’encéphalogramme plat, mais le pronostic de survie est plutôt réservé pour Garbage…

Comme il faut quand même tenter de garder quelques forces pour le lendemain, il est temps de quitter la presqu’île de Malsaucy… En rêvant aux bons moments attendus pour la journée du dimanche 3 juillet : Sonic Youth, Kraftwerk, Andrew Bird

A lire également : les chroniques des journées de vendredi et dimanche aux Eurockéennes, ainsi qu'une interview de Ghinzu.

Sites Internet : www.eurockeennes.fr, www.americanmary.com, www.tomvek.tv/, www.ghinzu.com, www.labels.tm.fr/fr/artiste.asp?artiste=CA197, www.garbage.com, www.palace.free.fr/Liens.htm, www.dsa-wave.com.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 12/07/2005

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