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Piano aux Jacobins - lundi 19 septembre

2005

Yaron Herman

Toulouse (France)

du : 6 septembre
au : 29 septembre 2005
Mon premier grand choc en jazz fut l’écoute de La Scala de Keith Jarrett. Deux morceaux d’une incroyable sensibilité, d’une incroyable densité, à la croisée du classique, du jazz et de l’improvisation. Une œuvre fœtale, unique, qui appelle, encore aujourd’hui, tous mes sens quand je l’écoute. Malheureusement, je n’ai jamais vu Keith Jarrett en concert. Un petit regret qui fut dernièrement effacé par le concert de Yaron Herman à la Cité de l’Espace, organisé dans le cadre du festival Piano Aux Jacobins. Rarement un concert de jazz ne m’aura bouleversé, transporté avec autant de force et de conviction.

Peu connu du grand public, Yaron Herman n’a, pour l’instant, sorti qu’un album, It Takes 2 To Know 1 en compagnie du batteur français Sylvain Ghio. Réalisé il y a deux ans, ce disque montrait déjà tout le talent de son auteur, reconnu pour la finesse de son touché. Ce soir là, à la Cité de l’Espace, solitaire, le pianiste israélien a touché les étoiles de notre cœur par la magie de son interprétation, par son talent pour manier les ambiances, qu’elles soient classiques ou jazz. Phrasés limpides, improvisation à fleur de peau, Yaron a fait vibrer son piano comme aucun autre, en combinant parties rythmiques et élans sporadiques. Spectacle autant auditif que visuel, le pianiste n’a cessé durant le concert de bouger, gémir ou faire des grimaces. Une externalisation de sa sensibilité, jamais autiste, mais bel et bien tournée vers son public. Frissons, plaisirs, douceurs, voluptés, tout y passa durant deux heures. Des morceaux plus blues voire ragtime, aux compositions free jazz. De standards mondialement connus aux compositions personnelles improvisées. Vous décrire un tel concert avec de simples phrases relève de l’impossible tant sa musique, son art, vont au-delà des simples mots. Beauté, passion, virtuosité, autant de qualificatifs qui n’égaleront jamais ce précieux instant d’écoute.
La seule ombre au tableau fut d’avoir convié à ce concert intimiste une caméra. Cette dernière filma de bout en bout, et souvent conjointement, le visage de Yaron Herman et ses doigts sur le clavier en gros plans. Projetées sur un écran géant placé au-dessus du piano, les images de l’artiste n’apportèrent aucun supplément au concert et parasitèrent quelque peu la musique. On aurait aimé n’avoir rien que le piano noir laqué et voir l’artiste, seul et unique, s’agiter.

Le concert se termina après trois rappels devant un public plus que comblé. Preuve d’humilité, Yaron salua la salle en la remerciant et salua également son piano, prouvant qu’un pianiste doit tout autant à son génie qu’à son instrument. Ce soir là, je n’avais toujours pas vu Keith Jarrett, mais j’avais assisté sans doute à l’un des plus beaux concerts de cette année.


www.pianojacobins.com
www.deghelt-productions.com/yaron-herman.html

auteur : DrBou - drbou31@hotmail.com
chronique publiée le 09/10/2005

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