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Festival de Sédières - samedi 23 juillet

2005

The Wedding Present, The National, Alamo Race Track, Bumcello, Las Ondas Marteles

Sédières (France)

du : 22 juillet
au : 26 juillet
La deuxième soirée du festival de Sédières s’annonçait riche en bons moments, elle n’a pas déçu… Sensible à la qualité de l’affiche, le public s’était déplacé en masse dans la grange rénovée qui tient lieu de (superbe) salle de spectacle au milieu d’un formidable océan de verdure.

Las Ondas Marteles

Juste après les prestations de Quidam (dont le concert donné en mai en première partie d’Hollywood Pornstars était prometteur) et Scories (qui nous avaient laissés de marbre à la Coopérative de Mai) programmées à partir de 18 heures, le groupe des frères Martel a parfaitement confirmé l’excellente impression qu’ils nous avaient faite un an auparavant lors d’un show case dans le club de la Coopé tout simplement renversant. A Sédières, comme à Clermont-Ferrand, la voix et le charisme de Nicolas Martel sont admirablement supportés par la guitare de Sébastien Martel et la contrebasse de Sarah Murcia. Lors d’une prestation scénique de Las Ondas Marteles, les moments de communion musicale où le trio semble possédé par ses superbes morceaux de folklore cubain ne manquent pas… Quand on entend Sarah, Nicolas et Sébastien jouer ou chanter en chœur, il n’y a aucun doute sur la sincérité de leur passion commune (et communicative) pour la musique cubaine.

Bumcello

Cyril Atef et Vincent Ségal nous avaient enchanté à plusieurs reprises avec leurs improvisations scéniques, mais, à Sédières, ils semblaient un peu moins inspirés que les autres fois. Ce qui n’a pas empêché le public, un peu interloqué au début, de réagir positivement aux morceaux partant d’une boucle rythmique et d’un gimmick joué au violoncelle. Vers la fin du concert de Bumcello, l’arrivée de Sébastien Martel (lui aussi fidèle musicien de Matthieu Chédid alias –M–) a apporté un plus, mais sans faire décoller les débats, à notre avis…

Alamo Race Track

Puis, la place est laissée aux groupes de rock à guitares… Le premier à fouler la scène est l’une des révélations de l’année avec le très recommandable album Birds at home : les Hollandais volants d’Alamo Race Track. Malgré un volume sonore trop élevé (culminant avec une orgie de larsens à la fin du show), les quatre musiciens ont proposé au public (très réceptif) un set aussi brûlant que glacial. La musique d’Alamo Race Track est en effet aussi bien dans la veine Joy Division (ambiances froides et gothiques, chant superbe et prenant à la Ian Curtis) que dans celle d’un rock aérien et énergique avec guitares acérées. Sur disque, l’effet est saisissant, mais dans une salle de concert, l’intensité, la qualité et la versatilité des compositions d’Alamo Race Track éclate au grand jour. La série de tubes acidulés enchaînés avec une virulence à peine croyable provoque carrément des envies de pogos, de plongée en apnée, de virée nocturne dans une forêt bien sombre, voire de sauts dans le vide sans parachute. Ce groupe semble avoir un potentiel pour conquérir un large public. Il a impressionné tout le monde à Sédières… Et même le chanteur de The National, qui ira longuement féliciter son homologue après le concert et remerciera sur scène Alamo Race Track pour sa prestation.

