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Jazz à Luz - lundi 11 juillet

2005

New Lousadzak Human Songs, Garazi PhilanthrOpik(e) Orchestra, Frédéric Blondy & Ninh Lê Quan, Les Charentaises de Luxe, Alain Joule & Barre Phillips...

Luz-Saint-Sauveur (France)
On ne pouvait pas mieux commencer ce troisième jour de festival. Réveil carabiné à 9h du mat' par un concerto de tronçonneuses rageuses. Réveil chaotique donc, qui nous projeta à la Maison de la vallée pour le premier concert de la journée. Sans doute dû aux contrecoups du réveil intempestif, le concert acoustique d’Alain Joule (batterie, percussions) et de Barre Phillips (contrebasse) nous plongea au début dans une ambiance d’angoisse assez poussée. Sueurs froides qui s’estompèrent peu avant la fin du concert par un texte sensuel mélangeant scène d’amour et noms de grands auteurs, tandis que la contrebasse de Barre Phillips redoublait d’ingéniosité sonore. Légèrement déboussolé par le concert, nous nous promenâmes au milieu du marché de Luz et ce n’est que par un très heureux hasard que nous tombâmes sur les Charentaises de Luxe.


Les Charentaises de Luxe

Proposant un spectacle de rue, Les Charentaises de Luxe jonglent entre mini-fanfare de jazz (trompette, batterie, double saxophone) et clowneries urbaines. Affublée comme il se doit de charentaises, d’habits cosy façon année 50 et de lunettes tapageuses, la troupe amusa les touristes de passage par des regards mauvais, des jonglages acrobatiques et des pitreries en tous genres. A l’heure de la mi-journée, nous nous fîmes une pause café en compagnie du groupe De Barros. Toujours à contre-courant, le festival off croise des groupes d’horizons divers. De Barros fait partie de la mouvance oratoire mélangeant contes et musiques traditionnelles du sud de la France. Paroles en espagnol et histoires du pays, comme cette veille femme à l’orée de sa vie qui range les pots de sa maison dans l’ordre des saisons et de sa vie. A réserver aux amateurs du genre...

Après un repas bien arrosé, nous assistâmes au premier débat du festival : entre décentralisation et décomposition, le Ministère de la Culture a-t-il encore un sens ? Pour mener ce passionnant débat, Claude Patriat (Professeur d’Université) commença son exposé par un état des lieux réaliste des métiers culturels, autrefois délégués aux bénévoles et aux militants, qui se sont institutionnalisés et surtout professionnalisés. Bonne chose en soi (professionnaliser un métier face aux exigences des lois et des budgets) mais qui dans les faits ne s’avère pas aussi efficace : manque de lisibilité face aux formations, grande précarité des emplois et logique de plus en plus budgétaire. En parallèle à la mainmise budgétaire de l’Etat et du Ministère de la Culture, les collectivités locales sous l’impulsion de la décentralisation (mais sans avoir de réelles compétences sur le sujet) ont pris en charge, au fil des ans, des initiatives culturelles pour aboutir aujourd’hui à un paradoxe de plus en plus grand entre initiatives locales et label national. Faut-il donc dans cette situation donner tout pouvoir culturel aux collectivités locales, au détriment du Ministère, ou au contraire renforcer le rôle de l’Etat sur les questions culturelles ? Vaste question qui aujourd’hui encore ne trouve pas de réponse franche, mais nécessite une grande réflexion, eu égard à la musique, où chaque jour le fossé se creuse entre projet culturel subventionné et initiatives locales organisées.

Après ce débat, nous nous dirigeâmes de nouveau à la Maison de la vallée pour assister à la plus belle découverte de ce festival : la rencontre entre Frédéric Blondy (piano) et Ninh Lê Quan (percussions). Véritable duo d’improvisateurs complémentaires, les deux musiciens ont subjugué leur auditoire par leur brio et la maîtrise parfaite de leurs instruments. Une complémentarité en forme d’opposition, où le calme contrôlé de Ninh Lê Quan à la grosse caisse faisait écho à la fougue spontanée de Frédéric Blondy. Pendant plus d’une heure nous assistâmes à un véritable déluge de trouvailles sonores, de ping-pong endiablé pour le grand plaisir de nos sens. Du grand art !


Garazi PhilanthrOpik(e) Orchestra

La soirée se poursuivit sous d’aussi bons auspices en compagnie du New Lousadzak Human Songs et du Garazi PhilanthrOpik(e) Orchestra. Emmené par Claude Tchamitchian (contrebasse), le New Lousadzak Human Songs présenta ce soir là deux thèmes originaux sur la guerre, autour de deux phrases, l’une de François Mauriac « On fait faire la guerre à des gens qui ne se connaissent pas pour que les gens qui se connaissent ne la fassent pas » et l’autre d’Einstein « Je ne sais pas quelles types d’armes on utilisera pour la troisième guerre mondiale mais je sais celle qu’on utilisera pour la quatrième : des massues ». Le big band (contrebasse, saxophones, tuba, trompette, batterie, guitare) débuta en toute logique le concert par un maelström de bruits en tous genres. Une improvisation bruitiste renvoyant à la barbarie aveugle de la guerre. Puis, comme dans un sursaut d’humanité, le groupe s’éclaira, entamant une envolée mélodique, coupée de ci de là par des improvisations. Génies individuels au service d’un collectif, le New Lousadzak Human Songs brisa les frontières entre swing, big band et musique improvisée avec au sommet du concert un duo parfait entre le génial Mederic Collignon au chant et la guitare gipsy et free de Raymond Boni.

Nous n’eûmes pas le temps de nous reposer que déjà le groupe basque Garazi PhilanthrOpik(e) Orchestra entama sa prestation. Mini-orchestre touche à tout, le Garazi PhilanthrOpik(e) Orchestra revisita sans complexe quelques chansons ou thèmes populaires, avec fantaisie et originalité. Proche dans l’esprit de l’univers de Pascal Comelade ou des Pascals, le groupe dorlota son public entre comptines pop sucrées, textes ravageurs et reprises enjouées. On retiendra surtout une version plastique et survitaminé de Besame Mucho et la reprise enfantine du Boléro de Ravel. Un gros coup cœur dont nous ne manquerons pas de reparler ultérieurement.


Garazi PhilanthrOpik(e) Orchestra

Pour finir la soirée, nous nous dirigeâmes vers la salle des voûtes pour écouter Radikal Satan. Malheureusement, nos petits yeux, tout engourdis, n’ont pas pu voir en détail le groupe. Juste apercevoir l’étonnant chanteur s’activer derrière ses claviers pour un ou deux compositions acoustiques aux déflagrations sonores intempestives. Un groupe à suivre de très près.

(Photos : Nicovara)


www.jazzaluz.com
www.legarazi.com
www.fredericblondy.net

auteur : DrBou - drbou31@hotmail.com
chronique publiée le 19/07/2005

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