The National

Fidèle à sa réputation de groupe de scène et visiblement ravi de retrouver le festival de Sédières un an après son dernier passage, The National a tout simplement triomphé juste après. Il semble bel et bien que le groupe new yorkais draine désormais un public de fans qui attend chaque concert avec une impatience grandissante. Et on les comprend ces gens aux visages extatiques qui acclament Matt Berninger et son combo capable des montées les plus vertigineuses comme des descentes les plus déchirantes ! Très peu de groupes sont actuellement habitués aux sommets de songwriting, d’intensité et de dynamique fréquentés par The National. Dans un lieu bien sonorisé (ce qui n’était pas le cas aux Eurockéennes de Belfort), ce groupe à six têtes chercheuses (Bryce, Aaron, Padma, Scott, Bryan et Matt) ne craint rien, ni personne… Cerise sur le gâteau, on n’a jamais vu l’étrange chanteur nommé Berninger dans une forme aussi étincelante ; en plus de chanter divinement (comme presque à chaque fois), il sourit souvent au public, parle un peu entre les morceaux et semble passer un très agréable moment. Comme le public, tout le monde est donc sur la même longueur d’onde ! Avec une set list aussi bien choisie (de suberbes extraits d’Alligator, Cherry Tree, Sad songs for dirty lovers et The National) et 1 h 10 de concert aussi planant ou recueilli que remuant ou énervé, comment aurait-il pu en être autrement ? La fin du concert atteint une sorte d’acmé insurpassable : Mr.November, Cold Girl Fever, Val Jester et Available font souffler le chaud et le froid en proposant des décharges de rage pure ou des ballades intranquilles proprement renversantes… Avant de partir, Matt Berninger déclare, tout sourire, « Le groupe qui suit s’appelle The Wedding Present, c’est un de mes groupes favoris sur la planète ! ». Et l’on se dit que le monde n’est, finalement, pas si mal fait que ça… Le chanteur de The National passera l’intégralité du concert du Wedding Present sous le pied de micro de David Gedge. Ce n’est pas une légende : les grands esprits se rencontrent…

The Wedding Present

« Bonsoir, nous sommes The Wedding Present ou le cadeau de mariage, si vous préférez… » Cela fait plus de dix ans qu’on rêvait de réentendre cette phrase sortir de la bouche du toujours génial David Gedge… Comment oublier en effet que ce monsieur aux allures de dangereux psychopathe nous a proprement électrisé et ému avec sa musique (Seamonsters et surtout Hit Parade) et ses concerts (on se souvient comme si c’était hier de ses performances scéniques aussi teigneuses que concises... ) dans les années 90 ? Les morceaux du Wedding Present restant quant à eux gravés dans un coin privilégié de notre disque dur intime, pour encore très longtemps… Oui, mais de l’eau a coulé sous les ponts, John Peel est mort (c’est grâce à lui que David Gedge a pu connaître son heure de gloire), Bernard Lenoir attend la retraite (la cassette audio avec la Black Session du Wedding est usée jusqu’à la corde) et le Wedding se résume aujourd’hui à son leader omnipotent… Qu’importe, le groupe vient de monter sur scène… Après l’intro instrumentale figurant sur le très bon nouvel album - Take Fountain -, le groupe enchaîne avec Interstate 5, un morceau constituant une preuve irréfutable du talent persistant de Mr Gedge pour l’écriture de pop songs tour à tour nerveuses, déchirantes ou soniques. Les petits jeunes qui accompagnent Gedge en 2005 sont bien dans l’esprit, la bassiste en bottes de cuir et jupe sexy se concentre sur ses parties de basse, le batteur cogne comme un enragé et le guitariste au physique poupon se charge de mettre des fils de fer barbelés autour des compositions à rebondissements de son patron. Et David Gedge alors ? Il chante toujours avec sa voix particulière (étranglée, bizarre, reconnaissable entre mille), n’oublie pas de s’énerver sur ses guitares et, petite nouveauté, évoque pour le public quelques anecdotes sur les morceaux joués (de larges extraits du dernier disque, plus les hits du combo de Leeds comme Blue eyes, Go-go dancer, Once more, Silver shorts etc)… En 54 minutes chrono (sans rappel bien sûr, on aurait aimé que cela soit plus long !), le Wedding Present a permis au public de passer par divers états d’esprit en alternant hargneux brûlots noisy rock au rythme enlevé et ballades mid tempo vous fauchant de plein fouet (chant susurré, mélodie imparable, guitares virulentes). On devrait interdire à cet homme d’écrire des chansons d’amour, elles sont trop belles et rappellent trop de souvenir (bons ou mauvais). Au début, on est heureux et ému et après on se sent seul au monde, comme un con, avec une sévère envie de chialer… Don’t cry no tears chantait Neil Young (et Mr Gedge quand il le reprenait sur Hit parade 1) ; c’est plus facile à chanter qu’à appliquer dans la réalité...

Sites Internet : www.sedieres.fr, www.americanmary.com, www.alamoracetrack.com, www.scopitones.co.uk, www.bumcello.com, www.label-bleu.com/artist.php?artist_id=122.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 01/08/2005

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